vendredi 30 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

La “peste blanche” est de retour à Londres

A Londres, en 1660, la tuberculose atteint 1000 individus pour 100 000 habitants, soit trois fois plus que la fréquence actuelle frappant l’Afrique sub saharienne (340/100 000). Au XIXème siècle, 25% des décès en Europe sont causés par la tuberculose. Les Anglais la rebaptise alors la peste blanche, à cause du teint blafard des tuberculeux Londoniens.

Ce n’est que l’amélioration des conditions de vie et d’alimentation qui permettront de réduire la fréquence de la maladie. Il faut cependant attendre la fin du XXème siècle, avec l’arrivée des premiers antituberculeux, du BCG  et de l’amélioration des services de santé, pour enfin la juguler. Mais une fois cet objectif atteint dans les années 1980, les services luttant contre la tuberculose sont progressivement laissés à l’abandon.

La tuberculose est une maladie à transmission interhumaine, qui se transmet par voie aérienne qui n’est pas immunisante. Elle est provoquée par mycobacterium tuberculosis, une mycobactérie, La tuberculose pulmonaire, la phtisie est la forme la plus fréquente de la maladie qui peut aussi atteindre les os (mal de Pott), les reins, les intestins, les organes génitaux, les méninges, ou la peau.

Selon l’OMS, au XXI ème siècle, 1,7 millions d’être humains décèdent toujours chaque année de la tuberculose. La mauvaise nouvelle est que la tuberculose est de retour en Europe. Mais entre temps, elle a changée ; elle a en effet acquis la capacité de résister à certains antibiotiques. Dans 22 pays au monde (sur 192), elle est même devenue incontrôlable. Les facilités migratoires et des foyers de conditions de vie catastrophiques au cœur même des pays européens, lui ont permis de réapparaitre, et même de devenir à nouveau un problème de santé publique à Londres. En 2009, plus de 9000 cas de tuberculose soit 14,5 cas/100 000 habitants ont été diagnostiqués en Angleterre. A Londres, le nombre de malades a augmenté de 50% en 10 ans. 172 cas de tuberculoses résistantes à l’isoniazide, un du traitement antibiotique de la maladie, ont été retrouvés. 59 autres cas de résistances multiples ont également été diagnostiqués.

La majorité des malades ne sont pas nés en Angleterre mais y vivent depuis environ 2 ans. 29% sont des noirs d’origine africaine, 27% des indiens, et 10% des blancs. Si la tuberculose est d’ailleurs plus fréquente dans les banlieues pauvres de Londres, ce sont les prisons du pays qui sont la nurserie idéale de la tuberculose résistante. En comparaison avec tous les autres patients tuberculeux à travers le pays, une étude menée chez 205 prisonniers nouvellement contaminés à montré que ces malades emprisonnés étaient plus fréquemment nés en Angleterre, blancs et atteints de tuberculose pulmonaire. Un tiers des prisonniers ayant eu une culture positive du germe de la tuberculose étaient en fait atteint par une tuberculose résistante. Les prisonniers transmettent la maladie aux gardiens de la prison, aux personnels soignant ou aux autres malades dès qu’ils nécessitent des soins hospitaliers, ou même directement au sein de leur communauté lorsqu’ils ont une permission de sortie où sont relâchés.

Cette situation est proche de ce qu’ont connues les prisons californiennes en 1990. Le financement d’un important programme  de santé est immédiatement nécessaire. L’Angleterre a un choix politique et financier urgent à faire si elle veut éviter le retour de la peste blanche dans les proportions comparables à celles du XIXème siècle.

Source

The white plague returns to London-with a vengeance
Alimunddin Zumla
The Lancet December 17, 2010 6736 (10) 6217-9

Articles sur le même sujet