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Des scientifiques de l’université Johns Hopkins rappellent les dangers des génériques dans le traitement de l’épilepsie

Les génériques des médicaments antiépileptiques, des composés pharmacologiques proche de ceux des noms de marque, économisent des milliards chaque année mais certains génériques sont tellement différents du médicament original qu’ils ne seront pas aussi efficace, en particulier lorsque qu’un patient passe d’un générique à un autre, démontre une étude de l’université John Hopkins.

Les résultats de cette étude publiée dans la revue américaine Annals of Neurology, soulève une nouvelle fois la question, en particulier dans le traitement de l’épilepsie, de l’efficacité et par conséquent de la sécurité d’emploi des médicaments génériques puisque dans le cas de ces médicaments à marge thérapeutique étroite, une petite différence peut avoir de grande conséquences.” Dans beaucoup de pathologies, les génériques fonctionnent” explique le Dr Gregory Krauss, auteur de l’étude et professeur de Neurologie à l’université Johns Hopkins, une des plus brillante université médicale américaine, “cependant, chez les patients bien contrôlés par un médicament de marque sont inquiets que leur médicament soit substitués par un générique qui peut modifier le taux sanguin du médicament et donc entrainer la récidive de crises d’épilepsies”. De nombreuses études ont montré que passer d’un médicament de marque à un médicament générique entrainait effectivement une augmentation de crises.

Par exemple, en France, l’AFSSAPS, faisant suite à la publication d’un communiqué de presse de la Ligue Française Contre l’Epilepsie le 3 juillet 2007, prenant position contre la substitution générique des antiépileptiques, avait demandé au centre de Centre Régional de Pharmacovigilance de Rennes une enquête officielle de pharmacovigilance sur les médicaments génériques, en particulier si passer d’un médicament de marque à un générique s’associait à des convulsions, des recrudescence de crises et d’inefficacité. Les résultats de l’enquête montraient “qu’il semble que la substitution princeps/générique soit un facteur associé à la survenue de recrudescence de crises chez les patients épileptiques, particulièrement pour l’acide valproïque et la lamotrigine. Pour l’acide valproïque, antiépileptique à marge thérapeutique étroite, l’influence de variations, mêmes minimes, des concentrations plasmatiques pourrait être envisagée. Cependant, l’absence de signal évident pour la carbamazépine ne va pas dans le sens de cette hypothèse. Le signal sur la lamotrigine, n’ayant pas ce problème de marge thérapeutique étroite, pourrait conforter l’hypothèse de la particularité de la substitution chez le patient épileptique.”

Le Dr Krauss et son équipe de John Hopkins ont voulu remonter à la source, la fameuse bioéquivalence sur laquelle repose toute l’idéologie de la substitution : pour enregistrer un médicament générique, un génériqueur doit effectivement réaliser une étude de bioéquivalence de son générique en comparaison au médicament de marque. Le générique sera considéré comme « bioéquivalent » si la concentration plasmatique maximale du principe actif, au moment où la concentration plasmatique maximale est observée (paramètre mesurant la vitesse d’absorption de la substance active), est compris dans la fourchette 80%-125% par rapport celui du médicament original. IL est donc légal qu’existe une différence de -20%, +25% entre le générique et le produit de marque, 45% d’écart qui peuvent avoir un impact sanitaire en particulier lorsqu’un patient passe d’un générique à un autre. Au Etats Unis, ces comparaisons de bioéquivalence sont soumises à l’agence du médicament américaine, la Food and Drug Administration.

Le Dr Krauss a donc réclamé à la FDA, dans le cadre d’une loi donnant aux citoyens accès aux documents administratifs souvent cachés, le “Freedom of Information Act requests”, l’ensemble des dossiers de génériques de médicaments anti épileptiques déposés à l’agence. Après avoir revue l’ensemble des données, ils constatent que pour beaucoup de génériques, la concentration plasmatique maximale du principe actif, au moment où la concentration plasmatique maximale est observée, diffère environ de 15% entre les génériques et les produits de marque, restant donc dans le cadre légal.

Cependant, ils retrouvent aussi que quelques fabriquants de génériques ont des produits dont les données sont en deçà des limites légales avec des variation marquées en comparaison aux médicaments de marque, et ça pour au moins de 30% des génériques de l’oxycarbazepine, par exemple. Les auteurs recommandent donc la plus grande vigilance en particulier lorsqu’un pharmacien substitue un générique d’un médicament par un autre générique du même médicament.

Le Dr Krauss rappelle que ce problème se rencontre avec tous les médicaments à marge thérapeutique étroite comme pour les médicaments anticancéreux, les chimiothérapies, etc..

Source

Assessing bioequivalence of generic antiepilepsy drugs
GL Krauss, B Caffo, YT Chang, CW Hendrix, K Chuang
Annals of Neurology, 2011; DOI: 10.1002/ana.22452

Enquête officielle relative aux médicaments génériques des antiépileptiques
AFSSAPS Réunion du 29 janvier 2008

CRédit Photo Creative Commons by andyluke

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