mercredi 28 septembre 2016

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Des millions de patients souffrant d’artériopathie périphérique ne reçoivent pas les bons traitements

Des millions de patients souffrant d’une artériopathie périphérique, ne reçoivent pas les médicaments indispensables à réduire leurs risques de complications cardiaque, d’accident vasculaire cérébral et de décès auxquels ils sont exposés, dénonce une étude publiée dans la grande revue de cardiologie Circulation.

L’artériopathie périphérique est une atteinte des artères des membres inférieurs: les artères sont altérées par une hypertension artérielle, un tabagisme et s’y déposent des dépôts de cholestérol qui vont progressivement obturer leur lumière et réduire le débit sanguin, on parle d’athérosclérose. Ces atteints artérielles touchent d’abord les membres inférieurs créant une artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI), puis peut toucher les artères coronaires créant une maladie coronaire avec risque d’infarctus ou encore les artères cérébrales avec risque d’accident vasculaire cérébral.

Les auteurs se sont ici intéressés aux traitements des patients sans antécédents de maladie cardiaque chez qui une artériopathie périphérique avait été diagnostiquée. Ces patients peuvent nécessiter des traitements préventifs tels que des antihypertenseurs ou des médicaments réduisant le cholestérol (statine). Les chercheurs ont voulu évaluer combien de patients ne bénéficiaient pas de ces traitements préventifs et s’il existait une différence de survie entre ceux qui en bénéficiaient et ceux qui n’en bénéficiaient pas. L’étude a été conduite aux Etats-Unis, mais globalement les pratiques médicales américaines en cardiologie sont superposables à celles des pays Européens et les mêmes médicaments y sont disponibles.

Les scientifiques ont utilisé les données de 7458 patients de plus de 40 ans ayant participé à l’étude NHANES. Parmi eux, le nombre de patients qui présentaient une artériopathie périphérique des membres inférieurs avoisinait 5,9% ce qui extrapolé à la population américaine correspond à 7,1 millions d’américains touché par une AOMI.

Seulement 30, 5% des patients recevaient une statine, 25% un antihypertenseur (Inhibiteur de l’enzyme de conversion ou AAII) et 35% de l’aspirine : extrapolé à la population américaine touchée par une artériopathie périphérique, les auteurs évaluent que 5 millions de patients, 2 sur 3,  ne reçoivent pas de statine, 5,4 millions soit presque 3 sur 4 ne reçoivent pas d’antihypertenseur et 5 millions, 2 sur 3,  ne reçoivent pas d’aspirine. Pourtant ces médicaments font partie des recommandations puisqu’il sont à même de réduire les accidents vasculaires cardiaques, cérébraux ainsi que le risque de mortalité.

Les auteurs confirment par ailleurs que l’artériopathie est un facteur de risque sérieux et indépendant de mortalité : les patients atteints d’artériopathie périphérique, meurent plus que les patients sans artériopathie périphérique (16% de mortalité contre 4% sur la durée de l’étude). Après avoir ajusté les résultats, les auteurs confirment que l’existence d’une artériopathie expose à un risque de mortalité multiplié par 2,4

Les premiers signes de l’artériopathie périphérique sont les douleurs apparaissant sous forme de crampes  au niveau des cuisses et des mollets, le plus souvent à la marche, à la montée d’un escalier, ou au cours de tout autre exercice mobilisant les muscles des jambes qui souffrent de la diminution des apports en oxygène par réduction des apports sanguins du fait de l’obturation progressive des artères.

Or, les conséquences de l’artériopathie peuvent être réduite par la prise quotidienne d’antihypertenseurs, de statine et d’aspirine.. D’ailleurs les chercheurs confirment que ceux qui prenaient 2 de ces traitements ou les 3 avaient un risque de décès réduit de 65% en comparaison à ceux n’en recevaient aucun, comme c’est le cas de plus de 2 patients sur 3. “Cette étude nous dit que des millions de patients chez qui un artériopathie périphérique a été identifiée par un test simple, ne reçoivent pas les traitements qui pourraient réduire leur risque de mortalité.” explique le Dr Reena L. Pande, auteur principal de l’étude.

En France, entre 800 000 et 1 million de personnes souffrent d’artériopathie : l’extrapolation de ces résultats obtenus aux Etats-Unis signifierait que plus de 600 000 personnes nécessiteraient un traitement plus efficace et plus protecteur de leur artériopathie basé au moins sur les 3 traitements évoqués : statine, antihypertenseur et aspirine.

Source

Secondary Prevention and Mortality in Peripheral Artery Disease: National Health and Nutrition Examination Study, 1999 to 2004
Reena L. Pande, Todd S. Perlstein, Joshua A. Beckman, Mark A. Creager
Circulation, 2011

CRédit Photo Creative Commons by L.A. Nolan

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