samedi 3 décembre 2016

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L’Escherichia Coli 0104 “allemand” passe par Bordeaux : déjà 9 patients hospitalisés

Après l’Allemagne, c’est dans le Nord de la France que la bactérie à E. Coli infecte 7 enfants, après qu’ils aient ingéré un steak haché : Si le mal est identique, la source du mal, bactérie est, elle, à priori différente, il ne s’agit pas du sérotype 0104, la souche d’E. Coli qui avait frappé l’Allemagne en mai-juin dernier. Pourtant, après des affirmations ministérielles selon lesquelles les produits soupçonnés en Allemagne, des graines germées, n’avaient jamais été importées en France, et qu’il n’y avait par conséquent chez nous, aucun risque, une affirmation à banir dans ce type de situations, l’E Coli 0104 réapparait à Bordeaux.

Si au départ, pour les 3 puis 7 patients hospitalisés pour intoxication alimentaire à E. Coli, la consommation d’une des soupes saupoudrées de graines germées fut identifiée comme source de l’infection, depuis, de nouveaux patients n’ayant pas participé à cette kermesse du 8 juin, tenue dans un centre de loisirs de la petite enfance de Bègles, sont apparus.

Un patient, sorti de l’hôpital militaire Robert Piqué la semaine dernière, a été réhospitalisé au CHU de Bordeaux, pour survenue d’un syndrome hémolytique et urémique et un second malade, présentant des diarrhées sanglantes caractéristiques, a été hospitalisé. Ce dernier n’a pas participé à la soirée à Bègles ; la source de la contamination est donc plus étendue.

Au moins pour 3 patients, une infection par E. Coli 0104, le même sérotype qu’en Allemagne a été identifié. Les semences de ces graines germées de fenugrec, de moutarde et de roquette, utilisées pour saupoudrée la fameuse soupe avaient été achetées dans un magasin Jardiland. Ce magasin s’était approvisionné auprès d’une société anglaise, Thompson et Morgan. Cette même société s’était fournie, elle, en Italie. Y aurait-il un lien entre l’italie et la ferme biologique allemande? Il n’existe pourtant à ce jour aucune preuve bactériologique de l’incrimination de ces graines germées, juste une suspicion et une étrange coïncidence, l’incrimination de graines germées dans la survenue de deux épidémies à E. Coli 0104 à plusieurs centaines de kilomètres de distance.

Expérimentation thérapeutique en cours

Notons, du point de vue médical, qu’un “nouveau traitement” a été utilisé chez les patients atteints de syndrome hémolytique et urémique, le Soliris.

En fait, L’éculizumab (Soliris) n’est pas un nouveau traitement puiqu’il a obtenu en 2007 une autorisation de mise sur le marché pour le traitement des patients atteints d’hémoglobinurie paroxystique nocturne. Ce qui est nouveau, c’est que ce produit n’a aucune autorisation d’utilisation en dehors de cet AMM et ne bénéficie en particulier d’aucune évaluation dans le traitement du syndrome hémolytique et urémique. Il a seulement été utilisé à titre expérimental par les médecins allemands en mai-juin 2011.

L’éculizumab est un anticorps monoclonal du facteur C5 du complément. Il s’oppose à l’activation du complément permettant, dans le traitement de hémoglobinurie nocturne paroxystique de faire chuter considérablement l’hémolyse et le besoin de faire des transfusions tout en améliorant l’état des malades. Or l’hémolyse, c’est à dire la destruction des globules rouges, survient également dans le syndrome hémolytique et urémique, d’où l’idée des médecins allemands d’utiliser ce médicament, sans que son efficacité soit aujourd’hui avérée. Toutefois, les médecins allemands agissaient dans un cadre légal : en effet l’institut Paul-Ehrlic, le corps de la santé de régulation en Allemagne pour les produits biologiques, avait autorisé le lancement d’un essai clinique pour évaluer l’éculizumab chez les patients atteints de Shiga-toxines E. Coli provoquant un syndrome hémolytique et urémique. Le laboratoire Alexion Pharmaceuticals, cotée au Nasdaq, a fourni gratuitement le produit aux médecins allemands. Le 25 mai 2011, le revue Médicale, The New England Journal of Medicine publiait un article révélant que 3 patients présentant un syndrome hémolytique et urémique avec signes neurologiques avaient été très rapidement améliorés par des perfusion d’éculizumab.

L’effet secondaire majeur avec l’éculizumab est une augmentation du risque d’infections à méningocoques. Il faut que les patients soient donc au préalable vaccinés et reçoivent une antibiothérapie prophylactique.

Source

Complement Blockade in Severe Shiga-Toxin–Associated HUS
NEJM May 25, 2011 (10.1056/NEJMc1100859)

Crédit Photo Creative Commons by Matti Mattila (vue panoramique de Bordeaux)

 


 

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