mercredi 28 septembre 2016

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L’état veut se débarrasser de son vieux stock de vaccins contre la méningite C

Qui veut un vaccin contre la méningite C ? L’état fait actuellement le tour des régions pour trouver des volontaires qui accepteraient un vieux stock de vaccins contre la méningite C de 2004 destiné à la destruction.

La méningite de type C est rare, voir très rare et que ce n’était qu’après son apparition chez un individu, que l’on vaccinait, en complément d’une antibiothérapie prophylactique, des populations à risque vivant à proximité des lieux fréquentés par la ou les rares personnes contaminées ou directement à son contact. Cependant, depuis 2010, malgré la rareté de la méningite C, la vaccination antiméningococcique C a été inscrite au calendrier vaccinal avec un remboursement en ville. Cette vaccination concerne tous les nourrissons âgés de 12 à 24 mois, ainsi qu’un rattrapage jusqu’à l’âge de 24 ans révolus, avec une dose de vaccin conjugué, les vaccins disponibles étant Neisvac* (Baxter), mais également Meningitec* (Pfizer) et Menjugatekit* (Novartis). Pourtant, selon les données officielles, le nombre de cas de méningites C en France est en baisse (courbe bleue).

Comment en est-on arrivé là? En octobre 2002, le taux national des infections invasives à méningocoques de sérogroupe C (IIM C) en France était un des plus faibles d’Europe. Dans le calendrier vaccinal 2008, la vaccination contre le méningocoque de sérogroupe C restait donc recommandée uniquement pour des faibles groupes à risque. Dans le même temps, les pays européens ayant l’incidence la plus forte ont mis en place une vaccination généralisée contre le méningocoque C. C’est ce qui permet aujourd’hui à certains de clamer que “La France a désormais un des taux d’incidence d’infections invasives à méningocoque du sérogroupe C (IIM C) les plus élevés d’Europe” (communiqué de presse des laboratoires Pfizer réalisé lors de l’introduction de la vaccination contre le méningocoque C dans le calendrier vaccinal). C’est en fait la désormais fameuse pseudo pandémie grippale d’H1N1 de 2009 qui est parvenue à faire changer les choses comme ce même communiqué en témoigne ; “De plus, la perspective de la survenue d’une pandémie grippale a accéléré ces recommandations”. La pandémie n’est jamais arrivée mais les recommandations sont restées.

La dernière fois que le méningoccoque C a fait médiatiquement parler de lui, c’était en octobre 2010, lors de la contamination de 3 étudiants de la faculté de Lille ; quelques centaines d’étudiants avaient été vaccinés. 1200 doses avaient été utilisées alors que les autorités sanitaires voulaient vacciner 22 000 étudiants.  Les trois étudiants sont ressortis de l’hôpital sans complication. En février 2011, de nouveaux cas seraient apparus poussant l’ARS locale à une nouvelle campagne de vaccination. Dans le Nord-Pas-de-Calais, un enfant de 4 ans est décédé d’une méningite C à Beauvois-en-Cambrésis, en février 2011.

La méningite C est une infection rare qui surviendrait chez 0,3 personnes pour 100 000 habitants, ce qui ferait 180 français touchés par an (pour une population de 60 millions d’habitants). Pourtant, en France en 2009, 117 cas ont été recensés : sur les 536 cas de méningite à méningocoques recensés par le Centre National de Référence, 70% étaient dus au sérogroupe B, 22% au sérogroupe C (soit 117 cas), 4% au sérogroupe Y et 4% au sérogroupe W135.

Le méningocoque est une bactérie strictement humaine qui ne survit pas dans l’environnement et dont le réservoir est le nasopharynx de l’homme. La plupart des sujets infectés sont des porteurs sains (5 à 10% de la population).

Selon le Haut Conseil de Santé Publique, sur la période 2003-2007, le taux de létalité s’établit à 15,4% (ce qui représente en moyenne prés de 30 décès par an). Il varie selon l’âge de survenue de l’infection. Il passe de 10,0% chez les enfants entre 5 et 14 ans à 23,30% chez les sujets de 50 ans et plus. Au total, sur la période 2003-2007, 934 personnes ont été infectés par le méningoccoques C en France et 139 en sont décédés. A noter qu’il a y eu 24 décès chez les plus de 54 ans non concernés par le nouveau calendrier vaccinal, autant que chez les 1 à 4 ans qui eux sont dorénavant concernés par ce calendrier.

