samedi 3 décembre 2016

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Intérêt de la césarienne : les magazines féminins trompent-ils les femmes?

La césarienne est une procédure chirurgicale mise au point pour prévenir une menace sur la vie de la mère où de l’enfant. Pourtant, la proportion de césariennes s’accroit de manière étonnante dans la majorité des pays riches, en dehors de toute indication médicale.

On aboutit maintenant à plus de 30% de femmes accouchant par césarienne. Le brésil est le pays où le pourcentage de césariennes est le plus élevé au monde avec 43,6% des femmes utilisant cette technique pour mettre au monde leur enfant. Dans le secteur privé ce taux atteint 80% (le taux de césariennes est passé de 5% à près de 20% en France en 35 ans).

Plus de 850 000 césariennes sans aucune indication médicale réelle sont réalisées chaque année dans toute l’Amérique du sud dont la moitié au Brésil. La raison pouvant expliquer cet accroissement du nombre de césariennes reste méconnues. Les femmes sont exposées à de plus en plus d’informations santé y compris aux options possibles pour accoucher.

Les magazines féminins sont une des sources d’informations les plus répandues et peuvent donc jouer un rôle dans la manipulation de l’opinion des femmes quand à la meilleure méthode d’accoucher.

Afin d’analyser cette possibilité, les médecins du centre Cochrane du Brésil et des obstétriciens ont recherché tous les articles sur le sujet, publiés dans les magazines féminins brésiliens les plus influents au cours des 20 dernières. Pour chaque article comparant l’accouchement par césarienne ou par les voies naturelles, les auteurs évaluaient  les sources citées dans les articles, la vérité de l’information délivrée, l’exhaustivité des informations, ainsi que les opinions, témoignages et préférences de gens ordinaires et de stars, ainsi que les raisons invoquées dans ces témoignages leur faisant préférer une délivrance par césarienne plutôt que par voie basse. L’étude est publiée dans l’influente revue médicale anglaise The British Medical Journal.

Les magazines avaient un tirage jusqu’à 506 000 exemplaires mensuels. 325 articles concernant les césariennes ont été retrouvés. 118 correspondaient aux critères d’analyses préalablement posés par les auteurs. Les articles apportant une information sur la césarienne représentent 4,1% de tous les articles publiés au Brésil dans les journaux féminins entre les années 1988 et 2008 et 36% des articles sur la grossesse ou la naissance.

Ces articles faisaient plus d’une page, comportaient des illustrations et la majorité étaient écrits par des journalistes et seulement 3 par des médecins. Des médecins étaient référencés comme source d’information dans 80% des articles, des articles scientifiques publiés dans 10% des cas. 55 articles incluaient des témoignages de femmes sur leurs experiences d’accouchements :  ces femmes totalisaient 177 accouchements dont 59% s’étaient fait par voie basse et 41% par césarienne, la presque totalité se terminant bien pour la mère et pour l’enfant. Plus de la moitié des articles incluaient au moins trois faits médicaux sur la césarienne, tels que les indications concernant la mère ou concernant l’enfant, les détails de l’anesthésie, les taux et statistiques sur la césarienne.

43% des articles mentionnaient entre 3 et 4 avantages ou bénéfices de la césarienne. Les risques à court terme sont plus souvent évoqués que les risques maternels à long terme ou les risques périnataux pour l’enfant. 21% des articles ne faisaient aucune mention des risques à court terme encourus par la mère en cas de césarienne, 66% ne faisaient aucune mention des risques à long terme encourus par la mère (78 articles), ni aucune mention des risques encourus par l’enfant (77 articles).

L’information la plus souvent mise en avant concernant la césarienne était la reduction de la douleur, la facilité pour la famille et pour le praticien, et la possibilité de faire le choix au moment de la délivrance. La prévention de l’incontinence urinaire était citée dans 11 articles, et la préservation des fonctions sexuelles et de la satisfaction sexuelle dans 8 articles.

Les articles analysés, dans 80% des cas, citaient au moins un effet secondaire ou un inconvénient. Le plus cité est le convalescence plus longue pour récupérer après une césarienne (48 articles)  et le fait que c’est une voie d’accouchement non naturelle. 34% pointent la passivité de la femme et l’absence de contrôle du processus de la naissance. Seulement 22 articles expliquaient que la césarienne expose la femme à un risque accru d’hémorragies, d’hystérectomie (ablation de l’utérus pour raison médicale), de transfusion médicales et seulement 14% évoque l’accroissement de la mortalité lié aux césariennes. Seulement 8 articles évoquaient le risque de lésion de la vessie, de l’urètre, des intestins et seulement 2 articles informaient sur le risque de thromboembolie consécutive à la césarienne.

