samedi 3 décembre 2016

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Quels sont les facteurs prédictifs du déclin fonctionnel d’une personne âgée suite à une hospitalisation

Les plus de 75 ans représentent dorénavant près de 9% de la population française, et ils seront 15% en 2050. Et si nombreuses sont les personnes âgées restant autonomes, il est estimé que le nombre de personnes dépendantes aura augmenté d’un tiers entre 2000 et 2020. Or ce que l’on appelle maintenant couramment la dépendance réduit la qualité de vie et augmente le risque d’hospitalisation, de placement en institution et de mortalité. Quels sont les facteurs qui contribuent à créer la dépendance? Les identifier permettrait d’agir en amont. C’est le but de cette publication d’une équipe du service de médecine gériatrique de Grenoble.

Une hospitalisation n’est pas un cap facile à passer pour une personne âgée. Dans 30 à 60% des cas, elle entraine un déclin fonctionnel, certes parfois lié à la maladie mais aussi souvent à l’hospitalisation elle-même causant escarres (10%), incontinence sphinctérienne (23%), et troubles confusionnels (23%).

Les auteurs ont analysé 184 patients hospitalisés en court séjour gériatrique. Les patients décédés pendant l’hospitalisation n’ont pas été inclus dans l’étude. Pour l’analyse, Ils ont séparé les patients en 2 groupes : ceux sortis de l’hospitalisation avec un déclin fonctionnel et ceux sortis sans, permettant ainsi, en analysant l’ensemble de leur dossier médical, les facteurs contributif d ce déclin fonctionnel.

Les patients avaient en moyenne 86 ans, 35% étaient des hommes, 84% vivaient à leur domicile avant l’hospitalisation, et 76% y bénéficiaient déjà d’une aide à domicile (aide ménagère, infirmière, kinésithérapeute). Il recevaient en moyenne 7 traitements médicaux différents. 22% souffraient d’une insuffisance cardiaque, 15% d’une pneumopathie, 15% d’une démence, et 9% d’un syndrome post-chute. 60% avaient déjà été hospitalisés dans l’année.

Les auteurs constatent que le déclin fonctionnel récent est plus intense chez les patients qui ont été admis par un service d’urgence ; C’est d’ailleurs le mode d’hospitalisation pour 77% des patients de l’étude. 64% des patients hospitalisés ainsi étaient atteint d’une pathologie mettant leur vie en danger.

A l’entrée, si 7,6% des patients étaient indépendant pour les activités de la vie quotidienne, ils étaient 25% à la sortie de l’hôpital montrant ainsi un de ses bénéfice. Cependant 40% avaient une dépendance devenue majeure, contre 32% 15 jours avant l’hospitalisation.

En fait le déclin fonctionnel apparait souvent avant l’hospitalisation et la conditionne, montrant l’incapacité de la personne à y faire face ; c’était le cas de 79 patients (43%)  hospitalisés dans l’étude.  Cinquante (27%) n’ont pas récupéré, 4 (2%) ont aggravé leur déclin au cours de l’hospitalisation et 25 (13,6%) ont récupéré. Parmi les 105 patients (57%) hospitalisés sans déclin fonctionnel, seuls trois ont subi un déclin au cours de l’hospitalisation. Ainsi, le déclin fonctionnel récent, avant même l’hospitalisation est le facteur de risque le plus fortement associé à un déclin fonctionnel en sortie d’hospitalisation.

Le autres facteurs retrouvés comme facteurs de déclin fonctionnel sont la survenue d’un escarre, une baisse de l’albuminémie (pouvant signer un déficit nutritionnel), une dépendance sévère lors de l’admission et une hospitalisation première par le service des urgences. En fait, il apparait que “le fonctionnement même des urgences (…), est inadapté à la prise en charge médico-sociale complexe des personnes âgées fragiles : longueur d’attente et inconfort des brancards, multiplicité des intervenants, favorisant la perte des repères, iatrogénie, difficultés diagnostiques du fait de la présentation souvent atypique des maladies” écrivent les auteurs. Aux services d’urgences de Grenoble, le temps d’attente d’un patient de plus de 75 ans était de 5 heures 30. En 2003, 60% des services d’urgence en France n’avaient pas de gériatrie et seulement 26% ont suffisamment de personnel pour préserver l’autonomie des personnes âgées.

La dénutrition est également un facteur de risque de déclin fonctionnel souvent retrouvé : la dénutrition touche 60% des personnes âgées hospitalisées. Une lus grande vigilance pourrait améliorer le pronostic fonctionnel des personnes âgées.

Si une amélioration de la prise en charge des personnes âgées, grâce au modèle des courts séjours gériatriques, permet de limiter les conséquences fonctionnelles délétères de l’hospitalisation, cette étude montre que le déclin fonctionnel apparu avant même l’hospitalisation devrait être identifié plus précocement par les personnes en contact avec les personnes âgées (réseau ville-hôpital) afin de les orienter rapidement vers un court séjour gériatrique avant qu’une aggravation ne les conduise aux urgences.

Il apparait par ailleurs à la lecture de cette publication que des services d’urgences dédiés aux personnes âgées comme il en existe pour la pédiatrie où la gynécologie, devraient voir le jour afin que les premières heures d’hospitalisation ne grèvent pas le bilan fonctionnel des personnes âgées. Nous sommes là une fois encore face à des décisions politiques qui n’ont jamais été prises par les ministres de la santé successifs, plus habitués aux lancement de grandes assisses médiatiques qu’à l’amélioration réelle des soins des patients et des conditions d’exercices des hospitaliers. Mais ce n’est qu’un avis de notre rédaction…

Source

Facteurs prédictifs du déclin fonctionnel de la personne âgées après une hospitalisation en court séjour gériatrique : importance de l’évolution fonctionnelle récente
Sylvie Mazière, Isabelle Lanièce, Nassira Hadri, Catherine Bioteau, Claire Millet, Pascal Couturier, Gaëtan Gavazzi
La Presse Médicale Volume 40, Issue 2, February 2011, Pages e101-e110

Crédit Photo Creative Commons by viëtor

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