Samedi 1 novembre 2014

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Lutte contre l’obésité : quelles mesures sont véritablement efficaces?

L’obésité est le fruit d’un déséquilibre énergétique chronique impliquant à la fois un excès d’apports alimentaires et un manque d’activité physique. Les causes premières de l’obésité sont aujourd’hui clairement établies : il est clair que ce sont les apports alimentaires excessifs, qui sont principalement responsable de la flambée de l’obésité à travers le monde. Ils résultent du changement global du système alimentaire de l’homme, passé d’une préparation individuelle à une préparation de masse, réduisant le coût du temps de préparation de la nourriture et produisant une alimentation industrialisée contenant plus de sucres ajoutés, plus de sel, de graisses et de modificateurs de goûts, proposée par un marketing de plus en plus efficace.

Plus le marketing pour les aliments et les boissons est efficace, plus il s’associe à l’émergence de l’obésité en particulier chez les enfants. D’autres facteurs interagissent avec cette action principale de la nourriture et des boissons comme l’environnement, la génétique, les préférences alimentaires, les mécanismes épigénétiques, l’activité physique…

Inverser cette épidémie de l’obésité qui s’étend sur une grande partie de la planète nécessitera des actions individuelles et des actions gouvernementales voire internationales. Pour provoquer une modification des comportements, des actions devront être mener dans les écoles, sur les lieux de travail, au domicile, et des modifications profondes de certains secteurs comme l’agriculture, l’éducation, la restauration, les transports et la planification des zones urbaines devront être envisagées. Cependant, si tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut lutter contre l’obésité, les mesures à mettre en place restent discutées. Nombreux sont les pays qui n’ont pas mené d’étude particulière sur leur population. Le nombre d’actions potentielles ajoutées aux contestations qu’elles feront naitre risquent de provoquer une cacophonie faisant penser que réduire l’obésité est un objectif pratiquement inaccessible. Le but de la présente publication est donc de montrer quelles sont les actions les plus efficaces à mener en classant chacune de ces actions en fonction de leur réussite dans la lutte contre l’obésité qu’elles ont rencontrées dans  les pays où elles ont été mises en place.

Ainsi, en Australie, pays de 22 millions d’habitants, des études complexes ont été menées afin d’avaliser les mesures pouvant à la fois lutter contre l’obésité tout en étant coût-efficaces. Les études épidémiologiques évaluent d’abord pour une pathologie, ici l’obésité, l’Espérance de Vie Corrigée de l’Incapacité (EVCI ou DALY en anglais pour disability-adjusted life year), exprimant le nombre d’années de vie perdues liées à la maladie. Elles chiffrent ensuite le montant d’argent nécessaire pour prévenir une année de vie perdue, soit un EVCI. Les scientifiques ont estimé ici que les mesures contre l’obésité étaient coût-efficaces lorsqu’elles atteignent au maximum 50 000 dollars australiens (36 300 euros) pour prévenir une année de vie perdue.

