mardi 27 septembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Le temps d’attente aux urgences est responsable de la mort de nombreux patients

Le temps d’attente dans les services des urgences est un problème auxquels font face de nombreux pays (dont la France). Cet allongement du temps d’attente conduit à un délai dans la mise en route d’un traitement chez les 15% patients qui vont nécessiter une hospitalisation. 85% des patients retourneront chez eux. Mais 10% des patients venus consultés, excédés par l’attente, retourneront chez eux sans voir un médecin, sans diagnostic et sans traitement. Pourtant à ce jour, aucune étude ne pouvait dire quelles étaient les conséquences sur la santé de cet allongement du temps d’attente. Des scientifiques Canadiens ont donc voulu évaluer directement le risque supplémentaire de décès créé par cette incapacité des hôpitaux à faire face à la demande de soins de la population chez les patients qui étaient finalement hospitalisés, ainsi que le risque d’être hospitalisé dans la semaine qui suit pour les patients non admis. Ils ont concentré leur évaluation sur les patients non hospitalisés le jour de leur consultation aux urgences, parce que ce sont les patients jugés les moins sévèrement malades et donc les moins souvent étudiés par les étude scientifiques.

L’étude s’est déroulée au Canada; en Ontario. Dans cet état du Canada, les services d’urgence effectuent un premier tri de patients à leur arrivée. Ce sont des infirmières qui le font et placent les patients en 5 niveaux de gravité : les patients des niveaux -1-réanimation nécessaire, 2-urgence émergente, 3-urgence, sont les plus graves, les patients 4-moins urgent et 5-non urgent le sont moins. L’étude tire son intérêt du grand nombre de patients analysés  au sein de plus de 125 services d’urgence: au total 13,9 millions de patients vus aux urgences ont été inclus dans l’étude ainsi que 617 011 patients venus aux urgences mais repartis sans avoir vu de médecin. Dans chaque groupe les patients avaient de moins de 1 an à plus de 75 ans. 
Parmi les patients vus aux urgences, 0,12% (16785) étaient en niveau 1, 9,2% (1,2 millions) en niveau 2, 38,4% (5,4 millions) en niveau 3, 44% (6,3 millions) en niveau 4 et 8,3% (1,15 millions) en niveau 5. 
Parmi les patients ayant quitté les urgences sans avoir vu de médecin du fait de l’attente, 0,01% (70) étaient en niveau 1, 3,8% (23 000) en niveau 2,  38,7% (238 000) en niveau 3 réanimation, 46,7% (287 000) en niveau 4 et 10,1 % (62 000) en niveau 5.

Les temps d’attentes allaient de moins de 1 heure à plus de 6 heures.

L’analyse des patients qui ont quitté les urgence, environ 3,6% de ceux venus consultés, révèle qu’ils sont habituellement plus jeunes, vivent en ville, ont été moins bien triés, et qu’ils consultent la nuit, le moment ou le temps d’attente est le plus long, dans des services d’urgence à l’activité importante.

L’étude révèle que le risque de décès d’un patient venus consulter aux urgences augmente avec chaque heure supplémentaire d’attente, tout comme le risque d’hospitalisation dans la semaine qui suit. Ce risque touche aussi bien les patients les mieux évalués par l’équipe infirmière que les patients les moins bien évalués. Et plus le temps d’attente est long, plus ces risques s’accroissent. Ce sont les patients les mieux évalués par l’équipe infirmière à leur arrivée qui subissent le risque est le plus élevé : ainsi la différence de risque de mortalité est chez eux de +79% entre ceux ayant attendus moins d’une heure et ceux ayant attendus plus de 6 heures, attente qui accroit également le risque d’hospitalisation dans la semaine qui suit de +95% entre ces deux groupes ! Le risque de décès chez les patients bien évalués mais ayant fini par quitter les urgences n’apparait pas augmenté par rapport à ceux ayant finalement réussi à voir un médecin et n’ayant pas été hospitalisés.

Les patients de 40 à plus de 79 ans sont les plus à risque de décéder.

Cette étude apporte des éléments additifs aux études précédentes qui s’étaient concentrées essentiellement sur les patients venus consulter aux urgences et finalement hospitalisés : une étude australienne avait retrouvé une augmentation de 35% de la mortalité chez ces patients à 10 jours, du fait de l’attente.

Différentes améliorations ont été proposées : augmenter l’accès aux lits d’hospitalisation, faire l’évaluation des patients par des médecins, mettre en place des unités d’action rapide pour voir rapidement la patients les moins graves. Cette étude apporte la preuve clinique qu’il est vital pour la population que les autorités sanitaires s’attaquent au problème de la durée d’attente dans les services d’urgence. Réduire le délai d’attente d’une heure aurait sauvé 558 vies parmi les patients bien évalués soit (6,5% de décès en moins) et 261 vies parmi les patients les moins bien évalués (12,7% de décès en moins!).

Malheureusement, la politique de santé en France ne favorise aucunement l’amélioration du temps d’attente dans les services d’urgences…

Source

Association between waiting times and short term mortality and hospital admission after departure from emergency department: population based cohort study from Ontario, Canada
Astrid Guttmann, Michael J Schull, Marian J Vermeulen, Therese A Stukel
BMJ 2011;342:d2983

Crédit Photo Creative Commons by seeknewtravel

 

 

 

Articles sur le même sujet