samedi 3 décembre 2016

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Au robinet ou bien en bouteille, l’eau de France est contaminée

Qu’elle provienne du robinet ou des bouteilles, que contient réellement l’eau que nous buvons ? Pour répondre à cette question de façon rigoureuse et scientifique, le WWF-France a procédé à deux campagnes d’analyses en 2009 et en 2010.

Eau du  robinet : cinquantes villes testées en France par le WWF

L’eau du robinet utilisée pour mener l’étude de la WWF a été prélevée directement chez l’habitant, et non à l’usine de production, dans une cinquantaine de villes et analysée par un laboratoire de référence agréé par le ministère de la Santé. Près de 180 molécules dont certaines peuvent agir comme perturbateurs endocriniens (HAP, PCB, bisphénol A, organochlorés, pesticides, etc.) ont été recherchées car les inquiétudes actuelles viennent du fait que certaines substances dangereuses trouvées même à faible dose peuvent provoquer des effets néfastes pour la santé dès lors qu’elles sont absorbées ensemble; c’est ce que l’on appelle “l’effet cocktail“, un effet toujours ignoré des autorités de santé. Lorsque la société qui vous vend de l’eau à prix d’or vous envoi une fois par an, un feuillet vous indiquant que la qualité de l’eau dans votre région est bonne, cette affirmation se base sur des vérifications de la qualité de l’eau n’incluant jamais ces toxiques. D’ailleurs, la qualité de l’eau du robinet prélevée par le WWF, respectent les normes en vigueur, normes qui n’obligent pas à la détection de molécules toxiques telles que les 19 molécules détectées par le WWF, essentiellement des nitrates, des résidus chlorés ou bromés de sous-produits de désinfection et de l’aluminium, des molécules d’hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP) et d’atrazine ou de ses métabolites (pesticides) sont présentes dans plus de 20% des eaux échantillonnées.

Par qui et par quoi l’eau est-elle polluée?

En France, l’eau du robinet provient à 67 % de ressources souterraines et à 33 % de ressources superficielles (lacs, rivières…), soit au total environ 30 000 captages produisant chaque jour 18,5 millions de m3 d’eau. Les eaux de surface où les risques de pollution sont souvent plus importants sont toujours traitées dans des usines de production d’eau potable.

L’eau embouteillée provient à 100 % de gisements souterrains, où les teneurs en métaux et autres substances contrôlées sont inférieures aux normes de potabilité. Les eaux minérales, comme les eaux de source, sont désormais soumises aux mêmes limites de concentration que l’eau du robinet pour une dizaine de substances toxiques (fluor, arsenic, nitrates, métaux lourds…) . Théoriquement, une eau contenant des nitrates peut donc être mise sur le marché tant que sa concentration est inférieure ou égale à la limite de qualité de 50 milligrammes par litre (mg/l)L’eau de source ou minérale est mise en bouteille sans aucun traitement de désinfection biologique. Mais afin de respecter les limites réglementaires, d’autres traitements (air enrichi en ozone pour enlever le fer, le manganèse, le soufre et l’arsenic) sont autorisés. Une date limite de consommation est obligatoirement indiquée sur les bouteilles. Le conditionnement en bouteille en plastique, ainsi que les conditions et la durée de stockage avant consommation, ont en effet des incidences sur la qualité du contenu. Une nouvelle étude sur l’activité oestrogénique liée au plastique des les bouteilles d’eau en polyéthylène téréphtalate (PET) est trois fois supérieure à celle de l’eau brute du fait de la migration des phtalates, de la bouteille vers l’eau. Cinq phtalates différents ou en combinaison ont été répertoriées.