En juillet 2004, craignant probablement une épidémie nationale de méningite de type C, l’état, par l’intermédiaire de son ministre de la santé d’alors, avait passé avec le fabriquant Baxter un contrat de 150 000 doses de vaccins contre la méningite de type C. Et lors de la fausse pandémie grippale de 2010, suivant une recommandation du  très inspiré Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) qui prédisait que la pandémie grippale pourrait entraîner une augmentation des cas de méningites bactériennes à méningocoque C, Roselyne Bachelot, qui n’était plus à quelques commandes de vaccins près, signa alors un autre contrat de 150 000 doses supplémentaires de vaccins contre la méningite C. Le premier lot de 150 000 doses n’avait toujours pas été utilisé. Son achat n’a jamais été clairement justifié. La DGS explique aujourd’hui que cet achat avait été décidé en 2002, «suite à différentes situations d’épidémies et d’hyperendémies et la nécessité de mettre en place des campagnes de vaccination pour un grand nombre de personnes », nécessité qui visiblement s’est révélée moins urgente après l’achat des vaccins…Le coût du contrat n’a pas été dévoilé, ni le coût du stockage.

Le ministre de la santé, Xavier Bertrand, propose actuellement aux structures régionales publiques de vaccination, dans sa grande bonté, de fournir gratuitement, pour les populations en situation de précarité (sic), des vaccins type Neisvac contre le méningocoque C.

Revient dorénavant aux ARS, récemment créées, d’identifier des centres de vaccination publics, des services de protection maternelle et infantile (PMI) et des services communaux d’hygiène et de santé dans leur région qui serviront à écouler cet encombrant stock d’état qui doit impérativement être utilisé avant fin 2011. Seront ciblés les personnes de 1 à 24 ans sans couverture sociale ou sans complémentaire santé; c’est un cadeau d’état.

Pour les éventuels effets secondaires, se référer à la notice, puisque ” les autorités de santé n’ont pas jugé utile de recourir à un dispositif de surveillance proactif des effets indésirables du NeisVac® , unique vaccin utilisé durant les trois dernières campagnes vaccinales menées à Migennes en mars 2006, à Barcelonnette en janvier 2007 et en Haute-Vienne en mars 2007″ explique encore le rapport du l’HCSP de 2007.  Jugez plutôt : ” L’analyse des données internationales de pharmacovigilance recueillies depuis plus de sept années d’utilisation des vaccins Méningitec®, Meninvact®/Menjugate® et du NeisVac® (disponible depuis décembre 2003) confirme leur profil de sécurité d’emploi rassurant avec un taux de notifications estimé de l’ordre de 6,2/100.000 doses vaccinales et de 2,1 cas graves/100.000 doses (…). Les cas graves, définis comme ayant conduit à l’hospitalisation du sujet, sont principalement liés à des réactions indésirables déjà mentionnées dans le résumé des caractéristiques du produit. Le taux de notifications de réactions anaphylactiques estimé est comparable à celui déjà mentionné dans la littérature (<1/10 000)” (rapport HCSP). Donc 2,1 cas graves pour 100 000 vaccinés, à comparer avec l’incidence de la méningite C, 0,3 cas pour 100 000 personnes…

Ce rapport du Haut Conseil de la Santé Publique apporte d’autres informations en particulier pour cette assertion selon laquelle “La France a désormais un des taux d’incidence d’infections invasives à méningocoque du sérogroupe C (IIM C) les plus élevés d’Europe”. Si en 2006, dernière date utilisée par le rapport, l’incidence de la méningite C en France était de 0,278, elle était de 0,351 au Danemark, de 0,305 en Autriche, deux pays qui comme chacun sait ne sont pas en Europe…

Si l’on vaccinait effectivement tous les français de 1 à 24 ans, cela ferait 18 millions de personnes. Une dose de vaccin est vendue approximativement 24 euros. Le chiffre d’affaire serait de 432 millions d’euros pour sauver (peut-être) 30 vies, soit 14,4 millions d’euros par vie sauvée. Mais, c’est certain, une vie n’a pas de prix.

L’état a encore bien d’autres stocks de vaccin inutilisés contre les méningite  A, B, C, Y et W135, qui moisissent lentement dans les entrepôts de la DGS. Il va falloir encore trouver des précaires sans couverture santé pour les écouler…

Source

Instruction DGS/RI1 no 2011-62 du 16 février 2011 relative à la vaccination antiméningococcique C et au stock État de vaccin méningococcique C Neisvac®
Validée par le CNP le 25 février 2011 – Visa CNP 2011-36.

Haut Conseil de la santé publique, commission spécifique “maladie transmissibles” comité technique des vaccinations , rapport du groupe de travail
VACCINATION PAR LE VACCIN CONJUGUE CONTRE LE MENINGOCOQUE DE SEROGROUPE C
Présentation à la séance du CTV du 9 avril et aux séances de la CsMT du 24 avril et du 26 juin 2009

Méningite C : la vaccination C une priorité !
Conférence de presse 24 novembre 2009
Dossier de presse
BV CONSEiL Santé France Coutin – Laurent Mignon
Tél : 01 42 68 83 40 bvconseil@bvconseil.com
Wyeth une société du groupe Pfizer

Crédit Photo Creative Commons by Governo de Minas Gerais

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