vendredi 30 septembre 2016

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HPV : Ceux qui ont vraiment besoin du vaccin ne peuvent pas le payer

La grande majorité des décès par cancer du col de l’utérus ne surviennent pas dans nos pays développés mais chez de femmes vivant dans les pays pauvres, sans ressource pour rechercher, traiter ou vacciner leur population contre la maladie. Depuis 5 ans, 2 vaccins contre 4 types de virus HPV, dont deux sont impliqués dans le risque de survenue d’un cancer du col, ont été mis sur le marché. Ces vaccins sont parmi les plus chers du marché. Leur prix varie en fonction des pays. L’américain payera ce vaccin 300 dollars (222 euros), le français payera 135,59 € TTC la dose (il faut 3 doses), remboursées à 65% pour les jeunes filles et les jeunes femmes visées par les recommandations.

Pourtant, là où il serait vraiment nécessaire, c’est à dire dans les pays en voie de développement, 530 000 femmes déclarent un cancer du col chaque année et 275 000 en décèdent. 85% des cancers du col dans le monde surviennent dans les pays à revenus faibles ou très faible. 60% de ces décès sont liés à une détection tardive de la maladie. Selon l’OMS, ce type de cancer, le plus fréquent pour les femmes de ces pays pauvres, touchera un million de femmes en 2050. En 2020, 90% des décès auront lieu dans les pays pauvres. Comment apporter ce vaccin aux femmes qui en auraient véritablement besoin, c’est à dire surtout les femmes des pays en voie de développement, qui eux ne peuvent payer le prix payé par les pays riches? C’est un des objectifs de la fondation Bill et Melinda Gates et de la GAVI (Global Alliance for Vaccines Immunisation). Selon ces organisations ne diffusion importante du vaccin dans les pays pauvres pourraient éviter 50% des décès sur les 5à prochaines années. Mais avec les prix actuel, même pour une fondation riche, ces prix sont beaucoup trop élevés. Un laboratoires fabriquant, Merck, s’était engagé en 2007 à offrir 3 millions de doses, un second, GSK,  à mettre en place un programme complet de détection et de vaccination. Des accords sont passés avec des états pour obtenir un programme de vaccination à des prix négociés. Le Bhoutan a été le premier et depuis, les Philippines, le Vietnam, l’Indonésie, l’Equateur, la Colombie, L’Afrique du Sud…etc ont négocié des prix bas avec GSK en s’engageant à acheter leur vaccin pour mener une campagne de vaccination globale sur plusieurs années. Les prix sont ainsi abaissés de 30 à 60%. Il faudrait que le vaccin soit payé au maximum 10 dollars par ces pays pauvres pour que la vaccination revienne moins cher à la communauté que la survenue des cancers.

En Inde, où surviennent 20% des décès liés aux cancers du col dans le monde, une étude menée sur 23 500 jeunes filles  à Andra Pradesh, a du être suspendue suite aux objections portées par des associations non gouvernementales et des scientifiques face aux risques de survenue d’effets secondaires potentiels. Quatre jeunes filles sont effectivement décédées au cours de l’étude, et si un lien avec le vaccin n’est pas encore établi, le gouvernement Indien poursuit ses investigations pour tenter de répondre aux opposants de cette vaccination de masse.

Les populations des pays pauvres restent septiques face à ces vaccins fabriqués par une firme étrangère et promus par des agences internationales. C’est pour cela que l’Inde et le Brésil essayent de développer leur propre vaccin. Un scientifique américain, Bob Garcea de l’université du Colorado dit avoir mis au point un vaccin aussi efficace que ceux des laboratoires et espère débuter prochainement les essais cliniques. Son but est de produire un vaccin pour un coût minime de 1 dollar. Un autre vaccin par voie nasale est également en cours de développement. Mais ces recherches sont longues et nécessitent des fonds importants.

Toutefois, quelques experts pensent que même à faible coût, nombreux sont les pays qui n’investiront pas dans une vaccination de masse parce que les effets de la vaccination, s’ils sont véritablement positifs à long terme (ce qui n’est absolument pas prouvé), n’infléchiront la morbidité et la mortalité que dans une trentaine d’années. Ces pays, aux moyens faibles, préfèrent mener des actions qui auront un effet immédiat.

Le laboratoire Merck développerait un nouveau vaccin qui protègerait contre un plus grand nombre de virus HPV (4 actuellement alors qu’il en existent plusieurs dizaines). Si les vaccins sont efficaces à prévenir 30 ans après une vaccination un cancer du col, ce type de cancer pourrait se réduire dans les pays riches. Le challenge sera alors de transmettre notre savoir aux pays qui commencent juste à affronter le problème.

Source

Global HPV vaccination
Sophie Arie
BMJ 2011; 342:d1042

Crédit Photo Creative Commons by mckaysavage

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