Les pollutions des eaux par les nitrates et les pesticides sont le résultat d’une agriculture intensive qui en fait une utilisation massive. Ce type d’agriculture est responsable en grande partie de la dégradation de la qualité de l’eau. Pourtant, ce sont les consommateurs qui en paient le coût : plus de 90 % des redevances des agences de l’eau soit 1,8 milliard d’euros sont été payées par les consommateurs en 2008. Les principaux pollueurs sont ceux qui cotisent le moins : le principe pollueur-payeur n’est pas appliqué.

le WWF-France est également interpellé sur la présence des polychlorobiphényles (PCB). la France devait éliminer au 31 décembre 2010 540 000 transformateurs d’EDF qui contenaient chacun plus de 500ppm de PCBs. Les sédiments des écosystèmes aquatiques sont durablement contaminés par les PCBs. Ils perturbent la physiologie (reproduction, système immunitaire,…) des espèces animales y vivants. La contammination est telle en France que dans de nombreuses rivières, la consommation des poissons est devenue impossible. D’ailleurs, une centaine d’arrêtés préfectoraux ont été pris pour limiter la pêche de certains poissons (anguilles, gardons, omble chevalier, etc.) ou même interdire la pêche de tout poisson dans de multiples cours d’eau. De plus, si 132 substances dangereuses sont définies par  une directive de 1976, seule une dizaine se retrouvent dans la liste des 33 « substances prioritaires» de la DCE de 2000 et les dioxines, les HAP, les phtalates, les substances pharmaceutiques, les polybromés, et les bisphénols, n’y figurent pas.

Les nitrates : 75 % des points de mesure sont répertoriés en classe moyenne à mauvaise au niveau national (concentrations en nitrates supérieures à 10 mg/l). L’origine du mal est bien connue, l’’agriculture intensive, toujours promu et largement subventionné aujourd’hui par la politique agricole commune (PAC). De nombreux plans ont été mis en oeuvre par exemple en Bretagneà grand renfort de subventions publiques, sans apporter de résultats à la hauteur des financements.  Il ne s’agit en rien de fustiger la profession agricole, bien au contraire car les agriculteurs en sont souvent les premières victimes y compris sur le plan de leur santé.

Les pesticides de synthèse se composent majoritairement de trois grandes familles : herbicides, fongicides et insecticides. Réglementairement, deux seuils de concentration sont à considérer pour les « pesticides totaux » présents dans les eaux brutes (avant traitement):
– 0,5 μg/l : concentration au-delà de laquelle l’eau n’est plus potable et nécessite un traitement en vue d’une consommation humaine ;
– 5 μg/l : concentration au-delà de laquelle il n’est plus possible de traiter l’eau pour la rendre potable.
En 2007, on notait la présence de pesticides sur 91 % des points de mesure des cours d’eau (contre 80 % en 2002) et 59 % des points de mesure des eaux souterraines (contre 57 % en 2002). En 2008 , 5 millions de personnes ont été desservis au moins une fois par de l’eau du robinet impropre à la consommation sur le seul critère des pesticides.

Les polluants émergeants sont des substances nouvellement commercialisées et qui présentent un certain degré de nocivité pour l’environnement ou, au contraire, des substances anciennes dont la dangerosité pour l’environnement aquatique a été sous-estimée ». Parmi les micropolluants émergents sont notamment concernés certains produits de dégradation des pesticides, des molécules de substitution de pesticides, des substances pharmaceutiques, des plastifiants, des retardateurs de flamme bromés et des dioxines. Ainsi 3 000 produits pharmaceutiques sont utilisés dans l’Union Européenne. On les retrouve principalement dans les eaux usées par le biais des urines et des effluents hospitaliers ainsi que dans les effluents agricoles (médicaments vétérinaires). Des effets à long terme sont prévisibles car la présence d’antibiotiques favorise une progression de la résistance bactérienne et la dissémination des gènes de résistance.

Les phtalates sont des plastifiants à l’origine de la flexibilité du PVC (Polychlorure de Vinyle). les retardateurs de flammes bromés sont employées dans les équipements électriques, électroniques, plastiques, dans les éléments de construction, les matériaux d’isolation, les textiles. Les dioxines sont des sous produits provenant du processus de combustion. Ils appartiennent aux polluants organiques persistants (POPs), ils sont donc toxiques, persistants dans l’environnement, très fortement bioaccumulables et résistants au transport longue distance (car semi volatiles). Tous ont des effets négatifs sur la santé : perturbateurs endocriniens, cancérigènes (c’est le cas de certains solvants chlorés, de composés organohalogénés, des HAP17 , des dioxines, des éléments toxiques comme le cadmium ou l’arsenic…), troubles de la reproduction, de la croissance, du système immunitaire, malformation d’embryon, allergies, etc. Sans parler des effets sur les écosystèmes.

