dimanche 4 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Le papyrus médical d’Edwin Smith

Les anciens égyptiens furent parmi les premiers à théoriser une médecine basée sur la magie et la superstition. C’est en tout cas ce que croyait complaisamment le monde occidental jusqu’à ce que le papyrus d’Edwin Smith soit traduit en 1930.

Edwin Smith, né en 1822, était un égyptologue de nationalité américaine. En 1862, il acheta à un marchand de Louxor un papyrus de 22 pages qu’il n’étudia jamais, se concentrant sur la grande mode de l’époque, la recherche et l’ouverture de tombes. A sa mort en 1906, sa fille offrit le papyrus à la New York Historical Society. Il fut traduit en 1930 par James Breasted. Ce qu’il découvrit changea complètement la vision que pouvait avoir l’occident des connaissances médicales des anciens égyptiens.

Si les papyrus connus jusqu’alors présentaient des incantations et recettes diverses, le papyrus d’Edwin contenait un guide pratique de la prise en charge médicale des blessures, basé sur une approche rationnelle. En réalité, si ce papyrus datait de 1600 ans avant JC (XVIIIème dynastie), il était la copie d’un texte plus ancien de 700 ans, le premier précis de chirurgie écrit en hiératique, une version simplifiée des hiéroglyphes. Le texte est disposé en colonnes, écrit à l’encre noire et rouge et décrit 48 cas cliniques de traitements de blessures de la tête et du torse.

Ecrit comme un guide pratique, peut-être pour un chirurgien des armées, le texte commence avec les blessures de la tête. Chaque cas s’ouvre avec cette simple phrase « Connaissance acquise de l’expérimentation pratique ». Chaque cas décrit une blessure particulière, expliquant comment poser le diagnostic, et vérifier ce diagnostic en examinant la blessure avec les doigts. Pour les traitements, plusieurs possibilités se dégagent, « une affection que je sais traiter », « une affection avec laquelle je dois me battre », indiquant l’incertitude du praticien, ou encore « une affection pour laquelle il n’y a pas de traitement ». Dans les deux premiers cas, un traitement pas à pas est alors indiqué, et pour le troisième, un traitement palliatif est proposé. Ainsi une blessure hémorragique de la tête est considérée facilement traitable en appliquant dessus de la viande fraiche et des bandages de lin enduits d’huile et de miel. Du pain moisi est proposé contre les infections, peut-être une habile utilisation de la pénicilline avant l’heure. Mais si la plaie a pénétré le cerveau, la proposition formulée est d’attendre et d’observer.

Ce papyrus contient la première mention connue du « cerveau », du « pouls », du rôle du cœur dans la circulation sanguine, du rôle du cerveau dans le contrôle de la pensée, du système digestif avec la rate et le foie, ou encore du système urinaire avec les reins, les uretères et la vessie. Les traitements inclus la suture des plaies, la réduction des fractures, et l’utilisation d’attelles pour ces fractures.

Si le papyrus contient également huit incantations dont une pour le rajeunissement, sa magie vient de sa modernité. Au même moment, en 2300 avant JC, les habitants du territoire qui s’appellera un jour la France quittent le néolithique, l’époque de la pierre polie.

Source

The Edwin Smith papyrus
Wendy Moore
BMJ 2011;342:d1598

Breasted JH, The Edwin Smith Surgical Papyrus, University of Chicago Press, 1930,

Allen JP, The Art of Medicine in Ancient Egypt (with updated translation), Yale University Press, 2005.

Articles sur le même sujet