vendredi 30 septembre 2016

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Comment la toxoplasmose rend les rats amoureux des chats?


Notre cerveau décide de tout, y compris de qui nous trouvons attractif ou dangereux. Mais que se passerait-il si nous étions subitement attirés par ceux que nous trouvions dangereux? C’est exactement ce qui arrive aux rats infectés par un parasite spécifique, le toxoplame, vecteur de la toxoplasmose. Ce parasite a le pouvoir de modifier l’intégration des données cérébrales du rat, bien évidemment à son plus grand profit.

Toxoplasma gondii est un protozoaïre constituant une cellule unique de 8 mm, qui ne peut se multiplier de manière sexuée que chez les félidés, qui constituent ainsi son hôte définitif. Il est certes capable d’infecter tous les autres animaux y compris l’homme, mais ils ne sont que des hôtes intermédiaires. En clair, sous nos latitudes, l’objectif pour un toxoplasma gondii est de trouver un chat pour se reproduire.

Pour des raisons qui nous restent inconnues, les souris et les rats évitent les chats. Pourtant en 2000, le Dr. Joanne Webster montrait dans une première expérimentation que les rats infectés par le toxoplasme et découvrant des traces d’urine de chat, suivait les traces du chat au lieu de s’enfuir, une attitude difficilement compatible avec l’instinct de survie. Mais une attitude prompte a satisfaire le toxoplasme, qui dépourvu de pattes ne pourrait trouver seul un chat. Et si le chat mange le rat, le toxoplasme pourra atteindre son objectif de reproduction dans un chat…le tour est joué.

Comment un être unicellulaire, toxoplasma gondii, est-il capable de modifier les comportement d’un être complexe, le rat, au point de lui faire mettre sa vie en danger? En fait, le toxoplasme est capable d’activer la partie cérébrale du rat impliqué dans l’attraction sexuelle. Si l’odeur d’urine de chat ordonne habituellement un retrait salvateur, infecté par un toxoplasme, la même odeur sera interprété comme la présence d’une femelle rat réceptive. Pour les scientifiques, l’ancien message de danger existe toujours mais il est noyé par le message neurologique d’attraction sexuelle “fabriqué” par le parasite.

On ne sait pas que peu de chose des conséquences cérébrales de l’infection des rats par le toxoplasme. On sait cependant aussi que le parasite est capable d’accroitre la production de dopamine cérébrale de 15% chez les rats infectés, et que les récepteurs antagonistes à la dopamine bloquent l’attraction fatale du rat pour l’urine de chat ; une autre manière de s’assurer que le rat ira tout droit vers le chat.

Les scientifiques de l’université de Stanford qui ont mené ces démonstrations chez 72 rats, viennent de publier leurs travaux dans la revue Plos One. Deux semaines après une infection par le toxoplasme, une vacuité cyclique de 50–70 mm est visible dans le cerveau de l’hôte au scanner. Le toxoplasme privilégie la région du système limbique pour s’implanter, la zone qui justement stimule la peur d’un prédateur ou l’attraction sexuelle, générant les comportements de fuite ou d’approche. Bien qu’ils fonctionnent distinctement l’un de l’autre, Les deux circuits neuronaux sont anatomiquement proches, se suivant parallèlement à travers l’amygdale médiane et l’hypothalamus. Le toxoplasme va ainsi perturber la compréhension du signal de fuite et augmenter le message d’approche, en accentuant l’activité neuronale de la zone cérébrale prometteuse de reproduction.

Venu du sol, le toxoplasme est ingéré par un animal, vache, cochon, mouton, et c’est la consommation de viande mal cuite contenant le toxoplasme qui lui permettra d’infecter un nouvel hôte, par exemple le rat ou l’homme. La multiplication des chats de compagnie ont également facilité la diffusion du toxoplasme à l’homme, contaminé par les déjections : aujourd’hui un tiers de l’humanité est contaminée. Les toxoplasmes sont présents dans le cerveau humain mais sont considérés comme latents. Vraiment? Chez l’homme, le parasite ne pourrait être mortel qu’en cas d’immuno-dépression et en l’absence de traitement, mais plusieurs études ont montré d’autres risques chez les patients pourtant à l’immunité intacte : L’infection par les toxoplasmes accroitrait le risque de schizophrénie et de trouble obsessionnel compulsif, deux pathologies dans lesquelles, curieusement un niveau élevé de dopamine est retrouvé ainsi qu’une perturbation des fonctions amygdaliennes, l’endroit privilégié de toxoplasma gondii. Une infection par le toxoplasme peut être dramatique en cours de grossesse car le parasite ira se figer dans le cerveau foetal.

Cette étude est donc un enseignement sur la capacité d’un parasite à modifier la volonté d’un mammifère, afin de le transformer en un simple vecteur utile de contamination. Ces études chez le rat montrent peut-être la voie de ce qu’il conviendra d’étudier chez l’homme sur les conséquences des infections à toxoplasmes.

A propos, est-ce que les femmes et les hommes qui aiment les chats se sont mis à les aimer avant ou après avoir été infectés par les toxoplasmes?

Source

Predator Cat Odors Activate Sexual Arousal Pathways in Brains of Toxoplasma gondii Infected Rats
Patrick K. House, Ajai Vyas, Robert Sapolsky
Plos One August 17, 2011

 

 

 

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