dimanche 25 septembre 2016

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A l’époque des premières dissections…

Au IV siècle avant notre ère, Alexandrie est un village de pêcheurs, inconnu du monde. C’est pourtant ce lieu que choisi Alexandre le Grand pour y fonder une ville nouvelle en 331. A sa mort, Ptolémée poursuit ce rêve et fait d’Alexandrie une métropole importante, chargeant Dematrios de Phalère d’attirer en ce lieu les plus grands savants du monde hellénistique. Une sorte de vaste académie est construite au sein du palais impérial, et c’est dans cet endroit que commencera à se développer la grande bibliothèque, engrangeant des papyrus venus du monde entier.

Alexandrie est aussi l’endroit où ce courant scientifique consacre une école de médecine prestigieuse où sont enseignés la maïeutique, la physiologie et surtout l’anatomie à travers la dissection de cadavres, une pratique uniquement autorisée à Alexandrie. A cette époque, attenter à l’intégrité d’un cadavre, y compris d’un ennemi mort sur le champ de bataille, est un sacrilège puni de mort. Hérophile sera le premier à ouvrir des cadavres à Alexandrie. Avant lui, seul Empédocle a pu disséquer mais uniquement des fœtus humains car ils n’étaient pas considérés comme ayant vécu. La majorité des connaissances de l’époque en matière d’anatomie découlaient de l’observation des animaux. Ce n’est pas un hasard que l’exploration des cadavres débute à Alexandrie. En effet, les égyptiens ont accumulé de vastes connaissances scientifiques et médicales et leur croyance en une vie posthume les a conduit à momifier certains cadavres. Cette proximité des embaumeurs  et de la science a pu faciliter l’acceptation par les souverains de lever l’interdiction et d’autoriser la dissection de cadavres humains. Cette liberté ne durera qu’un demi siècle, recadenassé par les croyances religieuses successives. Hérophile et Erasistrate vont progresser tellement dans leurs connaissances qu’il ne sera atteint de nouveau que 1600 ans plus tard.

Enseigné par Praxagoras, Hérophile apprend la technique des embaumeurs. Il se révèlera un expérimentateur et un observateur talentueux et fera toujours primer l’observation avant de discuter les causes de ce qu’iI voit. Système cardiaque, système vasculaire, système nerveux, rien ne lui est étranger. Il décrit précisément le cerveau, les vaisseaux qui l’irriguent. Il pense contrairement à que le cerveau est le siége de la pensée et de l’âme Il comprend le cheminement des nerfs, identifie ceux qui conduisent un influx nerveux et ceux qui régissent la douleur. IL constate que les vaisseaux conduisent du sang alors que pour les anciens, seul de l’air y circulait. Il établi le lien entre les pulsation artérielle senti au poignet et les battements cardiaques, distinguant systole et diastole.

Il sera un des premiers à autopsier ses patients pour tenter de comprendre de quoi ils sont décédés. Mais Hérophile ne disséquait pas que des cadavres. Il pratiquait effectivement des vivisections sur des condamnés qui lui étaient attribués par le roi. Cette pratique sera vivement critiquée et jettera l’opprobre sur l’école de médecine d’Alexandrie. Les descriptions mêmes d’Hérophile accréditent ces accusations : comment a t-il pu décrire les nerfs transportant la douleur? La majorité des ouvrages écrit par Hérophile et son compétiteur Erasistrate ont aujourd’hui disparus, mais ont inspiré d’autres auteurs.

Cette pratique de l’autopsie n’a duré que 50 ans, les milieux religieux rétablissant l’interdiction de dissection pour de longs siècles à venir où la science humaine et en particulier la médecine allait replonger dans les affres du dogme et de la médiocrité.

Source

Hérophile et Erasistrate : la première exploration du corps humain
Patrick Berche, Jean-Jacques Lefrère
La Presse médicale 2011

Hérophile et ÉrasistrateÞ: la première exploration du corps humain (PDF téléchargeable en Français)

Crédit Photo Musée de Specola à Florence

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