lundi 5 décembre 2016

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Et si la maladie d’Alzheimer venait du foie?

C’est un résultat assez inattendu que publient des chercheurs du Scripps Research Institute and ModGene, un résultat qui pourrait changer les options thérapeutiques de la maladie d’Alzheimer. Leurs recherchent arrivent à la conclusion que la source des plaques amyloïdes se déposant dans le cerveau ne seraient pas créées dans le cerveau mais au niveau du foie, d’où elles migreraient pour ensuite seulement se déposer au niveau cérébral avec les conséquences que l’on connait.

L’étude est publiée dans la revue américaine de neurologie The Journal of Neuroscience Research.

Les scientifiques ont travaillé à partir d’un modèle animal de la maladie d’Alzheimer, des souris, pour d’abord identifier les gènes qui influencent le dépôt de plaques amyloïdes au niveau cérébral. Il existe 3 gènes différents capables de protéger le cerveau des animaux des dépôts et des accumulations de plaques amyloïdes. Une réduction de l’expression de ces 3 gènes au niveau hépatique devient protectrice vis-à-vis du cerveau. Un de ces 3 gènes encode une protéine la préséniline, une protéine utilisée dans la production de membranes cellulaires et suspectée de contribuer au développement de la maladie d’Alzheimer.

“Cette découverte inattendue ouvre la voie à de nouvelles hypothèses thérapeutiques” explique le Professeur Greg Sutcliffe, qui a dirigé les travaux, “cela pourrait même rendre le développement de nouvelles thérapies et de la prévention de la maladie moins complexe.”

Voilà de années que Greg Sutcliffe travaille sur la maladie d’Alzheimer. Il avait dans le passé cherché à comprendre comment était influencée la survenue de différentes maladies neurologiques survenant de manière naturelle chez les souris. Cela lui avait permis de constituer une carte des gènes impliqués dans la survenue de ces pathologies. Une autre équipe avait elle découvert 3 gènes modifiant l’accumulation pathologique de bêta-amyloïde dans le cerveau de modèle de souris Alzheimer.

Greg Sutcliffe utilisa sa carte des gènes avec ce modèle de souris Alzheimer, afin de mieux comprendre les différences survenant dans l’expression des gènes. Le travail mené était titanesque. Des analyses ont été menées sur plus de 25 000 gènes. Dix tissus différents ont été analysés, le foie étant l’un d’entre eux.

La chasse aux gènes a donné de bons résultats, en particulier celui correspondant à un gène connu chez l’humain pour être impliqué dans la création des plaques amyloïdes cérébrales. ” La protéine produite par ce gène, appelée préséniline 2, est une partie de l’enzyme complexe créant ces plaques et de manière inattendue, la capacité de transmission de ce gène a été retrouvé dans le foie et pas dans le cerveau. Une forte expression de préséniline 2 conduit à une accumulation de plaques amyloïdes cérébrales et au développement de la maladie d’Alzheimer. Cela suggère qu’une grande partie des bêta-amyloïdes migrent du foie, circulent par le sang et seulement ensuite pénètrent dans le cerveau. Si cela est vrai, bloquer la production de beta amyloïde dans le foie pourrait protéger le cerveau.

Il fallait ensuite valider cette hypothèse. Pour cela les chercheurs ont utilisé un médicament connu dans le traitement de certains cancers, l’imatinibe, capable de réduire la production de bêta-amyloïdes issues de cellules de neuroblastome modifiées. L’imatinibe pénètre très peu dans le cerveau que ce soit chez la souris ou chez l’être humain, ce qui était important pour l’expérience voulant se focaliser sur la production extra cérébrale de bêta-amyloïde.

Les souris on donc reçu de l’imatinibe pendant 7 jours. Les scientifiques ont ensuite prélevé le plasma sanguin et les cerveaux pour analyse : Le constat est clair, l’imatinibe a réduit de manière très importante le taux de bêta amyloïde circulant dans le sang mais aussi l’accumulation cérébrale, alors que rappelons le, elle ne pénètre pas dans le cerveau. C’est donc bien par son action en amont du cerveau que ce résultat a pu être obtenu. Cette expérience confirme que l’origine des plaques de bêta-amyloïdes cérébrale provient bien de l’extérieur du cerveau mais aussi que l’imatinibe représente un  médicament candidat dans la maladie d’Alzheimer.

Le professeur Greg Sutcliffe espère maintenant trouver un partenaire et des investisseurs afin de débuter des essais cliniques et de trouver de nouvelles molécules candidates dans le traitement de la maladie d’Alzheimer.

Source

Peripheral reduction of β-amyloid is sufficient to reduce brain β-amyloid: Implications for Alzheimer’s disease
J. Gregor Sutcliffe, Peter B. Hedlund, Elizabeth A. Thomas, Floyd E. Bloom, Brian S. Hilbush
Journal of Neuroscience Research, March 3, 2011 DOI:10.1002/jnr.2260

Crédit Photo Creative Commons by Digital Shotgun

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