samedi 3 décembre 2016

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Quel est l’intérêt réel de la vaccination contre le HPV chez le l’homme?

Une pression médiatique de plus en plus importante apparait depuis quelques mois à propos de la vaccination contre le virus HPV, en particulier par rapport à l’intérêt qu’elle aurait d’éviter la survenue de cancers de la sphère anale et oro-pharyngée chez le garçon. En France, comme dans beaucoup d’autres pays, la vaccination contre le HPV a reçu une indication chez la jeune fille pour éviter la contamination par certains virus HPV, du fait de leur implication dans les cancers du l’utérus. Une étude publiée dans la prestigieuse revue américaine The New England Journal of Medicine évalue l’efficacité de la vaccination anti HPV chez des hommes. L’étude a incluse 4065 garçons et hommes de 16 à 26 ans, de 18 pays différents dans une étude à double aveugle versus placebo. L’objectif premier était de vérifier que la vaccination par un vaccin anti-HPV ciblant les variétés 6, 11, 16,18 réduisait la survenue de lésions génitales externes, encore appelées condylomes acuminés ou verrues génitales, ou crêtes de coq. La transmission de ces virus se fait le plus souvent par voie sexuelle. Les lésions causées par le HPV existaient déjà au temps d’Hippocrate.

L’article précise un certain nombre de données épidémiologiques sur le HPV : Le taux d’infections génitales de l’homme est équivalent à celui de la femme et la probabilité d’être contaminé pour un homme sexuellement actif varie de 0,29 à 0,39 pour 1000 personnes/mois. Cependant si on estime que 17,9% des femmes sont séropositives pour le HPV, cela ne concerne que 7,9% des hommes.

Les 4065 sujets de sexe masculin ont été recrutés sur 4 années dans 18 pays différents. 3463 ont déclaré avoir des relations sexuelles avec des femmes (85,2%) et 602  des relations sexuelles avec des hommes (14,8%). Les participants ont été suivis 2,9 années en moyenne après la première vaccination. 2032 patients étaient tirés au sort pour recevoir 3 doses d’un vaccin contre les virus HPV 6, 11,16 et 18, et 2033 ont reçu un placebo.

Sur l’ensemble des participants, 36 lésions HPV+ ont été diagnostiquées chez les sujets vaccinés (0,0177%) et 89 lésions HPV+ chez les non vaccinés (0,043%) montrant une réduction de 60% de la contamination. Ne considérant que les infections aux virus HPV contre lesquelles lutte le vaccin, cette réduction atteint 65% écrivent les auteurs, concluant que le vaccin anti-HPV  6, 11, 16, 18 prévient l’infection aux virus 6, 11, 16 et 18 chez l’homme de 16 à 26 ans, ajoutant “le résultats de cette étude suggère qu’une vaccination prophylactique réalisée chez les garçons et les hommes peut réduire l’incidence de condylomes acuminés (…) Même si la prévention de l’infection HPV pourra aider à prévenir le cancer ano-génital, les néoplasies intra épithéliales, les cancers de l’oropharynx et la transmission du HPV, chacun de ces effets potentiels devra être démontré directement“.

En effet, cette relation entre vaccin anti-HPV et réduction du risque de cancers reste purement hypothétique. Rappelons tout d’abord qu’un cancer oropharyngé survient en moyenne à 67 ans et qu’aucune étude ne permet d’affirmer qu’un garçon vacciné à 16 ans restera protégé pendant 10 ans, 30 ans ou plus.

D’ailleurs cette étude nécessite une lecture minutieuse très éclairante sur l’intérêt réel du vaccin car différentes composantes sont à prendre en compte :

1) La population utilisée pour démontrer un effet du vaccin est une population mélangeant hétérosexuels et hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, deux populations qui ont des risques de contamination totalement différentes. Les hétérosexuels ont effectivement un risque de contamination très largement inférieur. Une étude menée dans la population homosexuelle mâle de San Francisco montrait récemment que 100% d’entre eux étaient séropositifs pour le HPV. Mixer les deux populations augmente artificiellement le risque global, et donc l’intérêt supposé d’un vaccin. Par exemple, une lecture des tableaux de résultats montre qu’une infection par le HPV chez les sujets vaccinés est retrouvée chez 14,03% des hommes ayant des relations avec des hommes contre seulement 2,58% des participants hétérosexuels. De même, la détection d’un ADN viral HPV+ chez les vaccinés est retrouvé chez 34% des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes contre seulement 7,6% des hétérosexuels. L’utilisation de résultats retrouvés dans une population à très haut risque pour promouvoir la vaccination d’une population à faible risque est une méthode à laquelle il faut être attentif.

2) La population ayant participé à l’étude a été recrutée dans 18 pays différents. La prévalence du HPV est dans certains pays, comme en Amérique latine, aux Caraïbes, en Afrique sub-saharienne, ou en Asie du Sud est bien supérieure à la prévalence dans les pays occidentaux (source OMS), rendant les résultats non extrapolables à une population nationale, comme par exemple la population Française.

3) Les virus majoritairement impliqués dans la survenue de condylomes acuminés sont les virus HPV 6 et 11 dans 90 à 100% des cas (OMS). Toutefois, selon l’OMS, ces lésions deviennent très rarement cancéreuses. Dans l’étude, si la vaccination réduit le risque de ces crêtes de coq liées aux HPV-6 et HPV-11 au sein de la population prise dans son ensemble, elle n’apparaît pas efficace pour réduire ces lésions externes au sein de la population homosexuelle mâle. En tout seulement 27 patients vaccinés et 77 non vaccinés ont développé ce type de lésion, soit respectivement 0,013% et 0,037% des populations considérées. Ainsi, même au sein de cette population particulièrement à risque, la vaccination n’apparaît dans cette étude pas efficace sur l’objectif que s’étaient fixé les auteurs.

4) Les virus HPV impliqués dans la survenue de cancers de la marge anale sont les virus HPV-16 et HPV-18 : Mais dans l’étude, la vaccination ne réduit pas significativement les lésions génitales externes liées à ces virus! D’ailleurs seulement 5 patients vaccinés (HPV 16, 3 patients; HPV 18, 2 patients) ont développé une lésion à HPV-16 et HPV-18, et 13 patients du groupe non vacciné (HPV-16, 10 patients; HPV-18, 3 patients), soit un risque respectivement de 0,0024% et 0,0063% des populations considérées!

L’analyse de ces résultats met donc en perspective l’intérêt réel d’une vaccination contre le HPV chez l’homme.

Source

Efficacy of quadrivalent HPV vaccine against HPV infection and disease in males
Anna R. Giuliano, Ph.D., Joel M. Palefsky, M.D., Stephen Goldstone, M.D., Edson D. Moreira, Jr., M.D., Mary E. Penny, M.D., Carlos Aranda, M.D., Eftyhia Vardas, M.D., Harald Moi, M.D., Heiko Jessen, M.D., Richard Hillman, M.D., Yen-Hwa Chang, M.D., Daron Ferris, M.D., Danielle Rouleau, M.D., Janine Bryan, Ph.D., J. Brooke Marshall, Ph.D., Scott Vuocolo, Ph.D., Eliav Barr, M.D., David Radley, M.S., Richard M. Haupt, M.D., and Dalya Guris, M.D.
N Engl J Med 2011; 364:401-411February 3, 2011

The WHO Position Paper on Vaccinces against Human Papillomavirus (HPV) – the abridged version

Human Papillomavirus  (HPV) Background Paper
WHO Sept 2008

Crédit Photo Creative Commons by vanessa_hutd

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