samedi 3 décembre 2016

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Intoxication alimentaire par E. Coli en Allemagne : publication du rapport scientifique

Les scientifiques de l’institut Robert Koch, publient dans le New England Journal of Medicine, l’histoire et le bilan de l’épidémie à Escherichia Coli survenue en Allemagne suite à une contamination humaine, probablement par le biais de graines germées.

Le 19 mai 2011, l’institut Allemand Robert Koch est informé de l’hospitalisation à Hambourg de 3 cas de syndrome hémolytique et urémique survenus chez des enfants le même jour. Une équipe de l’institut dépéchée sur place constate rapidement que le nombre de cas étaient en fait bien plus considérable et ne faisait que croitre. C’est en 1950 qu’est décrit pour la première fois le syndrome hémolytique et urémique qui rassemble insuffisance rénale, anémie hémolytique (les globules rouges explosent) et thrombocytopénie (baisse des plaquettes à moins de 150 000). C’est une pathologie classiquement retrouvée au cours des infections à Escherichia Coli sécrétrice d’une Shiga-toxine. L’infection est transmise à l’homme par des aliments contaminés le plus souvent par des Escherichia Coli présents dans les excréments des bovins, réservoir naturel de ces bactéries. Si ce sont principalement les enfants qui sont contaminés, à Hambourg des adultes sont également touchés.

Le 23 mai, l’institut Robert Koch demande aux médecins, au niveau national, de signaler tous les cas de syndrome hémolytique et urémique et tous les cas de maladie gastrointestinale survenues chez des patients infectés par un Escherichia Coli de sérogroupe 0104, ou même par tout autre sérotype, survenus de puis le 1 mai.

Au 18 juin 2011, 810 cas de syndrome hémolytique et urémique avaient été diagnostiqués dont 27 sont décédés (3,3%) et 2412 cas de diarrhée sanglantes avec présence d’Escherichia Coli producteur de shiga-toxine dont 12 sont décédés (0,5%). 25% des patients ont donc déclenché un syndrome hémolytique et urémique. L’infection était disséminée dans une grande partie du pays puisque les patients provenaient de 16 landers différents mais le plus grand nombre était originaire d’Hambourg, épicentre de la contamination, avec 10 personnes touchées pour 100 000 habitants : c’est donc essentiellement le nord du pays qui fut atteint. La survenue de cas dans d’autres landers étaient principalement liés à des voyages réalisés dans le nord du pays. Les centres de la contamination étaient la ville d’hambourg et des restaurants du Nord Est de la région de Rhine-Westphalie.

89% des personnes contaminées étaient des adultes. Chez les mineurs, l’âge moyen des patients était de 11,5 ans, seulement 1% ayant moins de 5 ans. Parmi les adultes touchés, l’âge moyen était de 44 ans pour les femmes et 41 ans pour les hommes. Ce sont plus souvent des adultes plus âgés, en moyenne 74 ans, qui sont décédés des suite d’un syndrome hémolytique et urémique, et cette moyenne d’âge des victimes de la bactérie s’établit à 84 ans pour ceux décédés en dehors de tout syndrome hémolytique et urémique mais infectés par Escherichia Coli. Les femmes ont été plus touchées que les hommes : elles représentent également le plus grand nombre de victimes ; 78% des victimes du syndrome hémolitique et urémique étaient des femmes et 58% des victimes de l’infection à Escherichia Coli producteur de shiga-toxine.

Les scientifiques ont pu déterminer que la durée d’incubation après ingestion d’aliments contaminés fut de 8 jours en moyenne (contre 3 à 4 jours pour la souche 0157). Les premiers signes furent la survenue d’une diarrhée, suivie en moyenne 5 jours plus tard d’un syndrome hémolitique et urémique chez ceux chez qui il se déclenchait.

Cliniquement, lors du premier examen médical des patients contaminés, aucun n’avait pas de la fièvre. Une diarrhée sanglante était retrouvée chez 96% des adultes mais seulement 59% des enfants. Des douleurs abdominales, le plus souvent des crampes abdominales, existaient chez 89% des adultes et 92% des enfants, des vomissements chez 69% des enfants et seulement 20% des adultes. 16% des patients avaient déjà un syndrome hémolytique et urémique lors du premier examen. Les globules blancs n’étaient pas élevés.

Dans la période du 1 mai au 18 juin 2011, 15 pays ont rapporté des cas de contamination chez des personnes ayant voyagé en Allemagne : 41 cas de syndrome hémolytique et urémique dont 1 décès et 68 cas d’infection à Escherischia Coli producteur de shiga-toxine. En fait l’épidémie a débuté le 8 ou le 9 mai et cette épidémie est très différentes de celles qui ont pu être détectée précédemment comme par exemple celle survenue au Japon en 1996 ou 121 cas de syndrome hémolytique et urémique avaient été enregistrés, tous survenus chez des enfants. D’abord, en Allemagne, 25% des patients contaminés par la bactérie ont déclenché un syndrome hémolytique et urémique ce qui est largement plus important que dans toutes les précédentes épidémies. Ensuite, la majorité des cas est survenue chez des adultes et enfin la bactérie contaminante était une souche de sérotype 014 alors que la souche la plus connue pour causer ces épidémie est une souche de sérotype 0157.

Cette souche 014 combine en fait la virulence de deux Escherichia Coli différents : une souche d’Escherichia Coli dite entéroaggregative et une souche productrice de shiga-toxine. Cette souche n’est cependant pas nouvelle, même si elle n’avait été que rarement décrite auparavant comme par exemple en 2001 en Allemagne chez 2 patients souffrant de syndrome hémolytique et urémique. Comme les souches d’Escherichia Coli enteroaggregatives sont isolées chez l’homme, cette épidémie n’a probablement pas une origine animale. Il n’en demeure pas moins que cette souche est, comme elle l’a démontré, extrêmement virulente.

Au moment où fut écrit ce premier rapport, l’épidémie était toujours en cours et les soupçons se portaient vers des légumes, concombres et salades. Depuis, les graines germées provenant d’une ferme biologique ont été statistiquement incriminées.

Source

Epidemic Profile of Shiga-Toxin–Producing Escherichia coli O104:H4 Outbreak in Germany — Preliminary Report
Christina Frank, Ph.D., Dirk Werber, D.V.M., Jakob P. Cramer, M.D., Mona Askar, M.D., Mirko Faber, M.D., Matthias an der Heiden, Ph.D., Helen Bernard, M.D., Angelika Fruth, Ph.D., Rita Prager, Ph.D., Anke Spode, M.D., Maria Wadl, D.V.M., Alexander Zoufaly, M.D., Sabine Jordan, M.D., Klaus Stark, M.D., Ph.D., and Gérard Krause, M.D., Ph.D., for the HUS Investigation Team
N Engl J Med 2011


 

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