lundi 5 décembre 2016

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France : 90% des femmes enceintes contaminées par le bisphénol A et les phtalates

Ces substances chimiques, le bisphénol A et les phtalates agissent durant la période périnatale que ce soit in utero et dans la petite enfance et peuvent influencer la santé future des enfants. En plus d’interfèrer avec les fonctions du système hormonal provoquant un effet délétère sur la reproduction, abaissant la fertilité et pouvant modifier le développement du foetus et du nouveau-né, les phtalates et le BPA sont suspectés d’être également des perturbateurs thyroïdiens, avec un possible retentissement sur le développement cérébral. Par exemple, une exposition foetale aux phtalates durant le dernier trimestre de la grossesse a été récemment associée à des modifications comportementales mesurées chez des enfants de 7 à 9 ans.
Dans le cadre de l’étude Elfe qui va suivre pendant 20 ans, 20 000 bébés, une étude pilote de collecte et d’échantillons urinaires, voie d’élimination des phtalates et du bisphénol A a été réalisée chez 279 femmes, âgées en moyenne de 30 ans, en salle de naissance. Par ailleurs, des informations sur les habitudes alimentaires, l’exposition aux polluants environnementaux, la santé de la mère et de l’enfant et la croissance du foetus au cours de la grossesse, ont été recueillies à partir de questionnaires et des dossiers médicaux des femmes participantes.
Le bisphénol A total a été retrouvé respectivement chez 90% des femmes enceintes à des concentrations allant de 0,03 à 598 μg/l,(concentration médiane de 2,5μg/l). Pour les phtalates,  les trois métabolites du DEHP étaient détectés dans plus de 95% des échantillons : MEHP de 0,3 à 768,1 μg/l (concentration médiane 13,7 μg/l) pour le  ; pour le 5-OHMEHP de 0,3 à 1 587,9 μg/l (concentration médiane de 50,7 μg/l), le 5-oxo-MEHP de 0,2 à 924,5 μg/l (concentration médiane de 28,3 μg/l).

Les teneurs urinaires en BPA et en phtalates (MEHP) étaient donc supérieures, pour les accouchements par césarienne ou forceps, aux teneurs retrouvées pour les accouchements naturels. Au vu des résultats, l’hypothèse d’une contamination additionnelle récente via les poches urinaires chez les femmes césarisées a été posée, une hypothèse ensuite confirmée par les analyses.

D’ailleurs les résultats de plusieurs analyses, comme des phtalates 5-OH-MEHP et 5-oxo-MEHP, bien plus élevés que ce qui est normalement retrouvé, ainsi que des valeurs de bisphénol A très hautes retrouvées chez certaines femmes, suggèrent une contamination très récente, vraisemblablement à l’hôpital. Il est fort probable que certains échantillons d’urine aient été prélevé en salle de naissance dans des poches urinaires.
Pour les auteurs, ces résultats soulèvent des interrogations sur les conséquences de l’exposition via les dispositifs médicaux, dans les pays où leur utilisation n’est pas bannie, des femmes enceintes et de leurs nouveau- nés à ces substances, notamment lors de longs séjours hospitaliers (grossesses pathologiques,soins intensifs dans les unités de néonatalogie). les phtalates et le BPA sont suspectés d’être également des perturbateurs thyroïdiens, avec un possible retentissement sur le développement cérébral.
Le bisphénol A utilisé dans la fabrication du plastique est partout : dispositifs médicaux, disques compacts, bouteilles (lait, eau), des biberons, des canalisations d’approvisionnement en eau potable, des résines époxy pour le revêtement interne de contenants alimentaires (cannettes, plats cuisinés, composites dentaires, papiers des tickets de caisse. Il en va de même du phtalate utilisés pour assouplir le plastique, un composé considéré depuis 1997 comme toxique par la Commission européenne (Décision 1999/815/CE). L’interdiction voté par l’assemblée nationale il y a quelques mois a été pour l’instant discrètement mise de côté par les responsables politiques (voir article Docbuzz). Le problème de cette utilisation ubiquitaire massive du bisphénol A et des phtalates est leur migration dans les aliments et boissons qu’ils emballent et leur diffusion dans l’environnement puisqu’ils sont capables de mimer les hormones endocrines et donc d’interfèrer avec les fonctions du système hormonal entrainant un effet délétère sur le développement et la reproduction, sur la fertilité et sur  le développement du foetus et du nouveau-néainsi que sur le métabolisme.

Source

Dosages du bisphénol A et des phtalates chez les femmes enceintes : résultats de l’étude pilote Elfe
Stéphanie Vandentorren, Florence Zeman, Amivi Oleko, Hélène Sarter, Marie-Laure Bidondo
BEH Publié le 28/06/2011

Crédit Photo Creative Commons by serenityphotographyltd

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