vendredi 30 septembre 2016

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Une étude de l’INVS divise par 10 les chiffres officiels de la mortalité liée à la grippe

L’objectif de cette étude publiée dans le BEH, le bulletin épidémiologique hebdomadaire, par l’INVS, était de comparer les caractéristiques des patients décédés de la grippe H1N1 en 2009-2010 avec les caractéristiques de ceux décédés de la grippe entre 2000 et 2008. Elle est aussi l’occasion de nous interroger sur une donnée rarement publié, la mortalité liée à la grippe.

Selon l’analyse des certificats de décès, sur la durée de l’étude, soit 10 années, 4281 personnes sont décédées de la grippe, une moyenne de 421 par an, un chiffre bien en deçà des proclamations officielles reprises chaque années pour inciter à la vaccination.

Chaque année, des chiffres de 3000 à 4000 voire 7000 décès par an sont présentés aux français. Citons par exemple :
le site de l’institut Pasteur, pour qui “la grippe touche chaque année entre 2 et 8 millions de personnes selon le Groupe d’étude et d’information sur la grippe et provoque entre 1500 et 2000 morts” .
– Les journaux reprennent des chiffres voisins : “Nous savons que chaque année, avec de grosses variations annuelles, la grippe saisonnière touche 2,5 millions de Français en moyenne. Entre 2.000 et 4.000 personnes en meurent” (Médiapart, 31 Août 2009); “En comparaison, la grippe saisonnière fait selon lui en moyenne 6000 morts par an” (L’Express)
– L’ex ministre de la santé Roselyne Bachelot déclare au JDD le 29 août 2009 : “Même si la mortalité de cette grippe H1N1 est probablement comparable à celle de la grippe saisonnière, je rappelle quand même que cette dernière fait entre 2500 et 5000 morts par an dans notre pays“.

Pourquoi tous ces chiffres sont-ils 6 à 10 fois plus élevés que ceux présentés dans l’étude de l’INVS ? Pour apeurer ? Pour faciliter l’acceptation vaccinale ? Par manque d’informations ? En fait les officiels français, sur recommandation de l’OMS qui pense que les certificats de décès sous-estiment la mortalité liée à la grippe, expriment non pas la mortalité réelle liée à la grippe, mais la surmortalité estimée, une extrapolation statistique dont le calcul n’est pas connu et qui permet d’aboutir à plusieurs milliers de morts. Les médias et les officiels ont vite fait, (de manière inconscience ?) de convertir cette extrapolation en mortalité réelle…Pour que tout le monde comprenne?

L’étude de l’INVS montre qu’en fait le taux moyen de mortalité est de 0,42/100 000 habitants entre 2000 et 2008  (soit 252 décès pour une population de 60 millions d’habitants), avec une variabilité en fonction du sexe, soit 0,37 pour les femmes et 0,47 pour les hommes. Au cours de la fameuse pandémie H1N1 de 2009, ce taux en France était de 0,46/100 000, là aussi,  plus élevé chez les hommes (0,57) que chez les femmes (0,37). On voit donc que le taux de mortalité était plus élevé de 0,04 en 2009 et cela pour un nombre de décès total de 349 personnes!

Avant 2009, le virus de la grippe a contribué au décès essentiellement de personnes âgées en moyenne de 81 ans. En 2009, avec le virus H1N1, la moyenne d’âge des personnes décédées était plus basse, 59 ans, la moitié des décès a touché des français de moins de 65 ans. Le contact antérieur avec un virus H1N1 ayant circulé des années auparavant voir au début du XXème siècle a pu contribuer à maintenir une immunité chez les plus âgés des français.

Les malades qui s’aggravent ou décèdent de la grippe saisonnière présentent habituellement des maladies antérieures qui les rendent à risque, parmi lesquelles on retrouve les maladies cardiaques chroniques, l’hypertension, les maladies respiratoires chroniques, les maladies hépatiques chroniques, les maladies rénales chroniques, les déficits immunitaires, l’obésité, le diabète. Concernant la grippe de 2009, les mêmes groupes restaient globalement à risque. On note cependant une moindre atteintes des patients atteints de cardiopathies chroniques (protégés par leur âge ?), et le plus grand risque des déficients immunitaires, des femmes enceintes des obèses et des porteurs de pathologies congénitales.

Ainsi le virus H1N1 qui n’était pas revenu depuis longtemps, a principalement contribué au décès de personnes de moins de 65 ans, déjà atteints de pathologies chroniques. Il existe globalement une surmortalité des hommes par rapport aux femmes. Si le risque couru par les femmes enceintes a été reconnu au cours de la pandémie 2009, les auteurs ne peuvent ici conclure du fait, disent-ils, « du très faible effectif de femmes enceintes».

En 2010-2011, on constate que la vaccination des français contre la grippe est encore en baisse. Pourtant, alors que le nombre de personnes infectées atteindra son sommet la semaine prochaine et que le nombre de cas décroîtra alors sur une dizaine de semaines, seulement 15 décès liés à la grippe ont été enregistrés en France sur la saison 2010-2011. Une projection de 30 décès pour l’année 2010-2011 est-elle envisageable ? Elle devra être expliquée au regard d’un taux de vaccination  qui n’a jamais été aussi bas depuis des années.

Ainsi, si le nombre de décès liés à la grippe est de 200 à 400 personnes par an, en prenant des extrêmes larges, la vaccination de millions de personnes est-elle toujours recommandable (une invitation à la vaccination a été proposée à 12 millions de personnes pour l’année 2010-2011)? Le rapport bénéfice-risque reste t-il en faveur du vaccin? A t-il été réévalué à la lumière de cette étude? A t-on la preuve de la réduction de la mortalité grâce au vaccin dans ces conditions? Nous tenterons de répondre à ces questions dans de prochains articles.


Le Pr Weil-Olivier, la grippe A/H1N1 et le Sénat
envoyé par dailyglub. – L’info internationale vidéo.

Source

Spécificité des caractéristiques de la mortalité liées à la grippe lors de la pandémie de grippe (H1N1° en 2009-2010 en France
Pavla Vicente, Albertine Aouba, Daniel Lévy-Bruhl, Eric Jougla, Grégoire Rey
BEH 11 janvier 2011/n°1

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