samedi 3 décembre 2016

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Que camouflent les industriels de la cosmétique derrière le mot “Parfum” ?

 

Le parfum est un « ingrédient » très courant dans les cosmétiques , pas seulement dans les parfums, les eaux de Cologne et les désodorisants, mais dans presque tous les types de produits d’hygiène personnelle. Même les produits commercialisés comme « sans parfum » ou « non parfumé » peuvent en fait contenir des ingrédients de fragrance sous la forme de produits qui masquent l’odeur d’autres ingrédients.

Près de 3 000 produits chimiques sont utilisés comme ingrédients de fragrance dans les produits d’hygiène personnelle. Un seul produit peut en contenir des dizaines, voire des centaines. Beaucoup de ces ingrédients non identifiés sont irritants et peuvent déclencher des allergies, des migraines et des symptômes d’asthme. Dans le cadre d’expériences en laboratoire, des ingrédients de fragrance pris séparément ont été associés à des effets indésirables, notamment au cancer et à la neurotoxicité.

Si les normes européennes sont un peu plus strictes en obligeant les industriels à identifier sur l’étiquette des produits d’hygiène personnelle et des cosmétiques, 26 allergènes de contact utilisés comme ingrédients de fragrance, au Canada, les consommateurs n’ont aucun moyen de connaître exactement les produits chimiques classés comme parfum (ou fragrance) dans la liste des ingrédients d’un produit. Des centaines de produits restent potentiellement inconnus des consommateurs C’est pourquoi, la Fondation David Suzuki, a demandé à des fabricants de cosmétiques des précisions sur les ingrédients de fragrance contenus dans leurs produits.

Au printemps 2010, la Fondation David Suzuki a mené un sondage auprès de consommateurs sur les ingrédients présents dans leurs produits de beauté et d’hygiène personnelle (cf article Docbuzz). L’ingrédient le plus souvent mentionné a été « parfum », présent dans plus de la moitié des produits qui affichaient une liste d’ingrédients. Il a également été le plus souvent identifié dans chacune des catégories de produits, à l’exception des produits de maquillage et d’hygiène buccale.

La Fondation David Suzuki a donc demandé à 42 fabricants de cosmétiques parfumés de dévoiler la liste complète des ingrédients de fragrance contenus dans les produits qu’ils commercialisent, si des phtalates entraient dans la composition de leurs parfums et si leurs parfums contenaient l’un des 26 allergènes qui doivent figurer sur la liste d’ingrédients en vertu de réglementation européenne sur les cosmétiques.

Si parmi les 42 entreprises contactées, 34 ont répondu à la demande de la Fondation David Suzuki, beaucoup ont envoyé des lettres types qui ne répondaient pas spécifiquement aux questions. Beaucoup ont renvoyé la fondation à la liste d’ingrédients de leurs emballages ou à leur site Internet qui bien sur ne répondent pas aux questions, puisque la liste d’ingrédients ne mentionne que le terme générique parfum. Certaines entreprises ont demandé à la fondation d’appeler une info-ligne, mais les téléphonistes ont déclaré que l’entreprise ne divulguait aucune information sur les ingrédients de fragrance. Dans certains cas, des consommateurs, travaillant en paralèle avec la fondation, et ayant communiqué des entreprises ont reçu des réponses variées. En fait, pas une seule des entreprises contactées n’a fourni une liste complète des ingrédients de fragrance contenus dans leurs produits. Plusieurs d’entre elles nous ont dit que les ingrédients de fragrance  relevaient du secret commercial. Certaines entreprises ont déclaré qu’elles ne connaissaient pas exactement les produits chimiques qui entraient dans la composition de leurs parfums, car elles se les procuraient auprès de fournisseurs extérieurs.

