dimanche 4 décembre 2016

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Une décoction d’herbes chinoises ferait aussi bien que l’oseltamivir contre le virus H1N1

Le Maxingshigan–yinqiaosan est une préparation de la pharmacopée chinoise à base de plantes. Cette décoction de 12 plantes, en réalité bien étrange, contient 6 grammes de zhimahuang (des Ephedrae fris dans du miel), 10g de zhimu (Rhizoma Anemarrhenae), 15 g de qinghao (Herba Artemisiae Annuae), 30 g de shigao (Gypsum Fibrosum), 15 g de yin-hua (Flos Lonicerae Japonicae), 15 g de huangqin (Radix Scutellariae), 15 g de chaoxingren (Semen Armeniacae Amarum), 15 g de lianqiao (Fructus Forsythiae), 6 g de bohe (Fructus Forsythiae), 10 g de zhebeimu (Bulbus Fritillariae Thunbergii), 15 g de niubangzi (Fructus Arctii Tosum), et 10 g de gancao (Radix Et Rhizoma Glycyrrhizae).

Ce mélange de plantes serait utilisé en Chine depuis des milliers d’années, écrivent les auteurs chinois de l’article, pour traiter les infections aujourd’hui connue sous le nom de grippe. Certes la médecine chinoise était peut-être en avance mais on peut cependant douter de la capacité d’identification d’une grippe il y a 2000 an. D’ailleurs, on ne sait pas si le virus de la grippe existait à cette époque. Les plus anciennes relations d’un épisode grippal datant de 1510. Passons.

Pour quelles raisons tester ce mélange de plantes? Parce que, toujours selon les auteurs chinois, des études menées en Asie on suggéré l’efficacité du maxingshigan–yinqiaosan pour traiter la gippe H1N1, et d’affirmer “Dans une récente métaanalyse de 31 études cliniques incluant 5514 cas de grippe, les auteurs concluent à une efficacité clinique significative en comparaison au placebo ou à l’absence de traitement”. Pourtant, cette publication apparait bien loin de ce qui est annoncé puisqu’elle aurait évalué, selon ce qu’en dit son abstract en anglais, le chuanhuning dans des infections respiratoires hautes. Passons. Une preuve “terrain” est avancée : “Dès les premiers jours de la pandémie virale H1N1 en 2009, la célèbre préparation de plantes maxingshigan–yinqiaosan a été largement utilisée par les praticiens pour traiter les symptômes”. Le fait qu’elle soit utilisée est peut-être une bonne raison pour évaluer son efficacité.

L’essai clinique a été mené dans 11 hôpitaux de 4 provinces chinoises. Il était randomisé mais médecins et patients connaissaient le traitement administré. Les patients présentant les symptômes cliniques d’une grippe ont donc reçu, soit de l’oseltamivir, 75 mg deux fois par jour,  soit 200 ml de la décoction de maxingshigan– yinqiaosan 4 fois par jour, soit l’oseltamivir plus la décoction de maxingshigan–yinqiaosan, soit rien du tout (groupe contrôle).  En moyenne, les traitements ont été prescrits 34,5 heures après la survenue des premiers symptômes, mais 23% des patients ne se sont présentés que 2 à 3 jours après. 410 adultes sont rentrés dans l’étude après qu’une infection par le virus H1N1 ait été confirmée par un laboratoire.
Les auteurs retrouvent une réduction de la durée de la fièvre : selon les auteurs, le groupe contrôle a eu 26 heures de fièvre, le groupe oseltamivir 20 heures, le groupe maxingshigan–yinqiaosan 16 heures et le groupe recevant les deux traitements, 15 heures de fièvre.  C’est en utilisant les pourcentages de baisse par rapport au groupe contrôle que les scientifiques chinois parviennent à une significativité : “une réduction significative de temps moyen avant la résolution de la fièvre a été constaté en comparaison au groupe contrôle”, -34% pour oseltamivir (34% [95% CI, 20% to 46%]; P < 0.001), -37% pour le maxingshigan–yinqiaosan (37% [CI, 23% to 49%]; P < 0.001), -47% pour l’association oseltamivir plus maxingshigan–yinqiaosan (47% [CI, 35% to 56%]; P < 0.001). Pourquoi les pourcentage? Pour obtenir une significativité qui sinon ne serait pas obtenue en évaluant les différences intergroupes.
Notons d’ailleurs que cette mesure de la durée de la fièvre n’a débuté qu’une fois les patients inclus dans l’étude. Et si, ce que font pas les auteurs, on ajoute à ces durées, les 34.5 heures s’étant écoulées en moyenne depuis le début des symptômes, durée des symptômes dont la fièvre est un des représentants potentiels, les durées respectives sont alors, de 60.5 heures pour le groupe contrôle, de 54,5 pour le groupe oseltamivir, de 52,5 pour le groupe maxingshigan–yinqiaosan, et de 49,5 heures pour le groupe oseltamivir+maxingshigan–yinqiaosan. Mais avec de tels calculs les résultats sont évidemment moins pertinents. En plus, “aucune différence, pour aucun symptôme, incluant la toux, la douleur de gorge, les maux de tête, ou la fatigue, n’a été observée après traitement”.
Toutes ces limites de l’étude n’empêchent pas les auteurs de conclure que  “Oseltamivir et le maxingshigan–yinqiaosan, seul ou en association, réduisent la duére de la fièvre chez les patients infectés par le virus de la grippe”, et que “le maxingshigan–yinqiaosan peut être un traitement alternatif de l’infection au virus H1N1”.
On est en droit de se demander comment ont travaillé les relecteurs de la revue Annals of Internal Medicine qui ont validé l’article, mais les plantes c’est tellement sympathique. Mais au fait, l’oseltamivir, est-ce un traitement efficace de la grippe H1N1?
L’étude à été financée par le Beijing Science and Technology Project et Beijing Nova Program.

Source

Oseltamivir Compared With the Chinese Traditional Therapy Maxingshigan–Yinqiaosan in the Treatment of H1N1 Influenza :A Randomized Trial
Chen Wang, Bin Cao, Qing-Quan Liu, Zhi-Qiang Zou, Zong-An Liang, Li Gu, Jian-Ping Dong, Li-Rong Liang, Xing-Wang Li, Ke Hu, Xue-Song He, Yan-Hua Sun, Yu An, Ting Yang, Zhi-Xin Cao, Yan-Mei Guo,Xian-Min Wen, Yu-Guang Wang, Ya-Ling Liu, Liang-Duo Jiang
Annals of Internal Medicine August 16, 2011vol. 155 no. 4 217-225

CRédit Photo Creative Commons by sweart

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