Les mesures évaluées pour lutter contre l’obésité sont donc :
une taxe de 10% sur les boissons sucrés et les aliments gras favorisant l’obésité : cette mesure visant les adultes est la plus efficace et la moins couteuse, permettant de sauver 559 000 années de vie pour un montant limité à 18 millions de dollars australiens,
–  Un affichage clair et simple sur les emballages alimentaires (signalétique feu vert, orange ou rouge en fonction de la qualité alimentaire du produit) : cette mesure visant les adultes reste coût-efficace, sauvant 49 000 années de vie, pour une dépense de 81 millions de dollars Australiens,
Une limitation de la publicité pour les aliments gras et sucrés et les boissons sucrées : cette mesure visant les enfants jusqu’à 14 ans est coût-efficace, sauvant 37 000 années de vie pour un coût très modeste de 0,13 millions,
Un programme éducatif scolaire associé à une réduction du temps passé devant la télévision : cette mesure visant les enfants de 8-10 ans  est coût-efficace, sauvant 8600 années de vie pour un coût de 27 millions de dollars australiens,
– Un programme éducatif scolaire associant un éveil à la nutrition et de l’activité physique : Cette mesure visant les enfants de 6 ans est coût-efficace sauvant 8 000 années de vie pour un coût de 40 millions de dollars australiens,
Un programme éducatif scolaire visant à réduire la consommation de sodas sucrés : Cette mesure visant les enfants de 7 à 11 ans est coût-efficace sauvant 5300 années de vie pour un coût de 3,3 millions de dollars australiens,
Un programme à destination des familles ayant un enfant obèse :  Cette mesure visant les enfants obèses de 10 à 11 ans est coût-efficace sauvant 2 700 années de vie pour un coût de 11 millions de dollars australiens,
Un programme scolaire  multi-facettes : Cette mesure à destination des enfants de 7 à 10 ans obèses ou en surcharge pondérale est coût-efficace, sauvant 270 années de vie pour un coût de 0,56 millions,
- Un programme initié par les médecins généralistes à destination des enfants en surcharge pondérale est coût efficace sauvant 510 années de vie pour un coût de 6 millions de dollars australiens,
Le bandage gastrique : cette mesure destinée aux adultes ayant un indice de masse corporelle supérieur à 35 pourrait sauver 140 000 années de vie pour un coût de global de 120 millions de dollars australiens, reste coût efficace (5 800 dollars par année d vie sauvée)
La mise en place d’un régime avec activité physique chez des adultes ayant un IMC supérieur à 25 sauve 3 000 années de vie pou un coût estimé à 28 000 dollars par année de vie sauvée,
–  Un régime pauvre en graisse mis en place chez des adultes ayant un IMC supérieur à 25 sauve 1900 années de vie pour un coût de 37 000 dollars par année de vie sauvée,
Un programme d’activité après l’école ciblant les enfants de 5 à 11 ans sauve 450 années de vie pour un coût de 40 millions, soit 82 000 dollars par année de vie sauvée : cette mesure n’est pas coût-efficace,
Le régime Weight-Watchers, ciblant les adultes, sauve 54 années de vie pour un coût de 5 millions de dollars, soit 84 000 dollars par année de vie sauvée : cette mesure n’est pas coût-efficace,
–  Le médicament Orlistat, ciblant les adultes ayant un IMC supérieur à 30, sauve 2100 années de vie pour un coût de 1500 millions soit 700 000 dollars par année de vie sauvée : cette mesure n’est pas coût-efficace.

Cet état des lieux montre clairement que les mesures “politiques” telles que la mise en place de taxes, l’interdiction de la publicité pour les aliments gras et sucrés, l’identification des aliments gras et sucrés sur les packagings sont plus coût-efficaces que les conseils de santé ou les interventions cliniques. La mesure la moins coût-efficace, c’est à dire coutant le plus à la communauté pour une efficacité la moins importante est le recourt au médicament Orlistat.

Ainsi, si la lutte contre l’obésité repose en grande partie entre les mains des politiques, les autres mesures de types éducatives et préventives ont leur place dans un programme global de lutte même si prises individuellement elles semblent peu coût-efficaces. Le choix du comportement alimentaire et de la pratique d’une activité physique repose cependant toujours sur chacun d’entre nous, même si dans certains environnements, en particuliers les environnements défavorisés, les choix peuvent être plus limités.

L’échec de cette lutte sera donc en partie de la responsabilité des politiques. La décision récente du premier ministre français d’augmenter de 4% la taxe sur les boissons sucrée (3,6 cents par litre), qu’il justifie par la nécessité de lutter contre l’obésité semble bien timide. Il est probable que certains lobby tenteront de marginaliser cette décision, par exemple en tentant d’apeurer la population vis-à-vis des “risques” (toujours fortement hypothétiques) des boissons utilisant des édulcorants.

Source

Changing the future of obesity : science, policy and action
Steven L Gortmaker, Boyd A Swinburn, David Levy, Rob Carter, Patricia L Mabry,Diane T Finegood,Terry Huang, Tim Marsh, Marjory L Moodie
The Lancet, Volume 378, Issue 9793, Pages 838 – 847, 27 August 2011
Crédit Photo CReative Commons by Megapickle

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