mardi 6 décembre 2016

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Comment fonctionne l’évaluation d’un risque sanitaire? Exemple avec la survenue de cancers du reins dans une usine de vitamines de l’Allier

En janvier 2003, l’Institut de veille sanitaire était saisi par les ministères chargés de la Santé et du Travail pour explorer une suspicion d’excès de cas de cancer du rein parmi les salariés d’une usine chimique de Commentry dans l’Allier (Adisseo, groupe chinois National BlueStar). L’alerte concernait 10 salariés de l’usine, tous atteints d’adénocarcinomes du parenchyme rénal.

Cette entreprise fabrique par synthèse chimique des vitamines et des acides aminés destinés à la supplémentation alimentaire des animaux. Au sein de cette usine, plusieurs centaines de produits chimiques sont utilisés en tant que matière première ou générés au cours des réactions de synthèse chimique. Le chloracétal C5, intermédiaire de synthèse de la vitamine A est très vite suspecté par certains experts d’être à l’origine des cancers du rein diagnostiqués dans cette usine du fait de ses propriétés mutagènes in vitro observées au début des années 1990. Par ailleurs, de nombreux autres produits chimiques reconnus comme mutagènes et/ou cancérigènes sont ou ont été utilisés dans cette usine, et notamment le chlorure de vinyle monomère.

La réalité de l’excès de cancer du rein a été confirmée dès 2003 par le Département santé travail (DST) de l’InVS qui a montré que dans la population masculine encore en activité à l’usine, pour la période 1994-2002, on observait 13 fois plus de cancer du rein que dans la population générale française. “Devant l’ampleur de l’excès constaté, l’homogénéité des diagnostics de cancer observés, la mutagénicité in vitro du chloracétal C5 et la possibilité d’une origine professionnelle, un programme d’investigation épidémiologique en deux volets a été proposé : une étude de cohorte et une étude cas-témoins nichée dans la cohorte”.

La première étude retrouve un excès significatif de décès par maladies digestives chez les hommes et un excès significatif de décès par cancer du rein chez les femmes. Une seconde étude retrouve que  les sujets ayant travaillé dans le secteur des « utilités » (chaufferie, station d’épuration, incinérateurs) et de la maintenance avaient un risque de cancer du rein multiplié par 2,8, et par 3 pour ceux travaillant à la production de la vitamine A. Toutefois, indiquent les auteurs, lorsqu’on tenait compte du dépistage par échographie par des analyses avec ajustement, cet excès de cancer du rein associé au secteur de production de la vitamine A n’était plus statistiquement significatif. Une troisième étude retrouve elle une augmentation statistiquement significative du risque de cancer du rein avec l’exposition au chloracétal C5.

Conclusion :

À l’issue de ces investigations, le faible nombre de sujets, et les difficultés méthodologiques, ne permettent pas de conclure de façon ferme sur une cause précise de survenue de ces cancers du rein.

Toutefois, l’étude de morbidité dans la cohorte suggère un risque élevé de cancer du rein dans le secteur de la maintenance et des « utilités » ainsi que de production de la vitamine A selon le procédé Navas et l’étude cas-témoins a montré une relation dose-réponse avec l’exposition cumulée au chloracétal C5. Il existe donc un faisceau d’arguments épidémiologiques pour suspecter le rôle du procédé Navas et du chloracétal C5 dans la survenue de ces cancers, ceci d’autant plus que des études toxicologiques sur le chloracétal C5 ont confirmé la génotoxicité du produit“.

“En termes de réparation, les salariés de l’usine atteints de cancer du rein qui en ont fait la demande ont bénéficié d’une prise en charge en maladie professionnelle après avis des comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Les salariés des entreprises extérieures ayant travaillé sur le site de l’usine devraient en conséquence pouvoir bénéficier d’une réparation en maladie professionnelle au même titre que ceux de l’usine”.

Source

Investigations épidémiologiques dans une entreprise de production de vitamines de l’Allier
Yuriko Iwatsubo, Laetitia Bénézet, Odile Boutou-Kempf, Emeline Chabault, Joëlle Fevotte, Loïc Garras, Marcel Goldberg, Danièle Luce, Corinne Pilorget, Ellen Imbernon, Institut de veille sanitaire (InVS), Département santé travail (DST)
INVS Décembre 2010


INVS Décembre 2010

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