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Comment Jésus est-il mort sur la croix?

Pâques est la plus importante fête religieuse chrétienne. Elle est célébrée pour commémorer la résurrection de Jésus-Christ, trois jours après sa mort sur la croix. La crucifixion est une méthode de mise à mort courante à l’époque romaine. Mais comment  Jésus est-il mort sur la croix? Plus de 10 théories ont été publiées sur les causes de sa mort, parmi lesquelles on retrouve une rupture cardiaque, une insuffisance cardiaque, un choc hypovolémique, une syncope, une acidose, une asphyxie, une arythmie avec asphyxie, une embolie pulmonaire. Certains auteurs pensent même que dans un nombre limité de cas, certaines victimes ne sont qu’en mort apparente et peuvent revenir à eux une fois descendus de leur croix.

La pratique de la crucifixion aurait débuté à l’époque Perse. Alexandre le Grand l’aurait ensuite introduite en Egypte où elle fut perfectionnée par les Romains pour en faire un instrument de châtiment entrainant une mort lente avec le maximum de souffrances. Un citoyen romain ne pouvait pas subir la crucifixion. Aucune méthodologie précise du supplice de la croix n’a été retrouvée dans des archives romaines. Flavius Josephus décrit comment une centaines de prisonniers juifs furent crucifiés à Jérusalem après une révolte contre les romains : ” Ils furent d’abord fouettés puis tourmentés à l’aide de diverses méthodes de torture, et avant qu’ils ne meurent, ils furent crucifiés devant les murs de la ville. Les soldats du fait de leur colère et de la haine qu’ils portaient aux juifs, les clouèrent sur des croix, dans différentes postures, par plaisanterie“. Un autre romain, Lucius Anneus Seneca, décrit une autre exécution de masse “Je vois des croix, pas d’une seule forme, mais faites de différentes façons : certaines  victimes sont crucifiées tête en bas, d’autres empalés par leurs parties intimes, d’autres semblent tendre leurs bras“.

A cette époque, il était classique de débuter le supplice en fouettant le condamné sur le dos, les fesses et les jambes, à l’aide d’un fouet court aux lanières plombées. Ensuite, le condamné devait porter sa croix (il ne portait en fait que le patibullum, la barre transversale qui pesait à elle seule entre 34 et 57 kilos : la croix entière pesait environ 134 kilos) en dehors des murs de la ville puis ses mains et ses pieds y étaient fixés, à l’aide de clous ou de cordes, avant que la croix ne soit redressée. Placé la tête en haut, plusieurs jours pouvaient être nécessaires avant que le condamné ne succombe. Parfois les soldats romains cassaient les jambes sous le genoux pour hâter la mort : deux conséquences en plus des douleurs, pouvaient être une perte de sang et une embolie pulmonaire graisseuse. Comme les jambes étant incapables de supporter le corps, une défaillance respiratoire survenait du fait de l’incapacité du supplicié d’inspirer suffisamment. Le poids du corps, tirant sur les bras et les épaules, maintenait les muscles intercostaux dans un état d’inhalation et ainsi entravait l’expiration : l’expiration se faisait alors principalement à l’aide du diaphragme. la respiration restait superficielle et était probablement insuffisante, provoquant une hypercapnie. Le sang se chargeait alors en CO2, la fréquence respiratoire augmentait. Le manque d’oxygène accélérait la fatigue musculaire, une hyperexcitabilité du cœur pouvait apparaître, un état propice à la survenue d’un trouble du rythme fatal. Ces effets étaient maximaux au cours des premières heures. L’apparition de crampes musculaires ou d’une tétanie des muscles respiratoires, empêchaient toute récupération de la respiration. Les deux causes les plus probables d’un décès sont donc l’hypovolémie et l’asphyxie, qui peuvent être encore aggravées par une déshydratation (il fait chaud sous le soleil de Palestine), le stress et la survenue d’une insuffisance cardiaque avec accumulation de liquides au niveau péricardique et peut-être des plèvres (les enveloppes tissulaires entourant les poumons).

