jeudi 29 septembre 2016

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2.500 personnes surexposées au pesticide chlordécone dans les Antilles françaises

Bien qu’interdite depuis 1976 aux Etats-Unis, la chlordécone, un pesticide organochlorée a été utilisée officiellement jusqu’en 1993 et officieusement encore plusieurs années dans les bananeraies des antilles. L’usage prolongé de ce pesticide extrêmement toxique a été possible grâce au soutien de nombreux hommes politiques (voir article docbuzz). Aujourd’hui la Guadeloupe et la Martinique  se trouvent totalement infectées par cette pollution massive. Après avoir soutenue et laisser faire, face à l’ampleur des dégats, l’état français a lancé plusieurs mission d’évaluation.

Un numéro spécial du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire a tenté de faire un point sur la situation : ” Les Antilles françaises constituent donc un laboratoire à petite échelle dans un monde durablement pollué, où, après avoir acté l’existence d’une pollution irréversible, il s’agit maintenant de mieux la connaître et la circonscrire mais aussi de vivre avec”. On estime que près de 300 tonnes de substance active ont été vendues entre 1981 et 1993.

À l’été 2007, les plaintes pour « empoisonnement » déposées aux Antilles les années précédentes, qui s’appuient en particulier sur la trajectoire réglementaire singulière du chlordécone , commencent à être relayées au niveau national. Le professeur Belpomme, cancérologue, produit, à la demande d’une association locale, un rapport sur les conséquences de la pollution par le chlordécone et annonce sa présentation pour le 18 septembre à l’Assemblée nationale. Un emballement médiatique se produit, d’abord provoqué par les déclarations du ministre de l’Agriculture qui juge « très grave » la situation aux Antilles, puis amplifié par les déclarations du Pr Belpomme qui évoque un « désastre sanitaire », une situation « pire que le sang contaminé ». Même si la ministre chargée de la Santé indique le lendemain qu’il n’y a pas de « preuve scientifique », elle appelle les habitants des Antilles à la plus grande précaution pour les produits ne provenant pas des circuits commerciaux. C’est dans ce contexte qu’a été décidé la mise en place d’un plan national chlordécone, doté de 30 millions d’euros.

Le constat de terres polluées par le chlordécone pour des siècles et son extension progressive par lessivage des sols aux produits de la mer se double de celui d’une imprégnation humaine, en particulier chez les femmes enceintes, les jeunes enfants et les anciens travailleurs de la banane. Ce sont en particulier les produits de la mer et les légumes racines qui contribuent à l’apport total en chlordécone, en raison de leur niveau de contamination. D’autres denrées, telles la banane, le corossol, le concombre ou encore le lait, contribuent particulièrement à cet apport du fait d’une consommation élevée par certains sous-groupes de populations, comme les jeunes enfants.

Une première étude montre que les personnes les plus à risque sont les enfants âgés de 3 à 5 ans. Des évaluations montrent effectivement que le pourcentage de surexposition au chlordécone, en Martinique atteint un maximum chez les enfants  de 3-5 ans (18,5%). Il est de 8,6% chez les 6-10 ans, de 1,3% chez les 11-15 ans et de 0,2% chez les adultes. L’INVS estime à 1.338 en Martinique et à 998 en Guadeloupe le nombre de personnes présentant des doses d’exposition supérieures à la VTR chronique (0,5 µg par kg de poids corporel et par jour). Il s’agit de chiffres extrapolés à partir de l’enquête Escal, qui a porté sur 2.037 personnes.

Menée en Guadeloupe, l’étude Karuprostate, a mis en évidence un risque accru d’environ 70% de cancer de la prostate en cas d’exposition la plus forte au chlordécone. Par ailleurs, un risque de myélome multiple, est suspecté chez les hommes dans les zones les plus contaminées par la chlordécone. Aucun lien n’a à ce jour été montré pour d’autres cancers, ni pour des malformations congénitales.

Un second plan chlordécone, élaboré pour les années 2011 à 2013, va poursuivre le travail scientifique mené sur place pour surveiller l’état de santé des populations et améliorer la connaissance des effets sur la santé, poursuivre la réduction de l’exposition des populations, assurer la qualité de la production locale, gérer les milieux contaminés et assurer l’information de la population.

A ce jour, aucun homme ni femme politique n’a jamais été inquiété pour toutes les conséquences humaines et écologiques liées à l’utilisation de la chlordécone (pourtant interdite depuis 1976 aux Etats-Unis), pas plus que les producteurs de bananes ou les fournisseurs de chlordécone.

Source

Chlordécone aux Antilles : bilan actualisé des risques sanitaires
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NVS

CRédit Photo Creative Commons by Jean & Nathalie

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