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Quand la Presse Française fait l’apologie d’un « nouveau » médicament contre l’obésité

Le 11 avril 2011, la revue médicale anglaise The Lancet publie en ligne une étude ayant évalué l’effet de l’association de deux molécules, la phentermine et le topiramate, sur la perte de poids de patients obèses. Cette association médicamenteuse n’est pas en vente. Il s’agit d’une étude de phase III. Cependant ces deux médicaments sont commercialisés individuellement aux Etats-Unis et peuvent être facilement achetés sur internet.

Les scientifiques ont recrutés des patients obèses ayant un indice de masse corporel entre 27 et 45 kg/m2. 944 ont reçu un placebo et 1493 différents dosages de l’association. La perte de poids après 54 semaines a été de -1,4 kg dans le groupe placebo et de -8,1 kg à -10,2 kg chez ceux prenant l’association phentermine-topiramate. L’étude rapporte de nombreux effets secondaires significativement plus élevés que dans le groupe placebo : bouche sèche (entre 13% et 21% des patients), paresthésies (entre 14% et 21% des patients), constipation (entre 15% et 17%), insomnie (6% à 10%), malaise (7% à 10%), irritabilité (3%), dépression surtout en début de traitement, troubles de l’attention (2% à 4%). Chez certains patients, la survenue de calculs rénaux, d’acidoses métaboliques et des troubles neuropsychiatriques ont nécessité l’arrêt du traitement et une sortie de l’étude. L’étude rapporte également une de ses faiblesses principale : sur l’ensemble des patients recrutés, seulement 31% ont été analysés en fin d’étude. Par ailleurs, le groupe placebo ne bénéficiait d’aucune prise en charge particulière pour perdre du poids, ne serait-ce que des conseils diététiques. Enfin notons que tous les patients traités par l’association n’ont pas perdu du poids.

Les échos de ces résultats ont pu être lus dans la presse : France Soir, «Votre grand quotidien National » titre le mardi 12 avril 2011 « Une nouvelle combinaison  de deux médicaments efficaces contre l’obésité », l’Express a curieusement exactement le même titre, en fait celui de la dépêche AFP, de nombreux autres journaux font du copier-coller …Les sites internet ne sont pas en reste :

AFP :Une nouvelle combinaison de deux médicaments efficace contre l’obésité
L’Express : Une nouvelle combinaison de deux médicaments efficace contre l’obésité
France Soir : Une nouvelle combinaison de deux médicaments efficace contre l’obésité
RFI : Une combinaison de deux médicaments contre l’obésité
auFeminin.com : Obésité : deux médicaments efficaces pour perdre du poids
PsychoMédia : Une combinaison de médicaments testée pour maigrir
Maxisciences : Obésité : une nouvelle combinaison de deux médicaments efficace

Leurs confrères Belges et Canadiens font aussi bien :

RTBF : Nouvelle combinaison de 2 médicaments efficace contre l’obésité
Radio-Canada : Obésité : Duo prometteur de médicaments

Si vous ne le saviez pas, vous pouvez déjà constater que lire cet article sur le site de France Soir, de l’Express ou de Maxiscience, c’est exactement la même chose, une reprise in extenso de la dépêche AFP (et, vous l’aurez noté avec la même faute d’orthographe…). Mais là n’est pas le plus important, après tout, on a peut-être les journalistes que l’on mérite.

La dépêche AFP ou l’Express ou France Soir, ou les autres, nous apprennent que les traitements médicaux de l’obésité sont rares et que cette étude, “visait à établir l’efficacité et l‘innocuité de l’association de deux substances actives, la phentermine, médicament pour la perte de poids le plus prescrit aux Etats-Unis, pour un usage de courte durée, et le topiramate, un anticonvulsif”. On pourra également lire que le topiramate “est associé à des effets secondaires comme des troubles cognitifs et psychiatriques”. Et après avoir exposé les résultats bénéfiques de l’étude, omettant de préciser que seul 31% des patients sont finalement analysés, on apprend quand même que le traitement “a été généralement bien toléré, les principaux effets secondaires étant bouche sèche, constipation et fourmillements”.

Pourtant tout n’est pas aussi simple. Tous ces journalistes omettent de préciser quelques points importants qui pourraient éviter bien des désagréments futurs aux potentiels consommateurs. La phentermine, n’est pas un médicament inconnu. C’est une amphétamine, c’est à dire un médicament anorexigène, une classe de molécules interdites en Europe pour causes d’effets secondaires. Si son utilisation est toujours autorisée par la Food and Drug Administration, son utilisation est restreinte à une durée maximale de 12 semaines, soit bien moins que ce ne fut le cas dans l’étude publiée par la revue The Lancet. Par ailleurs, une revue de la littérature médicale retrouve des cas potentiels rares de valvulopathies cardiaques et d’hypertensions artérielles pulmonaires.

Le topiramate est un médicament antiépileptique également indiqué dans la prophylaxie des migraines en Europe. Au cours de son utilisation, sont listés par l’agence Européenne du médicament, une augmentation des syndromes dépressifs, des idées et comportements suicidaires (risque multiplié par 3, pouvant toucher 0,5% des consommateurs du produit), des lithiases rénales, des troubles hépatiques, des troubles ophtalmologiques (myopie et glaucome), une acidose métabolique…

L’association thérapeutique est développée par le laboratoire Vivus, cotée en bourse et dont l’action a récemment chutée de 13 dollars à 6 dollars. Le laboratoire Vivus avait soumis pour son association phentermine-toraprimate, un programme de développement pédiatrique à l’agence européenne du médicament en avril 2010 qui fut refusé en octobre 2010.

Une présentation faite par le laboratoire à un comité de la FDA, mis en ligne sur le site de la FDA, évoque dès la première diapositives la sécurité d’emploi de l’association : troubles psychiatriques (retrouvé dans une étude chez 24% de 431 patients épileptiques; troubles du sommeil, anxiété, dépression), troubles neurocognitifs (risque multiplié par 4), sécurité cardiovasculaire (risque multiplié par 2 d’arythmies cardiaques, palpitations, tachycardie), acidose métabolique, et tératogénécité (risque de malformations majeures multipliées par 3 avec le topiramate, risque multiplié par 2,7 d’un petit poids de naissance).

Aucun traitement médical n’est exempt d’effets secondaires qui peuvent être acceptables pour et par le patient, pour autant qu’il en soit informé, connaissant également le bénéfice qu’il en retirera. Notre presse quotidienne a t-elle vraiment la volonté, ou même la capacité d’apporter une information médicale juste à ses lecteurs? Peut-on espérer qu’il ne s’agisse que d’une compétence limitée, plutôt que d’une volonté délibérée? Peut-on croire, enfin, et cela ne soit le cas que pour les informations médicales?

Source

Effects of low-dose, controlled-release, phentermine plus topiramate combination on weight and associated comorbidities in overweight and obese adults (CONQUER): a randomised, placebo-controlled, phase 3 trial
Kishore M GaddeDavid B AllisonDonna H RyanCraig A PetersonBarbara TroupinMichael L SchwiersWesley W Day
The Lancet, Early Online Publication, 11 April 2011doi:10.1016/S0140-6736(11)60205-5

Parmi les auteurs, Wesley W Day est vice president de Vivus, David B Allison appartient au bureau scientifique de Vivus, Donna H Ryan appartient au bureau scientifique de Vivus. L’étude a été financée par le laboratoire Vivus.

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