Les évidences archéologiques restent parcellaires, ces suppliciés étant rarement enterrés mais leurs cadavres plutôt laissés aux chiens errants. La tombe d’un juif supplicié par les romains, Yehohanan ben Hagkol, a été retrouvé dans les territoires de l’ancienne Palestine. L’analyse des ossements confirmait qu’il fut crucifié : un clou d’acier de 11,5 cm était toujours figé latéralement dans son calcaneum, l’os situé en arrière du pied. En revanche l’utilisation de clous n’a pas été confirmée au niveau des poignets ou des avant-bras dans son cas, bien que la pratique fut courante au temps des romains. Il était impossible de savoir s’il avait été crucifié tête en haut ou en bas. Les représentations de la crucifixion de Jésus, un seul clou enfoncé dans les deux pieds ne repose pas sur des données archéologiques.

Un scientifique, Zugibe, à l’aide de volontaires, a tenté de reproduire les conséquences d’une position prolongée sur une croix. De ses expériences il excluait la théorie de l’asphyxie, aucun de ses volontaires n’ayant ressenti de problèmes à respirer, et s’orientait plutôt vers un décès par choc hypovolémique. Cependant, les conditions d’expérimentation étant (heureusement) éloignée de la réalité d’une crucifixion, ces résultats restent controversés.

Deux aspects du décès de Jésus ont été source de grande controverse, la nature de la blessure au côté et le décès rapide en seulement quelques heures sur la croix. Le livre de l’apôtre Jean décrit le coup de lance reçu par Jésus au côté et évoque un soudain afflux de sang et d’eau. Certains auteurs ont là émis l’hypothèse d’un afflux d’ascite ou d’urine lié à une perforation de l’abdomen ou de la vessie. Cependant, le mot utilisé pour décrire l’endroit de la blessure dans le livre de Jean décrit plutôt les côtes: il semble donc possible que la plaie ait été portée au thorax. Bien que Jean ne cite pas le côté atteint, on évoque traditionnellement un coup porté au côté droit.

Effectivement un coup porté au thorax au nouveau du cœur soit dans l’oreillette droite soit dans le ventricule droit, aurait provoqué le flot de sang décrit pas l’apôtre Jean. Mais il évoque un flot de sang puis d’eau. L’eau décrite pourrait être une effusion de liquide pleural ou péricardique, qui aurait précédé une effusion de sang  plus important. Peut-être que dans le cadre d’une hypovolémie et de la survenue d’une insuffisance cardiaque aiguë, des épanchements pleuraux et péricardiques peuvent s’être développés ajoutant au volume d’eau apparente. Le sang lui proviendrait alors de l’oreillette droite ou du ventricule droit ou encore d’un hémopéricarde (du sang dans l’enveloppe entourant le cœur, le péricarde).

La mort de Jésus, après seulement 3 à 6 heures, surpris même Ponce Pilate. Le fait que Jésus cria avant que sa tête ne retombe sur sa poitrine et qu’il ne meure, suggère un évènement de survenue brutal. C’est une des raisons qui fait évoquer une rupture cardiaque. Cependant, une autre explication peut être plus probable. La mort de Jésus peut avoir été tout simplement hâté par son état d’épuisement et par la violence de la flagellation, s’accompagnant d’une perte importante de sang causant une hypotension orthostatique suivi d’un état de choc hypovolémique. Son incapacité à porter sa croix du praetorium au site de crucifixion situé 650 mètres plus loin appuie cette hypothèse. La cause de la mort de Jésus, comme celles d’autres crucifiés peut-être multifactorielle, débutant avec un choc hypovolémique, une asphyxie liée à l’épuisement, et peut-être une insuffisance cardiaque. Un trouble du rythme cardiaque pourrait avoir également avoir été la cause de la mort brutale.

Source

Medical theories on the cause of death in crucifixion
Matthew W Maslen Piers D Mitchell
J R Soc Med 2006;99:185–188

The Physical Death Of Jesus Christ, Study by The Mayo Clinic

Crédit Photo : 

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