dimanche 25 septembre 2016

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Les colorants artificiels sont-ils responsables du syndrome d’hyperactivité et d’inattention de l’enfant?

Après longtemps avoir défendu la sécurité des colorants artificiels utilisés par exemple dans l’alimentation, le gouvernement fédéral américain va pour la première fois réévaluer si ces colorants artificiels par exemple dans les M&M’s, les sodas, ou les céréales colorées, devront demain mentionner sur leur emballage un risque d’accroissement des troubles comportementaux tels qu’une hyperactivité chez les enfants. La semaine prochaine, le Food And Drug Administration, va questionner un panel d’experts afin de réévaluer ce risque et éventuellement de modifier les règles d’utilisation et/ou de commercialisation de ces colorants artificiels utilisés dans l’alimentation, les cosmétiques ou sur le corps humain.

Voilà déjà près de 100 ans que les colorants artificiels inquiètent. En 1950, de nombreux enfants tombèrent malades après avoir consommé des bonbons contenant le colorant orange n°1, lors de la fête d’Halloween. La FDA découvrit alors après plusieurs études qu’il était effectivement toxique. En 1976, la FDA bannissait le rouge n°2 suspectée d’être cancérigène. De nombreux colorants comme le bleu n°1, le jaune n°5 ou le rouge n°3 étaient fabriqués à partir du charbon. Maintenant ils sont fabriqués à partir de dérivés du pétrole.

Depuis les années 1970, ces colorants sont à nouveau devenus source de controverses depuis qu’un pédiatre, le Dr Benjamin Feingold a pour la première fois fait le lien entre les troubles du comportement chez l’enfant et les colorants artificiels.L’hypothèse du Dr Benjamin Feingold est importante. En 1970, il traita avec succès un enfant de ses symptômes d’hyperactivité après avoir prescrit une alimentation bannissant totalement tous les colorants artificiels.

En 1982, un groupe d’expert du National Institute of Health concluait que si une alimentation contrôlée améliorait les symptômes d’hyperactivité chez l’enfant, plus de recherches étaient encore nécessaires. En 2007, une étude anglaise publiée dans la grande revue The Lancet relançait la suspicion. L’étude commanditée par l’agence de sureté alimentaire anglaise évaluait si certains colorants artificiels comme le jaune de quinoléine, l’E124 appelé Ponceau 4R, l’allura red E129, L’azorubine E 122, la tartrazine E 102, le jaune soleil E110, et le sodium benzoate, un conservateur, pouvaient provoquer une hyperactivité chez l’enfant. Si le comité d’expert conseillant la FDA conclut que l’étude montrait un lien possible entre les colorants et l’hyperactivité de l’enfant, ils jugèrent que l’étude avait certaines limitations qui ne permettaient pas d’extrapoler les résultats à la population générale. L’Agence Européenne du Médicament jugea également que si l’étude montrait une petite augmentation de l’hyperactivité chez les enfants, il était impossible de savoir si cette hyperactivité avait des répercutions sur le travail scolaire ou d’autres activités intellectuelles. L’agence ajoutait qu’étant donné que seules des associations de colorants avaient été testées, il était difficile de dégager la responsabilité d’un colorant en particulier. En 2009, l’EMA innocentait totalement ces 6 colorants. Mais en 2010, l’Union Européenne demanda aux aliments intégrant certains des colorants testés dans l’étude anglaise de les afficher clairement sur leurs emballages. Les Etats-Unis exprimèrent alors leur inquiétude devant l’OMS d’une obligation d’affichage ne reposant pas sur des bases scientifiques.

Dans leur dernier rapport, les scientifiques de la FDA écrivent que si les colorants pourraient être sans effet sur les enfants indemnes de toute pathologie, les enfants ayant déjà des troubles du comportement constitués, pourraient voir leurs troubles exacerbés par un certain nombre de substances alimentaires incluant les colorants artificiels.

L’action actuelle de la FDA a été provoquée par une pétition de citoyens américains qui cette fois ne demandent plus le retrait des colorants mais un affichage clair que leur consommation peut provoquer des troubles d’hyperactivité. Les scientifiques émettent dorénavant l’hypothèse selon laquelle les problèmes retrouvés chez certains enfants avec les colorants artificiels seraient du à une intolérance, comme par exemple les cacahuètes sont susceptibles de déclencher des allergies chez certains consommateurs mais pas chez tous.

Après avoir revu l’ensemble de la littérature médicale, et écouté les avis d’experts, la FDA indique dans son dernier rapport que le lien direct entre consommation de colorants artificiels et hyperactivité chez l’enfant n’est pas établi. Cependant, pour les enfants souffrant d’un syndrome d’hyperactivité et de déficit de l’attention ou d’autres problèmes comportementaux, les données cliniques suggèrent une exacerbation de leurs problèmes comportementaux lors d’exposition à certaines substances alimentaires dont, mais pas uniquement, les colorants artificiels. Ces effets sont probablement liés à une intolérance à ces substances et non pas à une action neurotoxique. La FDA doit maintenant définir ce qu’elle considère comme nécessaire pour assurer la sécurité des consommateurs.

Le problème du système de sécurité alimentaire du vient de la possibilité de mettre sur le marché des substances industrielles destinées à la consommation humaine sans que leur innocuité ne soit vérifiée au préalable, comme cela doit être le cas avec par exemple les médicaments, où, si un risque existe il doit être contrebalancé par le bénéfice. De quels bénéfices peuvent justifier des colorants artificiels? Le marché des aliments sans aucun colorant ou additif risque de grossir prochainement.

Source

F.D.A. Panel to Consider Warnings for Artificial Food Colorings

Background Document for the Food Advisory Committee: Certified Color Additives in Food and Possible Association with Attention Deficit Hyperactivity Disorder in Children March 30-31, 2011

Crédit Photo Creative Commons by KateMonkey

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