mardi 27 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

10% des corps sous “X” ne sont jamais identifiés

Les médecins légistes sont fréquemment confrontés à des corps non identifiés qu’ils dénomment alors “X” et pour lesquels un processus d’identification doit être réalisé. L’objet de cette publication, réalisée par le service de médecine légale de l’hôpital Poincaré à Garches, a été d’analyser les techniques utilisées et de préciser les meilleurs méthodes en fonction des circonstances de la découverte des corps et de leur état de conservation à cet instant.

Entre le 1 janvier 2003 et le 10 juin 2009, 217 corps à l’identité incertaine ont été autopsiés par les légistes du département de médecine légale. Cela représentait 9% des 2384 autopsies réalisées au cours de cette période. L’étude a porté sur 134 cadavres. Les méthodes permettant une identification avant autopsie sont l’analyse génétique, l’analyse des empreintes digitales, les reconnaissances visuelles, les investigations policières, les habits ou les objets personnels et les documents d’identité. Plusieurs de ces méthodes peuvent être utilisées conjointement. L’autopsie devient indispensable quand ces méthodes échouent à déterminer l’identité des corps.

Parmi les corps étudiés dans cette publication, 7 (5%) se présentaient sous la forme d’os simples, 17 (12,5%) sous forme de fragments de corps, 10 (7%) de corps momifiés, 65 (47,8%) étaient dans un état de putréfaction avancé, 22 (16,2%) étaient carbonisés et 18 (13,2%) étaient intacts.

Parmi les 134, 100 furent reconnus comme des hommes et 34 comme des femmes. Pour 12 d’entre eux, une analyse des organes génitaux internes a été nécessaire pour s’assurer de leur sexe. Pour l’un d’entre eux, sous forme de squelette, la détermination a été impossible. L’âge moyen au moment du décès était de 47 ans pour les hommes et de 54 ans pour les femmes. 108 étaient des caucasiens, 2 des noirs africains, 1 métisse, 18 des nord africains, 2 proche orientaux, 1 asiatique et 2 caribéens.

Quatre-vingt huit cadavres ont été découverts dans des lieux publics, le plus souvent immergés dans l’eau, sinon, sur des rails ou dans une forêt. Quarante-cinq ont été retrouvé dans une habitation et un dans un hôpital.

La cause de la mort était un suicide pour 54 d’entre eux ou un accident mortel pour 24 autres : 37 d’entre eux ont été retrouvés dans l’eau. Pour 16 autres, la mort était naturelle, dont  la moitié, d’origine cardiovasculaire. Quinze ont été assassinés ; dans un un tiers des cas par une arme à feu. Pour 25 autres, la cause de la mort n’a pu être déterminée.

Au début de l’autopsie, après une investigation menée par la police, 86 sujets avaient une identité présumée. Les investigations supplémentaires menées après l’autopsie ont permis d’identifier au total 122 sujets, soit grâce aux habits et objets personnels qu’ils avaient sur eux au moment de leur décès (116 cas), soit du fait de caractéristiques physiques découvertes par l’autopsie (80 cas). Les analyses génétiques ont été utiles dans 38 cas. Les empreintes dentaires ont été utilisées dans 40 cas et se sont révélées déterminantes pour 33 sujets. Des examens radiologiques ont contribué à aider l’identification pour 26 sujets. Pour 27 d’entre eux, une reconnaissance par des proches a été utile, des papeirs d’identités n’ont servi que pour 18 d’entres eux et les empreintes digitales que pour 10 d’entre eux.

La méthode la plus efficace à donc “té la détermination génétique, suivi de l’empreinte dentaire, des investigations policières et de la reconnaissance visuelle par un proche. L’autopsie seule a été contributive pour 5 sujets seulement et pour 4 autres conjointement avec des examens radiologiques.

L’analyse de ces cadavres sous X met en évidence qu’il s’agit plus fréquemment de sujets masculin (sex ratio 2,98), que la cause principale est le suicide dans un lieu isolé, expliquant le délai long qui peut s’écouler entre le décès et la découverte du corps. Une constatation identique peut être faite pour les décès causés par un assassinat, pour lesquels se rajoute les tentatives de dissimulation de l’identité par l’assassin, détruisant les papiers d’identité. Au total en France en 2004, il y a eu 48 063 disparitions inexpliquées rapportées aux autorités et chaque année, environ 1000 à 3000 corps sont enterrés sous X.

Cette étude montre que le rôle de l’autopsie seule, dans la détermination d’une identité, reste marginale, seuls 6,7% des corps sous X ayant été identifiés grâce à l’autopsie. Elle conserve cependant un rôle majeur dans le cadre de la procédure d’identification, contribuant en particulier à expliquer les causes de la mort. La génétique, malgré la fragilité de l’ADN permet une confirmation d’identité par comparaison avec les ADN de membres présumés de la famille. L’utilisation des empreintes digitales, basée sur 12 points particuliers de la pulpe digitale reste une technique précise avec un risque d’erreur de 1 sur 17 millions, nécessitant pour être utile que les empreintes soient conservées dans une banque de donnée. Elles ne sont ainsi déterminantes que dans 17% des cas traités ici. L’intérêt des empreintes dentaires pourrait être accru par la création d’un fichier centralisé. Quant à la reconnaissance visuelle, du corps ou d’objets personnels, cela reste une méthode fragile car basée seulement sur la reconnaissance d’un proche pouvant être source d’erreur.

Ces identifications peuvent être rendus encore plus complexes dans des circonstances de catastrophes, comme le crash d’un avion ou d’identifications menées après un conflit armé comme cela a été le cas après la mise à jour de fosses communes à la suite des guerres en Ex-Yougoslavie.

Source

Forensic and police identification of “X” bodies. A 6 years French experience
S. Cavard J.C. Alvarez, P. De Mazancourt, F. Tilotta, P. Brousseau, G. Lorin de la Grandmaison, P. Charlier
Forensic Science International Volume 204, Issue 1 , Pages 139-143, 30 January 2011

Crédit Photo Creative Commons by keira-anne ♥

Articles sur le même sujet