lundi 26 septembre 2016

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Epilepsie : avant de prendre de la carbamazépine, faire une analyse génétique évite un grave effet secondaire

Une étude menée à Taiwan montre qu’une étude génétique permet d’identifier les patients susceptibles de déclencher un syndrome de Steven-Johnson lors de la prise de carbamazépine, un antiépileptique très utilisé dans le monde.

Dans une précédente étude, ces mêmes chercheurs avaient identifié que les patients chinois porteurs de l’allèle HLA-B1502 avaient un risque important que la prise de carbamazépine provoque chez eux une syndrome de Steven-Johnson.

Le syndrome de Stevens-Johnson est une maladie orpheline grave, de survenue brutale, et potentiellement létale,  caractérisé par de la fièvre, une altération de l’état général et des céphalées. Le premier symptôme est généralement une atteinte simultanée de plusieurs muqueuses puis apparaissent des lésions cutanées qui peuvent recouvrir la plus grande partie de la peau mais se concentrent au niveau de la paume des mains. Des lésions bulleuses et érosives, pouvant saigner et être douloureuses, apparaissent au niveau des orifices naturels tel les narines et la bouche, des muqueuses génitales et les conjonctives. Les bulles peuvent se rejoindre et aboutir sur un décollement plus ou moins étendu de la peau, la surface de la peau atteinte par la maladie est inférieure à 10%.

Mais c’est donc, on le comprend maintenant, un facteur génétique particulier qui provoque la toxidermie. La nouvelle étude publiée dans le New England Journal of Medicine démontre que réaliser une étude génétique avant la mise sous carbamazépine, et donc ne pas donner ce traitement aux patients porteurs de l’allèle HLA-B1502, permet de réduire l’incidence du syndrome de Stevens Johnson. Les scientifiques ont recruté 4.877 patients et réalisé une analyse génétique afin de d’identifier ceux qui étaient  HLA-B1502. L’analyse génétique a permis d’identifier 372 patients porteurs de l’allèle HLA-B1502, soit 7,7% des patients, à qui la prise de carbamazépine a été déconseillée. La carbamazépine  a été conseillée aux 4120 autres patients. 215 se sont vu prescrire de la carbamazépine. Aucun cas de syndrome de Steven-Johnson n’est survenu alors que l’incidence du syndrome est de 0,23% dans cette région du monde : statistiquement 10 cas auraient pu survenir parmi le groupe traité.

Le New England Journal of Medicine publie dans le même numéro une autre étude menée cette fois en Europe, à la recherche d’un facteur de risque génétique associé à la carbamazépine chez les patients européens. En comparant les génomes de patients victimes d’une hypersensibilité à la carbamazépine (syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse ou exanthème maculopapuleux) aux génomes de personne sans cette sensibilité,  les scientifiques ont identifié l’allèle HLA-A3101 comme étant associé aux risques de d’hypersensibilité médicamenteuse et d’exanthème maculopapuleux, multipliant ce risque par 12,41 et par 8,3 respectivement. Etre porteur de cet allèle multiplie également le risque de syndrome de Steven-Johnson par 26.

Parmi les populations Européennes, 2% à 5% sont porteurs de cet allèle HLA-A3101. Tous les patients porteurs de l’allèle qui prendraient de la carbamazépine ne développeront pas un syndrome de Steven-Johnson mais réaliser une analyse génétique permettra d’éviter la carbamazépine et de proposer un autre traitement. Les auteurs ont évalué que faire une analyse génétique chez 39 à 83 patients permettra de prévenir un cas d’hypersensibilité à la carbamazépine.

Les chercheurs suggèrent donc d’envisager d’intégrer ce résultat dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) des spécialités pharmaceutiques à base de carbamazépine, comme cela a été fait pour l’allèle HLA-B1502. Ils recommandent l’inscription de cette découverte dans les résumés des caractéristiques des spécialités à base de carbamazépine.

Source

Carbamazepine-Induced Toxic Effects and HLA-B*1502 Screening in Taiwan
Pei Chen, Ph.D., Juei-Jueng Lin, M.D., Chin-Song Lu, M.D., Cheung-Ter Ong, M.D., Peiyuan F. Hsieh, M.D., Chih-Chao Yang, M.D., Chih-Ta Tai, M.D., Shey-Lin Wu, M.D., Cheng-Hsien Lu, M.D., Yung-Chu Hsu, M.D., Hsiang-Yu Yu, M.D., Long-Sun Ro, M.D., Chung-Ta Lu, M.D., Chun-Che Chu, M.D., Jing-Jane Tsai, M.D., Yu-Hsiang Su, M.D., Sheng-Hsing Lan, M.D., Sheng-Feng Sung, M.D., Shu-Yi Lin, M.S., Hui-Ping Chuang, B.S., Li-Chen Huang, B.S., Ying-Ju Chen, M.S., Pei-Joung Tsai, M.S., Hung-Ting Liao, M.S., Yu-Hsuan Lin, M.S., Chien-Hsiun Chen, Ph.D., Wen-Hung Chung, M.D., Ph.D., Shuen-Iu Hung, Ph.D., Jer-Yuarn Wu, Ph.D., Chi-Feng Chang, Ph.D., Luke Chen, Ph.D., Yuan-Tsong Chen, M.D., Ph.D., and Chen-Yang Shen, Ph.D. for the Taiwan SJS Consortium
N Engl J Med 2011; 364:1126-1133 March 24, 2011

HLA-A*3101 and Carbamazepine-Induced Hypersensitivity Reactions in Europeans
Mark McCormack, B.A., Ana Alfirevic, M.D., Ph.D., Stephane Bourgeois, Ph.D., John J. Farrell, M.S., Dalia Kasperavičiūtė, Ph.D., Mary Carrington, Ph.D., Graeme J. Sills, Ph.D., Tony Marson, M.B., Ch.B., M.D., Xiaoming Jia, M.Eng., Paul I.W. de Bakker, Ph.D., Krishna Chinthapalli, M.B., B.S., Mariam Molokhia, M.B., Ch.B., Ph.D., Michael R. Johnson, D.Phil., Gerard D. O’Connor, M.R.C.P.I., Elijah Chaila, M.R.C.P.I., Saud Alhusaini, M.B., Kevin V. Shianna, Ph.D., Rodney A. Radtke, M.D., Erin L. Heinzen, Ph.D., Nicole Walley, B.S., Massimo Pandolfo, M.D., Ph.D., Werner Pichler, M.D., B. Kevin Park, Ph.D., Chantal Depondt, M.D., Ph.D., Sanjay M. Sisodiya, M.D., Ph.D., David B. Goldstein, Ph.D., Panos Deloukas, Ph.D., Norman Delanty, B.M., Gianpiero L. Cavalleri, Ph.D., and Munir Pirmohamed, Ph.D., F.R.C.P.
N Engl J Med 2011; 364:1134-1143 March 24, 2011

Crédit Photo Creative Commons by Cynr

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