Les résultats de l’étude WWF au cours de la première campagne de tests en 2009

Eaux du robinet

– Plus de 90% des eaux de villes testées présentent des teneurs quantifiables en nitrates. Sur 41 sites 12 ont une concentration supérieure à 20 mg/l, la limite acceptable étant fixée à 50 mg/l en Europe.
– 40% à 65% (selon les molécules) contiennent des résidus chlorés ou bromés de sous-produits de désinfection, alors que plus de 50% sont contaminés par de l’aluminium, une contamination souvent provoquées par le traitement de l’eau!
– Plus de 20% des eaux échantillonnées sont contaminées par au moins un hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP), de substances cancérigènes dont la présence, même à des concentrations très faibles, est dommageable pour la santé.
– 20% des échantillons révèlent la présence d’atrazine et/ou de ses métabolites, notamment l’atrazine deséthyl, un pesticide est interdit depuis 2003.

Les villes où ont eu lieu les prises déchantillons : Amiens, Villefranche-sur-Saône, Marignane, Revin, Plouénan, Marmande Paris, Lorient, Fumel, Evian, Donges, Decazeville, Mende, Besançon, Saint Brieuc, St Cyprien plage, Haudiomont, Mulhouse,  Rosny sur Seine

Eaux en bouteille

Sur 15 sites (eaux minérales et eaux de source confondues), deux eaux embouteillées ne contiennent aucune des molécules recherchées, dans les limites de quantification, celles de Plancoët en Bretagne et Matouba en Guadeloupe.

4 micropolluants sont présents à l’état de traces ou à des concentrations quantifiables. Ainsi, sur 30 analyses (15 sites, 2 laboratoires), les nitrates ont été détectés 27 fois à des concentrations allant de 1,1 à 8 mg/L (Volvic) ; l’aluminium 5 fois dans les eaux Volvic ; Evian et Perrier à la concentration de 6μg/L pour l’un des deux laboratoires, et surtout Saint- Yorre ou la teneur 20–18 μg/L la classe au niveau de certaines eaux du robinet traitées. On trouve également des traces d’antimoine et de plomb (1 μg/g) qui sont relevées par un seul des deux laboratoires dans les eaux d’Evian pour l’antimoine et Vittel et Saint-Yorre pour le plomb. En revanche, la comparaison eaux minérales vs eaux de source ou eaux de marque commerciale montre que ces dernières ont des concentrations globalement inférieures en nitrates. Eaux minérales : moyenne : 4,5 mg/L, max : 8 mg/L ; eaux « de source » : moyenne : 1,9 mg/L, max : 3,4 mg/L. Rappelons néanmoins que dans les eaux du robinet testées la moyenne des concentrations des eaux contaminées par les nitrates est 13,8 mg/L pour une valeur maximale de 46 mg/L.

Dans l’eau distribuée à Evian et à Vittel, les teneurs en nitrates sont identiques voire inférieures à celles mesurées dans les eaux minérales de ces mêmes villes. Il en est de même pour les échantillons de l’Allier (St-Yorre vs Montluçon), d’Auvergne (Volvic vs Brioude) et du Var (eau Cristaline vs La Seyne-sur-mer). Les concentrations en aluminium sont très réduites voire indétectables dans les eaux minérales Evian, Plancoët et nulle, donc plus faible de manière considérablement significative dans l’eau Matouba (Guadeloupe), par rapport à l’eau du robinet dans les villes correspondantes. Les eaux de source achetées dans le Nord, le Var et la région parisienne conduisent à un constat de même type mais de moindre importance. En revanche, la comparaison des niveaux d’aluminium dans les eaux Saint-Yorre (20-18 μg/L) avec celle prélevée à Montluçon (41-30 μg/L) n’est pas convaincante quant à la bonne qualité de cette eau minérale, si elle est établie sur ce critère. En effet, il est probable que cette eau minérale subisse un traitement, ce qui suggère un mauvais état de l’eau naturelle au niveau du captage. Des nitrates sont relevés dans les eaux Leclerc, Carrefour, Auchan et Intermarché. Toutes les eaux embouteillées échantillonnées sont par ailleurs dépourvues de sous produits chlorés et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Volvic : nitrates et aluminium
Evian : nitrates, aluminium, antimoine et plomb
Perrier  : aluminium
Saint- Yorre : nitrates, aluminium et plomb
Vittel : nitrates, plomb
Contrex : nitrates
Badoit : nitrates
Cristaline : nitrates