De même, moins de 30% des articles évoquaient les complications à long terme. La plus fréquemment citée est le risque qu’une césarienne soit nécessaire lors d’une seconde grossesse et le risque de rupture utérine lors de la seconde grossesse. L’apparition d’adhérences (un phénomène commun à toute chirurgie abdominale) et de douleurs chroniques comme conséquence de la répétition d’une césarienne n’étaient évoquées que dans 8 articles, et seulement 3 évoquaient le risque augmenté de placenta previa.

Treize stars nationales évoquaient leurs expériences d’accouchement, 8 ayant eu un accouchement par voie basse et 3 par césarienne avec des commentaires positifs et 2 par césarienne avec des commentaires négatifs.

Si les articles apparaissent gobalement équilibrés entre accouchement par voie basse et césarienne. Cependant il apparaît que les avantages de la césarienne sont plus souvent mis en avant que les inconvénients où les risques. Les informations données sur cette voie d’accouchement n’apparaissent pas exhaustives en beaucoup d’aspect et n’apportent pas les éléments majeurs permettant au lecteur de juger, de mieux comprendre les risques et les avantages de la pratique. Par exemple moins de 20% des articles mentionnent le coût de la césarienne ou l’allongement de la durée de convalescence. De plus les risques majeurs tels que le risque d’hémorragies, d’infections, de blessures vésicales, urétrales ou intestinales sont tout simplemement ignorées par 70% des articles. Encore plus troublant, moins d’un tiers des articles évoquent les conséquences à long terme de la césarienne ou les complication périnatales, comme la nécessité d’une autre césarienne à la grosseesse prochaine, ou le risque de rupture utérine lors de la délivrance d’un prochain enfant. Comme tous ces risques sont bien connus des obstétriciens, on peut se demander si leurs omissions était un choix éditorial délibéré ou le résultat d’un mauvais travail journalistique de consultation et de recherche des sources. Une étude menée par le Pr Moyers avaient déjà mis en évidence l’omission de la plus grande morbidité et de la plus grande mortalité liées aux césariennes, dans les magazines féminins publiés aux Etats-Unis. Des articles sur la grossesse, aux sujets incomplets ou aux informations manquantes ont également été dénoncés.

Bien que des précautions doivent être prises pour ne pas alerter inutilement, et que certains des effets secondaires évoqués arrivent rarement, ils peuvent néanmoins exposer la mère et l’enfant à des complications sérieuses, pouvant générer une morbidité sévère ou entrainer un décès et finalement exposer le médecin à une procédure judiciaire.

Notons encore que 17% des articles ne spécifient aucune source des informations publiées. Dans les autres cas, l’utilisation de sources d’informations non optimales peut expliquer le manque de vérités, de fiabilité, de précision, et le caractère incomplet des articles publiés sur la césarienne.

Bien que difficile à évaluer, les médias influencent les comportements individuels, la consommation des soins de santé, et la régulation de ces soins. Les magazines féminins représentent une importante source d’informations sur la grossesse : la délivrance est un des sujets les plus fréquemment traités. Dans ce contexte, ces magazines jouent un role dans la dissémination d’informations, les comportements et les suggestions de marche à suivre. Améliorer la qualité des articles qu’ils publient devrait être un objectif important des magazines féminins. “Les éditeurs doivent encourager leurs journalistes et leurs auteurs à déliver une information juste et fiable afin que dans le futur, les informations sur la césarienne soit présentés de manière fiable et correcte” écrivent les auteurs de l’étude.

Ces résultats présentent la première partie d’une étude menée mondialement couvrant les magazines féminins Européens, Nord américains et Sud américains afin d’évaluer leur influence dans le choix de la césarienne par les femmes. Force est de constater que l’information santé délivrée par les magazines féminins sur la césarienne est, au minimum incomplet, et peut pousser les femmes à faire des choix non éclairés qui pourraient avoir des conséquences futures négatives pour elles.

On ne peut s’empêcher de se poser une ultime question : Tous les sujets santé sont-ils traités de cette même manière dans les journaux féminins?

Source

Portrayal of caesarean section in brazilian women’s magazines: a 20 years review
Maria Regina Torloni, Silvia Daher, Ana Pilar Betrán, Mariana Widmer, Pilar Montilla, Joao Paulo Souza, Mario Merialdi
BMJ 2011; 2011; 342:d276

CRédit Photo Creative Commons by maria mono

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