lundi 5 décembre 2016

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De l’intérêt de la prise préventive d’iode au cours d’un accident nucléaire

Les investisseurs outré-manche s’intéressent à une petite société appelée Iofina parce que cette société, peu connue jusqu’alors, extrait de l’iode de poches d’eaux souterraines. Cette société basée dans le Colorado pourrait, si la situation s’aggrave au Japon, devenir financièrement intéressante prédisent les analystes. Sa production a déjà été multipliée par 10, alors qu’elle n’avait que doublée sur les 5 dernières années. Le gouvernement Français s’intéresse aussi à l’iode et plus particulièrement aux comprimés d’iodure de potassium. Le ministère de la santé a fait acheminé ces comprimés au Japon pour les ressortissants français .a indiqué Mr Bertrand lors d’une interview LCP-France Info-AFP. Il y aurait selon le ministre plus de comprimés diodes que de ressortissants français au japon.

Pourquoi prendre de l’iode en cas d’accident nucléaire, à quelle dose? Dans quelles circonstances ? Est-ce véritablement utile, nécessaire, suffisant et efficace ? Y-a t il des effets secondaires à redouter ?

Un des premiers accidents nucléaires, tombé dans l’oubli, est survenu en 1954 sur I’atoll de Bikini. Il ne s’agissait pas d’un accident mais d’une  mise à feu volontaire de la plus grosse bombe atomique n’ayant jamais explosé, une bombe de 15 mégatonnes. Castle Bravo (photo) était le nom de code de cette opération de l’US army. Alors que les américains auraient aimé garder le secret sur cette expérience, il a provoqué des retombées radioactives importantes d’iode 131, d’iode 132, d’iode 133 et d’iode 135 sur les îles environnantes ainsi que sur l’équipage d’un bateau de pêche Japonais localisé à proximité des îles au moment de l’explosion. Aucune pastille d’iode n’a été fournie aux 250 indigènes peuplant ces îles qui ont été évacués seulement deux jours plus tard et ont ensuite fait l’objet de plusieurs études. 29 insuffisances thyroïdiennes et 46 cancers de la thyroïde ont été diagnostiqués à long terme. Ce sont surtout les enfants qui ont été touchés et les nourrissons. Il est estimé que les plus touchés ont reçu 20 Gray et les moins touchés 0,3 Gray. Une leucémie myéloblastique a été diagnostiquée chez un enfant irradié de 1 an et deux femmes ont présenté un adénome à prolactine 13 ans après l’irradiation, peut-être sans lien avec celle-ci.

Suite à l’accident de Tchernobyl (voir article Docbuzz), les retombées d’iode radioactive ont également été importantes en particulier sur les 3 pays frontaliers de l’explosion, l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie. Le nombre de cancers de la thyroïde de l’enfant a fortement augmenté. En Biélorussie, il est passé de 3 cancers répertorié en 1981-1985 à 286 répertoriés entre 1991 et 1994, en Ukraine, de 25 à 149, à Gomel, la région la plus touchée de 1 à 146, sur les mêmes périodes. La thyroïde est beaucoup plus vulnérable chez l’enfant en particulier chez celui de 0 à 2 ans que chez l’adulte. Une étude menée en Biélorussie montrait que sur 379 cas, 251 étaient survenus chez des enfants de 0 à 4 ans, 125 sur des enfants de 5 à 9 ans et 10 chez des enfants de 10 à 14 ans. En ce qui concerne les complications extra thyroïdiennes, les études ne montrent pas d’augmentation d’autres types de cancers et notamment pas plus de leucémies ou d’anomalies héréditaires. Il a été retrouvé parfois à des centaines de kilomètres de distances des taux également élevé de survenue de cancer de la thyroïde de l’enfant : dans ces cas, la consommation de lait contaminé par l’iode radioactif a été mis en cause. La durée de demi de l’iode étant de 8 jours, elle est pratiquement éliminée en 1 mois.

