dimanche 4 décembre 2016

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En Inde, des familles riches éliminent les foetus féminins

En Inde, au cours des 20 dernières années, l’amélioration du niveau de vie, d’accès à la santé et à la culture, ont apparemment contribué à favoriser au sein des familles riches et influentes, la pratique des avortements sélectifs dans le but d’éliminer les fœtus de sexe féminin, révèle une étude publiée dans la revue médicale anglaise the Lancet.

C’est un recensement de la population achevé en 2011 qui a révélé le déséquilibre important entre le nombre de petits garçons et filles de 0 à 6 ans. Une équipe d’épidémiologistes indiens a voulu vérifier les causes de ce déséquilibre, postulant qu’il était lié à une augmentation de la détermination prénatale du sexe des enfants conduisant à l’élimination préférentielle des fœtus féminins. Ils ont donc établi les sex-ratios de 25 millions de naissances grâce à trois études nationales représentatives couvrant des périodes de 1990 à 2005. Ils ont estimé le nombre total d’avortements sélectifs de fœtus de sexe féminin, en chiffrant le nombre d’enfants de 0 à 6 ans de chaque sexe au cours des trois recensements de 1991, 2001 et 2011.

L’étude révèle que le sex-ratio prévisible pour les secondes naissances au sein d’une famille lorsque la première naissance a été une fille a chuté de 906 filles pour mille garçons en 1990 à 836 filles pour 1000 garçons en 2005 : ainsi le déclin du sex-ratio fille/garçon s’est réduit de 0,52% chaque année. Les scientifiques mettent en évidence que ce déclin est beaucoup plus important lorsque la mère avait bénéficié d’au moins 10 années d’études que lorsqu’elle n’avait reçu aucune éducation, comme au sein des familles riches en comparaison aux familles pauvres.

Cette diminution du sex-ratio fille/garçon au détriment des naissances féminines lorsqu’une première naissance avait été une fille, n’est absolument pas retrouvé lorsque la première naissance était un garçon, ou pour toutes les premières naissances. Entre 2001 et 2011, ce déclin du sex-ratio était retrouvé dans plus de la moitié des régions indiennes, témoignant que cette sélectivité des naissances autrefois confiné dans les états conservateurs du nord de l’Inde a diffusé largement à une très grande partie du pays.

Les scientifiques estiment que le nombre d’avortements sélectifs de fœtus féminins n’a cessé de croître, parallèlement à la diffusion à travers le pays de la possibilité de connaitre le sexe de son enfant grâce à l’échographie, une technique particulièrement accessible aux familles les plus éduquées et les plus riches. Si le nombre d’avortements sélectifs de fœtus féminins est estimé par m’étude à 2 millions dans les années 1980, il  s’élève entre 1,2 et 4,1 millions dans les années 1990 et entre 3,1 et 6 millions  dans les années 2000. Ainsi au total, sur les trente dernières années, le désir des familles d’avoir absolument un enfant mâle a conduit en Inde à l’avortement sélectif de 4,2 à 12,1 millions fœtus féminins.

Le gouvernement Indien a pourtant promulgué une loi destinée à prévenir l’utilisation de l’échographie ou toute autre technique pour déterminer le sexe d’un fœtus, mais cette loi n’a rien changé aucune sanction n’étant mise en place. Cette obstination a vouloir un enfant mâle peut être relié à plusieurs pratiques : en effet, dans la tradition Hindouiste, seuls les mâles, en particulier les enfants mâles du défunt, peuvent pratiquer les rituels funéraires. Ce sont aussi les enfants mâles qui perpétuent le nom de la famille et qui héritent des biens.

Source

Trends in selective abortions of girls in India: analysis of nationally representative birth histories from 1990 to 2005 and census data from 1991 to 2011
Prabhat Jha, Maya A Kesler, Rajesh Kumar, Faujdar Ram, Usha Ram, Lukasz Aleksandrowicz, Diego G Bassani, Shailaja Chandra, Jayant K Banthia
The Lancet, Early Online Publication, 24 May 2011

Crédit Photo Creative Commons by Kate B Dixon

 

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