dimanche 25 septembre 2016

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Les prêtres égyptiens n’avaient pas adopté le régime méditerranéen

L’athérosclérose est souvent regardée comme une maladie du monde moderne, causée par son alimentation riche en viandes et en graisses. Pourtant, des momies de l’ancienne Egypte nous apprennent que l’athérosclérose existait déjà en ces temps reculés. Certes, le procédé de momification ne concernait qu’une classe sociale aisée, riche, et influente. Certains prêtres en faisaient partie.

Pour la première fois, une équipe de scientifiques de l’université de Manchester a étudié conjointement les transcriptions des hiéroglyphes des temples égyptiens, qui offrent de nombreux détails sur les nourritures quotidiennes offertes aux Dieux, avec l’état des vaisseaux de prêtres momifiés, analysés par IRM. Y aurait-il un lien?

L’athérosclérose, c’est à dire le dépôt de graisses dans les artères et la calcification de ces artères sont des conséquences pathologiques du mode de vie et du régime alimentaire de nos sociétés modernes. Cependant, des lésions équivalentes ont été retrouvées chez un chinois de la haute société enterrée en 700 avant JC, et sur les restes d’esquimaux datant de 400 à 1520 après JC. Dès 1909, des dépôts athéromateux sont identifiés sur l’aorte du roi Méneptah et en 1911, Marc Ruffer, décrit des lésions artérielles typiques sur de nombreuses momies égyptiennes. Ces descriptions seront confirmées en 1980 par deux chercheurs avec l’aide de techniques de radiographie plus avancées : Ramsès II, Ramsès III, Sethos I, Ramsès V et VI, dont certains pourtant jeunes, avaient déjà au moment de leur mort des calcifications artérielles.

Les scientifiques de Manchester ont radiographié 22 momies. Chez seize d’entre elles, le cœur et les artères étaient identifiables. Neuf momies avaient des calcifications des vaisseaux. Ces lésions restent pourtant peu communes, témoignant peut-être de la courte espérance de vie de l’époque, qui pouvait atteindre 40 à 50 ans, même parmi les classes les plus privilégiées. Elles peuvent aussi être le témoignage d’une différence d’alimentation entre les plus aisés des égyptiens et les autres.

Les scientifiques ont corrélé cette hypothèse avec de nouvelles traductions des hiéroglyphes présents sur les murs des temples et évoquant dans le détail, l’ensemble des nourritures offertes aux Dieux, mais qui finissait dans l’estomac des prêtres et de leurs familles.  Ces hiéroglyphes fournissent également des informations sur les habitudes alimentaires des prêtres et permet ainsi d’estimer le contenu en graisse de leur alimentation.

Bœufs, volailles sauvages, fruits, légumes, gâteaux, vin et bières étaient au menu des Dieux et donc des prêtres. Les viandes de bœuf et de volaille apportaient, estiment les scientifiques, 35% de leurs calories sous forme de graisses. Les oies sauvages, consommées de manière régulière, apportent 65% de leurs calories sous forme de graisses dont 20% sont des graisses saturées. Le pain était à cette époque toujours enrichi avec du lait de la graisse et des œufs. Les gâteaux étaient cuisinés avec de la graisse animale ou de l’huile. Les scientifiques estiment que 50% des apports énergétiques des prêtres étaient apportés par des graisses dont une importante proportion en graisses saturées, beaucoup plus athérogène (les recommandations actuelles sont de ne pas dépasser 25% à 30% des apports énergétiques sous forme de graisses dont moins de 7% en graisses saturées).

Les poissons et donc les oméga-3 n’apparaissent pas dans les menus des prêtres. Il est probable que le sel très utilisé comme conservateur ait été consommé en excès, mauvaise habitude dont on connait les conséquences cardiovasculaires (hypertension artérielle). Les apports en alcools, riches en triglycérides, étaient également peut-être en excès.

Il y a donc une grande différence alimentaire entre l’alimentation presque végétarienne de la majorité des égyptiens (classe pauvre dont il n’existe pas de momies) et la nourriture des classes aisées incluant les prêtres.

La tache la plus importante de ces prêtres au sein des temples, était, en agissant pour le roi, d’offrir aux statues des Dieux, 3 fois par jour, un repas riche et varié. A la fin de chaque cérémonie, le repas était divisé entre les prêtres. Ces rituels, mis à jour grâce aux hiéroglyphes gravés sur les murs des temples, ont permis de corréler les rites aux investigations paléo pathologiques.

Une des momies conservée au musée de Leed est très caractéristique. Il s’agit de la momie d’un prêtre décédé sous le moyen empire. Son sarcophage livre son nom,  sa fonction de prêtre et a permis d’établir qu’il participait quotidiennement aux offrandes et recevait donc sa part de la nourriture. En plus, il était chargé de l’inventaire et des rapports concernant les stocks de grains destinés au troupeau sacré, qui finira en offrande. Une endoscopie de l’artère fémorale de cette momie de ce prêtre retrouva de larges plaques d’athérosclérose, témoignage à travers le temps, des banquets sacrés qu’il consomma en hommage aux Dieux.

Source

The art of medicine: Artherosclerosis and diet in ancient Egypt

Atherosclerosis and diet in ancient Egypt
A Rosalie David, Amie Kershaw, Anthony Heagerty
The Lancet, Volume 375, Issue 9716, Pages 718 – 719, 27 February 2010

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