mercredi 28 septembre 2016

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Douleur d’arthrose du genou : le paracétamol moins efficace qu’un anti-inflammatoire et pas moins dangereux

Une étude publiée dans la revue Annals of the Rheumatic Diseases apporte d’intéressantes nouvelles données sur le traitement médical des douleurs de l’arthrose de genoux, remettant en cause les croyances et recommandations actuelles dans cette pathologie. L’intérêt du paracétamol en premier traitement est effectivement remis en cause.

Aujourd’hui, les recommandations sont de prescrire aux patients souffrant d’un arthrose du genoux d’abord du paracétamol puis si nécessaire un anti-inflammatoire non stéroïdien en association (ibuprofène). On suppose effectivement que la combinaison des deux apporte un plus, chaque médicament agissant d’une manière différente. Cette addition d’efficacité a été démontrée dans de petites études cliniques de courte durée. L’anti-inflammatoire non stéroïdien inhibe les enzymes de la cyclooxygénase. Le mode d’action du paracétamol est mal connu mais on suppose qu’il agit sur des sous-classes de la cyclooxygénase au niveau du système nerveux central. L’objet de l’étude a été de vérifier si effectivement une association des deux était plus efficace que chacun des médicaments pris individuellement.

Les douleurs de genoux touchent entre 25% et 37% des personnes âgées de plus de 50 ans et environ la moitié de ces personnes souffrent en fait d’une arthrose d’un genou.

L’étude a été sponsorisée par un laboratoire Reckitt Benckiser Healthcare International qui souhaitait évaluer l’intérêt clinique d’une association fixe des deux composants.

L’équipe de scientifiques anglais a recruté près de 900 patients âgés en moyenne de 60 ans souffrant d’arthrose de genoux.51% étaient des hommes. Ils ont été séparés en 4 groupes aux traitements différents :
– Le groupe 1 recevait un anti-inflammatoire non stéroïdien à faible dose, ibuprofène 400 mg , 3 fois par jour,
– Le groupe 2 du paracétamol, 1000 mg 3 fois par jour,
– Le groupe 3, une dose fixe d’ibuprofène 200 mg+paracétamol 500 mg, 3 fois par jour,
– Le groupe 4, une dose fixe d’ibuprofène 400 mg+paracétamol 1000 mg, 3 fois par jour.

Les scientifiques évaluaient les traitements au bout de 10 jours, 7 semaines et 13 semaines, sur son efficacité à réduire la douleur, sur la satisfaction du patient et la survenue d’effets secondaires, en particulier la survenue de saignements gastriques.

Tout d’abord, à 10 jours, moins de patients répondaient favorablement au traitement par paracétamol (45%) qu’à l’ibuprofène (52,6%), mais plus nombreux étaient ceux répondant à l’association. Cette différence avait disparue à la fin de l’étude.  Toujours à 10 jours, les associations paracétamol/ibuprofène étaient plus efficaces que les traitements pris seuls : la douleur était réduite et la capacité de mobilisation des articulations plus importante, les patients témoignaient d’une amélioration de leur qualité de vie. Cette supériorité s’amenuisait vis à vis de l’ibuprofène pris seul avec le temps.

Un plus grand nombre de patients ont eu des effets secondaires, 52% prenant l’association contre 41% pour les monothérapies. Déjà au bout de 10 jours, 31% des patients prenant une des deux associations et 21% de ceux prenant l’ibuprofène avaient un effet secondaire. L’effet secondaire le plus surveillé est la survenue de saignements gastriques. Pour cela les médecins surveillent l’hémoglobine ; une baisse signe un saignement. Au bout de 10 jours, une baisse d’hémoglobine de 1 g/dl  était retrouvée chez 7,3% des patients sous paracétamol, 11% sous ibuprofène et jusqu’à 17% sous association paracétamol/ibuprofène. Mais à 13 semaines, ce nombre était devenu aussi important sous paracétamol que sous ibuprofène atteignant 20% des patients, montrant que contrairement à ce que l’on croyait le paracétamol n’est pas moins à risque de saignement digestif qu’un anti-inflammatoire non stéroïdien . Par ailleurs, le paracétamol a engendré une toxicité hépatique chez 3% à 6% des patients.

Ainsi cette étude apporte de nouveaux enseignements :
– le paracétamol n’est pas le traitement le plus efficace de la douleur de l’arthrose du genoux
– 3 grammes de paracétamol par jour entrainent autant de risque de saignement que 1200 mg d’anti-inflammatoire non stéroïdien,
– si les associations étaient un peu plus efficaces que le paracétamol elles ne le sont pas plus que  l’ibuprofène seul.

Pour les scientifiques, ces résultats inattendus seraient liés au fait que le paracétamol, agirait sur les cyclo-oxygénases, dont la COX-2. Le paracétamol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens agiraient donc, au moins en partie, sur les mêmes cibles ce qui explique que leur association n’est pas plus efficace et augmente le risque d’effets secondaires.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens augmentant le risque d’évènement cardiovasculaires, il serait nécessaire d’évaluer ce risque avec le paracétamol, un médicament largement délivré en OTC!

Source

A randomised controlled trial of ibuprofen,paracetamol or a combination tablet of ibuprofen/paracetamol in community-derived people with knee pain
Michael Doherty, Chris Hawkey, Michael Goulder, Iain Gibb, Nicola Hill,
Sue Aspley, Sandie Reader
Ann Rheum Dis 2011;70:1534–1541.

Paracetamol, ibuprofen, or a combination of both drugs against knee pain: an excellent new randomised clinical trial answers old questions and suggests new therapeutic recommendations
Michael Doherty, Chris Hawkey, Michael Goulder, Iain Gibb, Nicola Hill,
Sue Aspley, Sandie Reader
Ann Rheum Dis 2011;70:1521-1522

Crédit Photo Creative Commons by kxande2

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