samedi 3 décembre 2016

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Des médicaments contre l’acidité gastrique augmentent le risque de fractures osseuses

Des médicaments utilisés pour lutter contre l’acidité de l’estomac, une classe thérapeutique appelée inhibiteurs de la pompe à protons, favorisent la survenue de fractures osseuses, met en évidence une nouvelle étude clinique. Cet effet secondaire n’apparaît pas dans les mentions légales de ces médicaments en France (Mopral, Inexium…). Au Etats-Unis, la Food And Drug Administration, l’agence du médicament américain, avait modifié la fiche technique de ces médicament pour y faire apparaître cet effet secondaire d’un risque d’ostéoporose pouvant se compliquer de fracture du poignet, de la hanche et des vertèbres. Mais en mars dernier, il fut retiré pour les inhibiteurs de la pompe à proton vendus en OTC (sans prescription) sous prétexte que ces traitements étaient de durée brève et donc peu à risque d’engendrer des fractures.

L’étude est publiée dans la revue médicale Annals of Family Medicine. Les scientifiques rappellent tout d’abord que l’ostéoporose est un effet secondaire méconnu de quelques médicaments, produisant une morbidité élevée en particulier chez les plus âgés : 40% des femmes et 10% des hommes de plus de 50 ans auront au moins une fracture liée à une ostéoporose au cours de leur vie. Par ailleurs, les antiacides sont des médicaments très utilisés. Il en existe deux sortes, les inhibiteurs de la pompe à protons et les antagonistes des récepteurs H2.

Il existe plusieurs hypothèses qui pourraient expliquer un effet de ces médicaments antiacides sur les os, lié au mécanisme de l’absorption du calcium ou par une action directe sur des cellules osseuses, les ostéoclastes. Plusieurs études ont noté, lors de leur utilisation, un risque de fractures plus élevé. Afin d’obtenir des résultats de plus grandes envergure, des scientifiques Coréens ont réalisé une méta analyse, c’est à dire qu’ils ont recherché les résultats de plusieurs études pour les analyser ensemble et regrouper ainsi un plus grand nombre de patients. Onze études suffisamment solides, où des patients prenaient soit un  inhibiteur de la pompe à protons soit un antagoniste des récepteurs H2, ont servi à l’analyse.

Les résultats montrent que la prise d’un inhibiteur de la pompe à proton augmente le risque de fracture de 29%. Cet effet n’était pas retrouvé de manière évidente dans cette méta analyse avec les antagonistes des récepteurs H2. Avec les inhibiteurs de la pompe à protons, le risque de fracture de la hanche augmentait de 31% et le risque de fracture vertébrale de 56%.

Le risque augmentait également avec la durée de la prise des inhibiteurs de la pompe à protons et l’utilisation de doses élevées. Les doses élevées augmentaient par exemple le risque de fracture de la hanche de 53%, contre une augmentation de 42% pour les doses habituelles. Toutes ces augmentations du risque ont été mesurées en comparaison à la non utilisation des médicaments.

Cette étude démontre donc un lien entre la prise de médicaments pour lutter contre l’acidité gastrique, les inhibiteurs de la pompe à protons, et la survenue de fractures, consécutives à la création d’une ostéoporose. Même le risque peut être jugé modeste, les conséquences d’une fracture ne le sont pas. “Les cliniciens devraient donc évaluer avec attention leur décision de prescrire un inhibiteur de la pompe à proton chez des patients à risque de fracture, en particulier les femmes de plus de 65 ans” concluent les auteurs.

Source

Use of Acid-Suppressive Drugs and Risk of Fracture: A Meta-analysis of Observational Studies
Chun-Sick Eom, Sang Min Park, Seung-Kwon Myung, Jae Moon Yun, and Jeong-Soo Ahn
Annals of Family Medicine 9:257-267 (2011)

Crédit Photo Creative Commons by f1uffster (Jeanie)

 

 

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