lundi 26 septembre 2016

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L’ovulation, une phase d’opportunisme sexuel?

Les femmes sont fertiles pendant une période très courte de leur cycle, de quelques jours avant l’ovulation jusqu’à son lendemain. C’est sur cette constataton physiologique que s’est basée l’hypothèse connue sous le nom de shift ovulatoire, développée il y a une dizaine d’années. Si ancestralement, les femmes pouvaient bénéficier de plusieurs géniteurs pour obtenir un bénéfice génétique, certains critères seraient progressivement apparus pour mieux reconnaître le mâle apportant ce bénéfice génétique : leurs reconnaissances seraient maximales au pic de l’ovulation et moins prononcées en dehors de la période de fertilité. Ces changements en cours de cycle pourraient être spécifiques lorsque la femme évalue un male comme un partenaire de court terme plutôt que comme un partenaire de long terme.

Au moins 20 études ont confirmé qu’effectivement les préférences des femmes varient en cours de cycle. En phase ovulatoire, une femme ne prenant pas la pilule préfère un homme à l’apparence symétrique, un homme dominant, ayant un visage masculin, des muscles développés, une voix mâle, grand, au comportement imposant et générant une compétition intrasexuelle. Ces traits seraient des signes de qualité génétique. Alors que les femmes se sentent donc plus attirées par des hommes d’aspect arrogant, générant cette compétition intrasexuelle (entre femmes), aucun changement en cours de cycle n’apparait envers les hommes riches, intelligents, chaleureux et gentils. Les hommes d’allure fidèle n’attirent pas les femmes en phase ovulatoire.

Les sensations sexuelles de la femme changent également en cours de cycle. Dans une étude, des femmes fertiles rapportent, un ou deux jours avant l’ovulation, une plus forte attraction sexuelle pour des hommes autres que leur partenaire habituel. En période de fécondité, une femme dont le partenaire habituel ne remplit pas les conditions évoqués plus haut aurait tendance à porter sa préférence sur des hommes les possédant. Cette préférence disparaitrait après la phase ovulatoire.

Le désir sexuel, influencé par les hormones féminines augmente parrallèlement au cours de la phase ovulatoire. Les femmes sont d’ailleurs plus exitées à la présentation de photos d’hommes nus à ce moment du cycle. Si les femmes sont plus exitées à ce moment, on pourrait imaginer que le nombre de rapports sexuels initiés par les femmes augmente au cours de leur phase ovulatoire. Pourtant une étude récente menée chez 20 000 femmes de pays dévelopés n’a pas constaté de modification du nombre de rapports sexuels au cours du cycle, avec seulement une très faible diminution au cours des règles.

Une première interprétation de la modifications des désirs sexuels au cours du cycle reflèterait une volonté de conception à ce moment propice. Pourtant si au premier abord cette idée parait justifiée, elle ne résiste pas à la constatation que les femmes ont, proportionnellement, autant de rapports sexuels au cours de la période fertile qu’au cours du reste du cycle. En fait, le changement d’intérêt pour le sexe au moment de l’ovulation est un changement d’attraction vers un type d’hommes particuliers qui possèdent les caractéristiques qui ancestralement désignaient un homme possédant les meilleurs gènes.

La présente étude a voulu vérifier ces concepts. Il a été demandé à des femmes de moins de 30 ans d’évaluer l’attractivité physiques de certains hommes mais aussi de répéter cette évaluation après la phase ovulatoire. Ces femmes ont exprimé combien certaines photos d’hommes étaient capables de les exiter, mais aussi, si cette exitation persistait après la phase ovulatoire. Enfin, elles ont indiqué si leur l’attitudes sexuelles variaient au cours du cycle ; la phase ovulatoire est-elle véritablement une phase d’opportunisme sexuel pour la femme?

Les 68 participantes avaient toutes une relation, plutôt sérieuse, durant en moyenne depuis 14 mois, elles étaient toutes hétérosexuelles.

Leurs réponses, corrélées aux dosages hormonaux, permettant de préciser lorsqu’elles sont en phase ovulatoire ou non, confirment que les femmes sont plus sensibles à l’attractivité physique d’un homme au cours de leur phase ovulatoire. Elles sont aussi plus sensibles à un corps masculin attractif mais cette sensibilité décroit avec l’âge, c’est à dire que la différence entre la phase ovulatoire et le reste du cycle s’atténue.

Et c’est bien à ce moment que les femmes  profiterons plus volontiers d’une opportunité sexuelle, “prêtes à prendre le plaisir sexuel là où elles le trouvent”, répondent-elles majoritairement. Lorsqu’il leur est demandé si cette réponse concernait une véritable volonté d’avoir un rapport sexuel avec un inconnu ou une incapacité à résister à une proposition sexuelle d’un inconnu, elles répondaient majoritairement “aucune importance”.

Enfin, selon l’hypothèse du shift ovulatoire, si les femmes sont plus propices à être attirées par un homme portant les signes extérieurs d’une génétique irréproachable, elles devraient aussi être plus propices à dissocier le sexe de l’amour, à ce moment particulier de leur cycle. C’est ce que reflète le besoin de répondre à  l’ “urgence sexuelle” que décrivent les participantes de cette étude, c’est à dire la capacité, à ce moment précis, de dissocier la relation sexuelle et la relation amoureuse.
Si en revanche, le désir sexuel exprimé par les femmes ne semble pas varier au cours du cycle, c’est probablement parce que c’est plus le contexte dans lesquel les femmes ressentent ce désir sexuel qui se modifie.

En revanche la phase ovulatoire ne modifie pas la sensation de plaisir liée au sexe. L’excitation sexuelle n’apparait pas non plus modifiée en fonction de la période du cycle.

Ainsi, lorsque les femmes débutent leur phase de fertilité, les chances d’un homme présentant les caractéristiques favorables augmentent car l’intérêt des femmes à leur égard s’aiguise. En plus, les femmes témoignent qu’à ce moment, leur opportunisme sexuel est à son maximum.

Source

Fertility in the cycle predicts women’s interest in sexual opportunism
Steven W. Gangestada, Randy Thornhillb, Christine E. Garver-Apgara
Evolution and Human Behavior Volume 31 Issue 6 Pages 400-411

Crédit Photo Creative Commons by nixiepixel

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