dimanche 21 décembre 2014

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Une étude française dénonce la mauvaise qualité des études de bio-équivalence des génériques

Une grande partie des gouvernements de la planète a décidé de mettre en place des génériques des médicaments vendus dans leurs pays. Dans la grande majorité de ces pays, une simple étude de bioéquivalence suffit le plus souvent pour obtenir une autorisation de mise sur le marché. Le seul intérêt du générique est de réduire le coût de traitement, ce dernier étant jugé équivalent au produit original mais acheté à un coût plus faible. Pourtant, une étude Française publiée menée par l’Unité 738 de l’Inserm à l’Hôtel-Dieu (AP-HP)-université Paris Descartes estime dans la revue PLOS One, que la qualité de ces études de bio-équivalence, véritable cesam à l’entrée sur les marchés pharmaceutiques, sont de piètre qualité et ne respectent pas les obligations scientifiques. Ce sont cependant ces études qui permettent à ces génériques de se retrouver en pharmacie.

En France, les génériques représentent presque 80% des ventes de médicaments dont le brevet est tombé dans le domaine public. Une boite de médicament sur quatre est aujourd’hui un générique et leurs ventes progressaient de plus de 10% en 2010. Ils représentent  aux Etats-Unis 69% des prescriptions. Depuis leur arrivée sur le marché, plusieurs études ont décrit suite à la substitution par des génériques, l’irruption d’effets secondaires inconnus avec le produit princeps ou la réapparition de symptômes qui avaient disparu, en particulier dans des pathologies comme la dépression, l’épilepsie, l’insuffisance thyroïdienne ou les maladies cardiovasculaires, suggérant une moins bonne efficacité et un risque accru d’effets indésirables

Les scientifiques de l’INSERM ont retrouvé seulement 134 études de bio-équivalence publiées entre début 2005 et fin 2008. Lors d’un premier tri, ils ont été obligés d’éliminer 55 publications (41%) parce qu’il n’était pas possible de savoir si la molécule à laquelle était comparée le générique était le médicament original ou un autre générique !

Parmi les 79 articles restant, 63 portaient sur des médicaments à marge thérapeutique large et 16 sur des médicaments à marge thérapeutique étroite, ainsi dénommée car la dose thérapeutique n’est jamais très éloignée de la dose toxique, nécessitant un contrôle accru (médicaments pour l’hypothyroïdie, l’épilepsie, les anticoagulants..).

Les analyse des 79 études a réservé aux scientifiques des surprises de taille, quand au sérieux et à la qualité des publications :  Sur les 79 études,
– Une seule était enregistrée dans une base de données internationale sur les essais cliniques,
– La bioéquivalence était faite en moyenne sur 24 patients seulement,
– Les méthodes statistiques n’étaient expliquées que dans 34% des publications,
– Dans une des études, n’arrivant pas à démontrer la bioéquivalence du générique, les auteurs reconnaissent avoir augmenté le nombre de patients en cours d’étude, une méthode scientifiquement proscrite,
– Seules 56% des études citent le pays où elles ont été réalisées,
– La moitié des études ont été réalisées en Asie,
– Des participants déjà malades sont recrutés dans certaines études,
– La randomisation des malades, la méthodologie qui attribue à un malade le médicament princeps et à un autre le générique à testé, n’est correct que dans 15% des études,
– Le fait que les patients et les médecins ne savent pas qui reçoit le générique et qui reçoit le vrai traitement afin que les résultats ne soient pas influencés (double aveugle) n’est respecté que dans moins de 16% des cas,
– La population analysée n’est pas claire dans un tiers des publications : les données de certains patients ont-elles été effacées, ce qui peut modifier le résultat ?
– Parmi les études qui concluent à une bioéquivalence du générique par rapport au comparateur, un tiers ne répondent pas aux critères demandés par la Food and Drug administration Américaine et 17% ne répondent pas aux critères exigés par l’Agence Européenne du Médicament.

Cette analyse, montre que les articles rapportant des comparaisons génériques/médicaments princeps sont de très faible qualité et ne répondent pas aux critères scientifiques exigés pour valider des médicaments.

Les auteurs réclament donc un enregistrement international des études de bioéquivalence, et une amélioration de la qualité des études réalisées qui devraient indiquer le produit contre lequel le générique est évalué et dont la publication devrait répondre aux critères scientifiques modernes. Est-ce trop demander  pour des médicaments susceptibles d’être utilisés par des millions d’individus à travers le monde?

Source

Quality of Reporting of Bioequivalence Trials Comparing Generic to Brand Name Drugs: A Methodological Systematic Review
Amélie van der Meersch, Agnès Dechartres,Philippe Ravaud
PLoS ONE 6(8): e23611. doi:10.1371/journal.pone.0023611édition en ligne du 17 août

Crédit Photo CReative Commons by Kevin H.

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