dimanche 4 décembre 2016

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Vivre sans cancer et sans diabète? C’est possible, mais alors sans hormone de croissance

C’est une étude étonnante que publie la revue Science Translational Medicine. L’étude publiée par une équipe internationale dirigée par le biologiste Valter Longo de l’université de Californie du sud et par l’endocrinologue équatorien  Jaime Guevara-Aguirre, rapporte 22 années d’étude d’une population vivant dans les Andes, en Equateur.

L’histoire commence il y a des années, quand en se promenant à cheval dans les montagnes Equatoriennes de la province de Loja, le Docteur Jaime Aguirre-Guevara, spécialiste du diabète, rencontre dans un village reculé, une population différente des indiens qu’il a l’habitude de croiser dans ces contrées. Au sein de cette population, vivent une centaine d’individus de petite taille, atteints d’une maladie génétique, le nanisme de type Laron.

Cette population a des origines Européennes. Ce sont des conversos espagnols, des juifs séfarades qui se sont convertis au christianisme à la fin du XVème siècle, par peur de l’inquisition.

Le syndrome de Laron est une anomalie génétique causé par la déficience d’un gène qui empêche le corps d’utiliser l’hormone de croissance, causant le nanisme. Un an après sa découverte, le Jaime Aguirre-Guevar revient pour suivre 100 individus atteints du syndrome de Laron et 1600 autres personnes de la communauté mais de taille normale, ne présentant pas la mutation génétique.

Le suivi de cette population va durer 22 ans. Au cours de cette période, aucun cas de diabète ne survient chez ceux touchés par le syndrome de Laron, et ni aucun cas de cancer. En revanche, parmi les autres participants, 5 % ont développé un diabète et 17% un cancer. Pourtant tous sont soumis au même environnement et vivent dans le même village. C’est ce qui fait conclure aux chercheurs que l’hormone de croissance pourrait avoir une responsabilité dans la survenue du diabète et des cancers.

“Les personnes sans récepteur à l’hormone de croissance ne développent pas ces deux pathologies. Ils ont aussi une très faible risque d’accident vasculaire cérébral, mais le nombre en a été trop rare pour valider une différence significative” explique le Dr Longo. Cependant, ils ne vivent pas plus longtemps pour autant “Bien que tous les individus ayant cet absence du récepteur à l’hormone de croissance apparaissaient heureux et normaux, et avait une fonction cognitive normale, il y a eu de nombreux cas anormaux de décès, dont beaucoup étaient liés à l’abus d’alcool”.

Ainsi, si des taux élevés d’hormone de croissance existent chez un individu, celui-ci est plus à risque de cancer, et de maladies cardiovaculaires : réduire l’hormone de croissance pourrait-il être un traitement par exemple au sein des familles à forte fréquence de diabète et de cancers?

Des études chez l’animal ont montré cet intérêt : John Kopchick et Andrzej Bartke ont publié en 2000 et en 1996 des études montrant un allongement de la vie de 40% chez des souris adultes. Ils ont également liés réduction de l’hormone de croissance et réduction du risque tumoral.

En analysant le sang des personnes atteintes du syndrome de Laron, les scientifiques ont mis en évidence un double effet protecteur : l’ADN semblait protégé du stress oxydatif et la destruction des cellules dont l’ADN était artificiellement altéré(par du peroxyde d’hydrogène) étaient détruites très rapidement, ces deux actions pouvant tendre à éviter la survenue d’une tumeur. De plus, ces personnes atteintes du syndrome de Laron avaient des taux plus faibles d’IGF-1 ou Insulin-like Growth Factor 1, un niveau d’insuline très bas et une très faible résistance des cellules à linsuline, ces phénomènes pouvant éviter la survenue d’un diabète.

Au cours d’une autre expérience, l’équipe de Rafael de Cabo du National Institute on Aging, a mis en commun des cellules humaines avec le sérum de personnes atteinte du syndrome de Laron. Ils ont constaté que le sérum changeait l’activité génétique des cellules et était capable d’allonger la survie de levures et d’autres organismes.

Un effet similaire peut être obtenu en réduisant les apports caloriques et protéiné, des conditions cependant difficiles à appliquer chez l’homme en raison des risques de carences.

Ces découvertes suggèrent donc que l’utilisation d’un inhibiteur des récepteurs de l’hormone de croissance, un traitement utilisé dans l’acromégalie, pourrait être utile pour prévenir, chez des personnes adultes, la survenue de pathologies liées à l’âge telles que le diabète ou le cancer. Ce n’est pour l’instant qu’une intéressante hypothèse qui nécessitera encore beaucoup de recherches.

Source

Growth Hormone Receptor Deficiency Is Associated with a Major Reduction in Pro-Aging Signaling, Cancer, and Diabetes in Humans.Jaime Guevara-Aguirre, Priya Balasubramanian, Marco Guevara-Aguirre, Min Wei, Federica Madia, Chia-Wei Cheng, David Hwang, Alejandro Martin-Montalvo, Jannette Saavedra, Sue Ingles, Rafael De Cabo, Pinchas Cohen, Valter D. Longo.  Science Translational Medicine, 2011; 3 (70): 70ra13 DOI:10.1126/scitranslmed.3001845

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