Plancoët : pas de nitrates
Matouba : pas de nitrates

Les résultats de l’étude WWF au cours de la première campagne de tests en 2010

Les villes tests étaient Favière, Aunay-sous-Crécy, Moriers, Voulton, Aufferville, Rosny-sur-Seine, Evreux, Bourges, Villefranche-sur-Saône, Marmande.

– Les triazines (des pesticides dorénavant interdits) sont détectés dans 15 analyses sur 20 (75%), à des taux dépasssant les normes autorisées par l’union européenne (0,1 μg/L) dans les deux échantillons de Seine-et-Marne et dans ceux de Moriers en Eure-et-Loir.

– Les nitrates sont retrouvés dans 100% des échantillons, avec dans 3 cas des taux >50 mg/L dépassant les normes autorisées par l’union européenne (Eure-et-Loir et Seine-et-Marne)
– L’aluminium est détecté sur 3 échantillons.
– Le métolachlor et l’oxadixyl sont détectés dans 2 échantillons

Conclusion de l’étude WWF :

Quelques études épidémiologiques montrent déjà que l’exposition environnementale à de faibles concentrations peut induire de manière « subtile » des dommages neurologiques, des tumeurs – cancéreuses ou non – ou des perturbations du système endocrinien. On connaît les risques de perturbations endocriniennes provoquées par une contamination par l’atrazine, on sait également que les manifestations toxiques peuvent être accrues dans le cas de multi contaminations (effet cocktail) (Hayes et al., 2006). Les risques inhérents aux mélanges de polluants agricoles commencent seulement à être abordés dans la littérature scientifique. Par exemple Massé et Boudène (2010) soulignent les risques thyroïdiens liés entre autres à l’atrazine et au perchlorate. Mais les dommages conjugués de l’atrazine et des nitrates peuvent avoir des conséquences inattendues. Une  étude américaine a montré que des concentrations élevées de produits agrochimiques (atrazine + nitrates et aldicarb) dans les eaux de surface en avril-juillet coïncidait avec un risque plus élevé de malformations congénitales chez les enfants conçus durant cette période de traitement phytosanitaire  (Winchester et al., 2009). Dès 1999, Porter et al. avaient déjà montré que des mélanges de pesticides même à de faibles concentrations, dispensés quotidiennement dans l’eau de boisson, avaient des effets délétères sur la régulation hormonale et neuronale, sur la fonction immunitaire, voire sur le comportement. Ils estimaient que si les tendances actuelles dans l’utilisation des pesticides continuaient on s’exposait à de sérieux problèmes sanitaires.

Devant ces évidences, WWF fait des propositions :

Bien sur réformer notre modèle agricole intensif, source de tous les maux, et favoriser la fillière Bio, protéger les resscources d’eau, redéfinir la qualité des eaux de boisson, renforcer la protection des captages,renforcer et développer les analyses des eaux, Evaluer les risques de cancérogénèse liés à l’ingestion de faibles doses de substances toxiques sur le long terme ou à l’effet « cocktail » en faibles doses, évaluer les risques des perturbateurs endocriniens sur la santé avant de les commercialiser et retirer du marché toutes les substances ayant un effet de perturbation endocrinienne. Il faut également répartir les coûts et éviter que tout repose sur les ménages, repenser le financement de la protection de la ressource, établir une nouvelle fiscalité écologique et taxer les polluants.

Retrouvez ici le Rapport « Eau de Boisson »

Source

Eaux de boisson, analyse comparées de l’eau du robinet et de l’eau en bouteille
WWF, mai 2011

Crédit Photo Creative Commons by ecololo


 

 

 

 

 


 

 

 

 



 

 

 

 

 

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