samedi 3 décembre 2016

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Faut-il dépister le cancer de la prostate?

Une très longue étude Suédoise ayant duré 20 années ne retrouve pas plus de réduction de la mortalité par cancer de la prostate chez des patients ayant été dépistés que chez les patients sans aucun dépistage. Faut-il dépister ou non le cancer de la prostate avec les moyens dont nous disposons? Voici une question qui interroge depuis des années. Le dépistage a ses défenseurs.

L’étude PLCO  (Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian (PLCO) Cancer Screening Trial)  et l’étude ERSPC (European Randomised Study of Screening for Prostate Cancer) devaient apporter une réponse claire. Ce ne fut pas été le cas. Si l’étude  ERSPC avait montré une amélioration de la survie chez les personnes dépistée, c’était au prix d’un grand nombre de diagnostics et de traitement indus. L’étude PLCO  n’a lui pas montré de bénéfice du dépistage.

En 1987, fut lancé en Suède un essai d’évaluation de l’intérêt du dépistage. A cette date, le dosage de PSA, le marqueur biologique dorénavant utilisé, n’existait pas. Le dépistage se faisait uniquement par le toucher rectal. En 1993, fut donc introduit le dosage de PSA dans cet essai qui se poursuivait. Il dura 20 ans et ce sont ces résultats que viennent de publier les auteurs dans la revue médicale British Medical Journal.

Au total, 9026 hommes ont été suivis dans l’étude. Un homme sur six était tiré au sort pour bénéficier d’un dépistage ; 1494 seront ainsi suivi et 7532 ont constitué le groupe contrôle. Il est important de détailler le dépistage dont ont bénéficié les patients : En 1987, deux spécialistes distincts réalisaient un toucher rectal aux patients, il ne fut réaliser par la suite que un l médecin généraliste du patient. Lors des examinations de 1993 et 1996, un dosage de PSA fut également réalisé avec un taux > 4 μg/L comme valeur limite. Lors de la quatrième cession, seulement les hommes de plus de 69 ans furent conviés à bénéficier d’un nouvel examen et dosage de PSA. Tous les participants chez qui le toucher rectal ou le dosage de PSA pouvaient faire suspecter un cancer, une biopsie de la prostate était réalisée. Si la biopsie se révélait positive, les participants étaient orientés vers un urologue pour un traitement qui en fonction de l’avancée du cancer se basait sur une radiothérapie ou une prostatectomie totale.

Dans le groupe dépisté, 85 hommes (5,7%) développèrent un cancer de la prostate : 43 furent dépistés lors d’un des 4 rendez-vous et 42 dans l’intervalle de ces rendez-vous. Parmi eux, 30/85 décédèrent spécifiquement de ce cancer (35%). Mais au total 69/85 décédèrent (81%) durant la période de suivi.

Dans le groupe non dépisté, 292 hommes (3,9%) développèrent un cancer de la prostate. Parmi eux 130/292 décédèrent spécifiquement de ce cancer (45%). Mais au total 252/292 décédèrent (86%) durant la période de suivi.

La durée moyenne de survie chez les hommes décédés spécifiquement de leur cancer fut de 201 mois chez les patients dépistés et de 133 mois chez les non dépistés.

Les analyses statistiques ne montrent pas une augmentation significative de la durée de survie des patients ayant bénéficié d’un dépistage par rapport à ceux qui n’en ont pas bénéficié. Cette étude montre comme les études PLCO et ERSPC, que ce dépistage se fait au prix d’un certain nombre de diagnostics indus. Cependant les auteurs affirment également que le nombre de patients inclus dans ‘étude est trop faible pour tirer des conclusions définitives.

Il faut cependant noter que le test de dépistage à l’aide du marqueur PSA fut non seulement utilisé avec retard dans l’étude mais aussi qu’il différait en terme de sensibilité du test utilisé aujourd’hui. De plus, ce test est réalisé actuellement plus fréquemment qu’il ne le fut dans l’étude. Le toucher rectal reste par ailleurs un examen clinique utile d’évaluation de la prostate lorsqu’il est réalisé par un médecin qui sait l’interpréter. Ainsi, s’il n’existe pas encore de dépistage systématique, les hommes actuellement dépistés doivent être informés des conséquences d’une détection positive qui donnera lieu à un traitement. Les suites d’une chirurgie peuvent donner lieu à des troubles de l’érection, une incontinence urinaire, ou de troubles intestinaux. Le dépistage du cancer de la prostate doit donc dorénavant s’améliorer et les recherches doivent se poursuivre pour mieux distinguer les tumeurs faiblement agressives des tumeurs à haut risque.

Source

Randomised prostate cancer screening trial: 20 year follow-up
Gabriel Sandblom, associate professor, Eberhard Varenhorst, professor, Johan Rosell, statistician, Owe Lofman, professor, Per Carlsson, professor
BMJ 2011;342:d1539

Crédit Photo Creative Commons by The Doctr

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