samedi 3 décembre 2016

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Une supplémentation en calcium n’a aucun intérêt pour réduire le risque d’ostéoporose ou de fractures

 

Accroitre ses apports en calcium n’a aucun intérêt médical pour réduire son risque d’ostéoporose ou de fracture. Cette croyance relayée parfois par des fabriquants de produits laitiers est clairement mise à mal par une nouvelle étude suédoise publiée dans la revue médicale Anglaise, The British Medical Journal.

L’os est un tissu en perpétuel renouvellement. Des cellules, les ostéoblastes fabriquent de l’os neuf, tandis que d’autres les ostéoclastes détruisent de l’os ancien. Ainsi pendant une première phase de notre vie, nos os grandissent et se renforcent, et une fracture pourra se ressouder. Lorsque l’on vieilli, le bilan entre la destruction osseuse et sa reconstruction devient négatif, l’os perd du calcium, perd en solidité, aboutissant dans certains cas à une ostéoporose. Le risque majeur de l’ostéoporose est la survenue de fracture, d’abord du poignet puis vertébrale et enfin de la hanche. La morbidité et la mortalité liées à ‘ostéoporose sont importantes, tout comme les coûts médicaux qu’elles génèrent.

Les femmes sont plus fréquemment touchées que les hommes par ce risque. Si l’ostéoporose peut débuter chez la femme après la ménopause, le lent processus de dégénération osseuse prend du temps, la moyenne d’âge de survenue des fractures est d’environ 73 ans. Il est donc possible d’agir médicalement.

Les auteurs de l’étude explique que bien qu’il des recommandations sur la prise d’un supplément en calcium, celui-ci reste vague : en Angleterre, les autorités de santé recommande un apport journalier de 700 mg, 1200 aux Etats-Unis et 800 mg dans les pays du nord de l’Europe. Les études où méta analyses menées jusqu’alors ont donné des résultats plutôt négatifs

Les scientifiques ont utilisé les données d’un groupe de 61 433 femmes nées entre 1914 et 1948 : elles ont été suivies pendant 19 ans à partir de 1987. Des enquêtes alimentaires répétées ont précisé leurs apports en calcium, ainsi que la prise de suppléments et/ou de vitamine (vitamine D). De nombreuses autres variables étaient prise en compte : tabagisme, alcool, exercice physique…La survenue d’une ostéoporose et de fractures a été suivi précautionneusement. Un sous groupe de 5022 femmes a été suivi avec encore plus de précision bénéficiant d’examens recherchant la survenue d’une ostéoporose par un examen appelé ostéodensitométrie qui détermine la densité minérale osseuse (g/cm2), ici au niveau de la colonne vertébrale et de la hanche

Les patientes ont été reparties en 5 groupes équivalent en fonction de leur consommation en calcium : moins de 765 mg/jour, de 765 à 903, de 903 à 1025, de 1025 à 1184, et plus de 1184 mg/jour.

Au cours de 19 années de suivie, 14 738 femmes (24%) ont eu  une fracture dont 3871 étaient des fractures de hanche (6%) et 5043 ont eu deux fractures ou plus (8%) dont 1368 étaient des fractures de hanche. Dans le groupe de 5 022 femmes ayant été suivi par ostéodensitométrie, l’examen montre que 20% des femmes étaient ostéoporotiques.

Le risque de première fracture  et la prévalence de l’ostéoporose étaient plus important chez les femmes ayant les apports en calcium les plus faibles (moins de 765 mg/jour) en comparaison avec les femmes ayant un apport en calcique compris entre 903 et 1025 mg/jour. En comparaison à ce dernier groupe, les femmes ayant les apports en calcium les plus élevés n’avaient pas moins de risque de fracture ou d’ostéoporose mais avaient un risque de fracture de hanche plus important (risque +19%). La prise de vitamine D ne changeait pas la prévalence de l’ostéoporose (la vitamine D est utilisée parce qu’elle augmente la réabsorption rénale du calcium et son absorption digestive).

Ces résultats reflètent la situation des femmes ayant un apport modéré de calcium combinée avec des apports suffisants en micronutriments pour subvenir aux besoins structurels et fonctionnels du squelette. Un apport en calcium plus élevé ne réduit pas plus le risque de fracture, et pourrait même accroitre le risque de fracture de hanche, une constatation déjà apportée par plusieurs essais. Ceci s’explique par un effet paradoxal des apports excessifs en calcium : l’apport excessif en calcium réduit l’épaississement des os longs, un phénomène qui apparait avec l’âge comme mécanisme de compensation à une réduction de la densité minérale osseuse. De plus, des apports élevés en calcium réduisent le renouvellement osseux et réduit le nombre de sites de production d’os nouveau. Ces phénomènes entrainent un allongement des délais de réparation des micro fractures liées à la fatigue et augmentent le risque de fracture, indépendamment de la minéralisation osseuse.

Ces résultats suggèrent que la prévention des fractures osseuses doit se faire chez ceux ayant des taux bas d’apports en calcium plutôt que d’accroitre les apports chez celles qui en consomment déjà suffisamment. Des apports supplémentaires en calcium, au delà des apports identifiés dans le premier groupe (765 mg/jour) n’apporte aucun bénéfice aux patientes en terme de prévention de l’ostéoporose ou de la réduction des fractures. Cette conclusion rejoint une analyse de la revue The New England Journal of Medicine publiée le mois dernier.Par ailleurs, une étude récente a montré que les apports en calcium augmentaient les risque de maladies cardiovasculaire (voir article Docbuzz). Ces apports calciques sont donc à éviter dans la majorité des cas où une alimentation équilibrée suffira à créer l’apport quotidien nécessaire en calcium.

Source

Dietary calcium intake and risk of fracture and osteoporosis: prospective longitudinal cohort study
Eva Warensjo, Liisa Byberg, Hakan Melhus, Rolf Gedeborg, Hans Mallmin, Alicja Wolk, Karl Michaelsson
BMJ 2011;342:d1473 doi:10.1136/bmj.d1473

Crédit Photo Creative Commons by msklibrary

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