mercredi 28 septembre 2016

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Certains anti-inflammatoires plus dangereux que les coxibs déjà retirés du marché

Les médicaments anti-inflammatoires dits anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)  sont des médicaments parmi les plus utilisés dans la population générale. Récemment plusieurs études ont montré que la prise d’AINS accroit le risque d’évènements cardiaques à la fois chez les individus vierge de toute pathologie et chez ceux ayant déjà une maladie cardiovasculaire établie. Cela a d’ailleurs conduit au retrait du marché du rofecoxib et du valdecoxib (coxibs). Pourtant, si la plupart du temps les AINS sont prescrits pour une durée courte, on ne sait pas en réalité à partir de combien de temps leur prise a un effet accélérateur d’évènements cardiovasculaires.

Des scientifiques danois ont tenté de mieux cerner ce risque de la prise d’AINS en fonction de la durée de traitement chez des patients ayant déjà fait un infarctus. Ils ont donc analysé un registre ayant répertorié les patients admis à l’hôpital pour un infarctus entre 1997 et 2006. Ces patients ont ensuite été suivi pendant une période identifié toutes les prescriptions reçues par les patients d’AINS : rofecoxib, celecoxib, ibuprofène, diclofenac ou naproxène. Ils ont pu mesurer la durée de prise d’AINS pour chaque prescription chez chaque patient, ainsi que la dose absorbée quotidiennement. Les résultats de l’étude sont publiés dans la prestigieuse revue médicale de cardiologie, Circulation.

La population totale de l’étude est de 83 677 patients; parmi eux, 48 270 avaient reçus un AINS (57%),  3914 (4.7%) du Rofecoxib, 4000 (4.8%) du Celecoxib,  19 377 (23%) de l’ibuprofène, 11 181 (13.4) du diclofénac, 1816 (2.2) du naproxène et  10 717 (12.8%) d’autres AINS. Ces patients d’âge moyen 68 ans (63 % d’hommes) avaient pour beaucoup des antécédents cardiaques et recevaient les traitements recommandés. Au cours de la période de suivi, sont survenus 35 257 décès ou récidives d’infarctus.

Les scientifiques ont pu évaluer que la prise d’AINS s’associe effectivement à une augmentation significative du risque de mortalité ou d’infarctus. Globalement, ce risque débute dès le premier jour de la prise du traitement et persiste durant toute la durée du traitement par AINS. Il est accru de +45% de 0 à 7 jour, de +68% de 7 à 14 jours et de +55% pour un traitement de plus de 3 mois.

Les analyses des AINS un par un montrent que le rofecoxib provoque une augmentation du risque de décès ou d’infarctus dès la première semaine de traitement, le celecoxib entre 14 à 30 jours de traitement, le diclofénac dès le début du traitement (le risque est augmenté de 326% dès la première semaine de traitement, un risque supérieur à celui des deux coxibs pourtant dorénavant retirés du marché!), l’ibuprofène dès le 7 ème jour mais avec un risque moindre que les 3 précédents. Cette augmentation du risque n’a pas été retrouvée dans cette étude pour le naproxène.

Des analyses supplémentaires montre que les patients de plus de 80 ans sont particulièrement à risque de décès au cours de la première semaine de traitement par diclofénac.

Cette étude confirme donc un risque accru de décès et d’infarctus avec les AINS et met particulièrement en lumière les risques liés au diclofénac, un AINS disponible sans prescription dans certains pays donc sans les conseils ou recommandations d’un médecin. Le risque lié au diclofénac apparaît même plus important que celui provoqué par le rofecoxib, retiré du marché en 2004 justement du fait de l’augmentation du risque cardiaque qu’il provoquait. Les résultats contredisent également les recommandations qui préconisent d’utiliser les AINS à faible dose chez les patients à risque (antécédent d’infarctus); en effet même à faible dose, le risque existe déjà. Les auteurs recommandent donc de limiter au minimum les utilisations des AINS chez les patients ayant une maladie cardiovasculaire déjà connue.

Source

Duration of Treatment With Nonsteroidal Anti-Inflammatory Drugs and Impact on Risk of Death and Recurrent Myocardial Infarction in Patients With Prior Myocardial Infarction: A Nationwide Cohort Study
Anne-Marie Schjerning Olsen, Emil L. Fosbøl, Jesper Lindhardsen, Fredrik Folke, Mette Charlot, Christian Selmer, Morten Lamberts, Jonas Bjerring Olesen, Lars Køber, Peter R. Hansen, Christian Torp-Pedersen and Gunnar H. Gislason
Circulation published online May 9, 2011

Crédit Photo Creative Commons by Nicolas DUFLOS – De Grains & De Pixels

 

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