Vingt-et-un des entreprises contactées ont répondu à la question sur la présence de phtalates parmi les ingrédients de fragrance. Mais beaucoup ont transmis des énoncés générales invitant les consommateurs à ne pas s’inquiéter de la présence de phtalates dans les cosmétiques ; par contre, elles ne nous ont pas dit si les produits en question contenaient des phtalates. Ainsi Procter and Gamble répond :«On nous pose souvent des questions sur les phtalates. La catégorie est vaste. Les phtalates ne sont pas tous les mêmes. La famille des phtalates s’apparente à celle des champignons. Comme les champignons, certains phtalates sont sécuritaires, d’autres ne le sont pas. ». Quinze autres entreprises ont déclaré que leurs produits ne contenaient pas de phtalate

A propos des allergènes, seules sept des entreprises contactées ont fourni des informations sur les allergènes courants identifiés dans la réglementation sur les cosmétiques de l’Union Européenne. Ces 26 ingrédients de fragrance, qui peuvent causer des réactions allergiques chez certaines personnes, doivent figurer sur les étiquettes des produits vendus en Europe. Au Canada, les consommateurs ont rarement accès à cette même information, même pour les produits vendus au Canada et en Europe. Certaines entreprises se sont contentées d’assurer que les produits qu’elles vendaient en Europe respectaient les normes européennes. Elles ont toutefois refusé de donner la même information aux consommateurs canadiens. Seule un petit nombre d’entreprises ont dit qu’elles mentionnaient ces 26 allergènes dans la liste d’ingrédients de leurs produits canadiens dont The Body Shop, Canus Products et Cilchrist & Soames. The Body Shop se démarque par sa transparence à cet égard : ils énumèrent chaque allergène et l’identifient aussi comme ingrédient de fragrance. Pour d’autre, le secret règne : «Nous ne divulguons pas normalement cette information, car c’est un secret commercial. Toutefois, s’il s’agit d’un problème médical, nous en discuterons avec plaisir avec votre médecin s’il communique avec nous. » (Unilever).

Ce nouveau rapport de la Fondation David Suzuki démontre qu’à l’heure actuelle, il est difficile, voire impossible aux consommateurs d’obtenir des l’informations sur les produits chimiques utilisés comme ingrédients de fragrance dans leurs cosmétiques, et camouflés sous le nom “Parfum”, bien que certains puissent être associés à des problèmes pour la santé humaine et l’environnement. Aucune des entreprises contactées n’a remis une liste complète de ses ingrédients de fragrance. Ces résultats soulignent la nécessité de renforcer le règlement sur les cosmétiques tant en Europe qu’au Canada. Un tableau récapitulant l’ensemble des réponses ou des non réponses des industriels de la cosmétique est lisible dans le rapport de la fondation téléchargeable ci-dessous.

La Fondation David Suzuki fait les recommandations suivantes :

1. Les fabricants devraient être tenus de divulguer la liste complète de leurs ingrédients de fragrance. Idéalement, chaque ingrédient de fragrance chimique devrait figurer dans la liste d’ingrédients d’un produit. Au moins la liste complète des ingrédients de fragrance devrait être disponible en ligne et sur demande.
2. Les fabricants devraient être tenus d’identifier les allergènes de contact sur l’étiquette du produit, en commençant minimalement par les 26 ingrédients déjà réglementés par l’Union européenne.
3. Les produits commercialisés comme étant « sans parfum » ou « non parfumé » devraient véritablement être exempts d’ingrédients de fragrance chimiques.

Liste des entreprises contactées par la fondation david Suzuki :

Alberto Culver, Aveda, Avon, Bath & Body Works, Beauti Control, Bio Oil, The Body Shop (L’Oréal)Burt’s Bees, Canus Products, Colgate-Palmolive, Coty International, La Coupe (Centura Brands), Fruits & Passion, Gilchrist & Soames, Guelph Soap Company, The Hain Celestial Group, Henkel, Jamieson, Johnson & Johnson, Joico, Kao Brands Canada, Kevin Murphy,Lise Watier, Live Clean (Belvedere Int.), Lornamead, Lush, Nature’s Gate, Néolia (Novartis), Nivea (Beiersdorf), L’Oreal, Pears, Pierre Fabre, Procter & Gamble, Purell (GOJO), Pureology, Radox, REHA Enterprises, RevlonSally Hershberger, Unilever, Woof Cosmetics, Yves Rocher

Source

Les fabricants de cosmétiques devraient divulguer leurs « ingrédients secrets »
Le 14 juin 2011 | Affiché dans Communiqués de presse

Un échec à vue de nez
Rapport de la Fondation David Suzuki, mise en ligne le 14 juin 2011

Fondation David Suzuki

Crédit PHoto Creative Commons by Jon_Senior

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