Apporter un supplément en Iode pour saturer les récepteurs de la thyroïde pourrait donc apparaître comme un traitement préventif nécessaire en tout cas chez l’enfant, et beaucoup plus discutable chez l’adulte. Tout d’abord un apport d’iode exogène est réalisé par l’alimentation comme par exemple la consommation traditionnelle d’algues au japon. De nombreux médicaments contiennent de l’Iode, bien sur les comprimés d’iodure de potassium (ce qu’a envoyé le ministre aux Français vivant au japon), l’amiodarone, et de nombreux produits de désinfection cutané ou gynécologique.

Pourtant les effets secondaires de la consommation d’iode sont nombreuses : réactions parotidiennes et sous-maxillaires, éruptions cutanées, réactions allergiques diverses, dysfonctionnement thyroïdien. Concernant l’enfant les hypothyroïdies suivant la prise d’iode sont avérées pour des doses bien plus élevées que les doses recommandées en prévention (l’utilisation de polyvidone iodée de manière répétée chez le nourrisson ou la femme enceinte est à éviter).

A titre préventif lors d’un accident nucléaire, l’OMS recommande une dose de 0,1g/jour chez l’adulte, 0,05g/jour chez l’enfant de plus de 3 ans et 0,025g/jour chez le nourrisson de 0 à 36 mois.

Chez l’adulte une étude menée sur 5 années et sur l’administration de 43 millions de doses de 0,3 g de iodure de potassium à usage médicale n’a signalé aucun effet secondaire.

Lors de l’accident de Tchernobyl, les autorité polonaises ont distribué de l’iode stable à une partie de sa population : 10,5 millions de doses ont été administrées à des enfants de moins de 15 ans ; 15 mg chez les nouveaux nés, 50 mg chez les enfants de moins de 5 ans et 70 mg chez les autres. En comparaison avec des enfants n’en ayant pas reçu, les taux de THS n’étaient pas différents montrant globalement l’absence d’effet négatif du traitement préventif. 0,37% ont néanmoins présenté une hypothyroïdie transitoire nécessitant une surveillance médicale prolongée.

L’augmentation du risque de cancer de la thyroïde chez l’enfant en cas de libération d’iode radioactif ne fait pas de doute. Le nombre de cancers retrouvés ne peut être simplement expliqué par une amélioration de la détection des cancers. Il existait un facteur aggravant pour cette population, du fait qu’elle était en grande majorité en carence d’iode, la politique de supplémentation iodée ayant été supprimée en 1980 . Par ailleurs, l’incidence de cancers de la thyroïde est revenu à se normale chez les enfants nés après 1986 en Biélorussie. Il faut considérer que nos connaissances ne sont que partielles car basée sur l’effet de l’isotope de Iode 131, alors qu’il existe d’autre radio-isotopes de l’iode, pouvant délivrer une irradiation plus importante bien qu’ils aient une demi-vie plus courte.

Pour être efficace, une prévention doit être mise en place très précocement, ce qui reste complexe car les lieux des retombées restent hypothétiques. Il n’est pas indiqué lorsque le risque d’irradiation de la thyroïde reste inférieur à 0,05 Gray. Chez l’adulte, la prise d’iode stable pendant un temps court en traitement préventif effectué selon les normes recommandées présente un risque faible d’effets secondaires. Chez l’enfant, il existe un risque d’hypothyroïdie qui dépend de la dose administrée, de la durée d’administration et de la voie d’administration. Chez les personnes âgées, la prise d’iode pourrait avoir plus d’effets secondaires que de bénéfices. Ces administrations doivent se faire sous la surveillance et le contrôle de médecins.

Source

Implementation of WHO’s guidelines for iodine prophylaxis following nuclear accidents: Update 1999
Keith Baverstock
International Congress Series 1234 (2002) 169–174

La protection de la thyroïde de l’enfant et du fœtus en cas d’accident nucléaire
M Vernis, E Hindie, P Galle
Arch Pediatr 1997:4:473~47 t)

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