dimanche 4 décembre 2016

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Chirurgie plastique et tourisme médical : les complications restent nombreuses

Un article émanant de chirurgiens plastiques du Collège Royal des chirurgiens (Angleterre) révèle que 26% des patients faisant une chirurgie plastique à l’étranger doivent être réopérés en urgence du fait de complications graves à leur retour, mais ce n’est pas tout.

Bien que fondé sur le principe des soins médicaux gratuits pour tous, l’augmentation permanente des dépenses de santé et l’accroissement des besoins en soins chirurgicaux, menacent la poursuite de cette belle idée. Dans une telle situation, il reste difficile de justifier que des actes de chirurgie plastique soient pris en charge sans une indication et une nécessité absolue.

C’est une des raisons pour lesquelles de plus en plus de patients ont recours à des soins esthétiques à l’étranger, attirés par des prix plus compétitifs : et ce tourisme medical ne fait qu’augmenter. Si en Europe, du fait de l’existence d’une prise en charge de nombreux actes chirurgicaux, c’est essentiellement pour une chirurie plastique que certains patients  se déplacent à l’étranger, ce tourisme médical aux Etats-Unis est devenu un véritable marché, avec des agences de voyages proposant toute une série de soins médicaux clés en main, des packages, de la chirugie de hanche à la chimiothérapie anti-cancéreuse, en passant par la greffe d’un rein. L’accès à des vols bon marché a levé une ultime barrière à un déplacement lointain.

Selon des données du site internet treatmentabroad.com, 60 000 anglais partent à l’étranger se faire soigner chaque année, 25 000  (43%) pour des soins dentaires, 17 400 pour de la chirurgie esthétique (29%) et 16 800 (18%) pour d’autres sortes de soins telle que l’orthopédie ou encore pour un traitement de l’infertilité.

Cependant, qu’en est-il des suites opératoires? Car lorsqu’une complication existe, les patients se tournent alors vers leur système de santé national, créant potentiellement une situation abusive.

En 2007, en Angleterre, ce problème a été mis en lumières par plusieurs cas qui ont engendré un certains nombre de questions quant-à l’étendue réelle du problème. Une étude nationale a donc été mis en place auprès de tous les chirurgiens plastiques du pays. 203 chirurgiens plastiques sur 326 que compte la grande île y ont participé. Un tiers de ces chirurgiens révèlent avoir effectivement reçu en consultation des patients présentant des complications opératoires suite à des actes de chirugie esthétique pratiquées à l’étranger.

L’analyse a porté finalement sur 215 patients vus en consultation par 63 chirurgiens. Ces patients avaient des complications chirugicales suite à une augmentation mammaire par prothèse, suite à une abdominaloplastie (retrait d’un lambeau de graisse et de peau au niveau abdominal), suite à une réduction mammaire ou à un lifting de la tête et du cou. La majorité de ces patients avait été opérée en Europe de l’est (82) ou de l’ouest (66). Venait ensuite comme destination l’Asie pour 10% d’entre eux, l’afrique pour 5%, puis le moyen orient, ou l’amérique du nord.

Concernant les motifs de consultation, 64% des patients sont venus consulter un chirurgien plastique pour des soins de suivi classiques qui ne mettaient pas en cause leur pronostic vital et 26% parce qu’ils n’étaient pas satisfaits des résultats de la chirurgie esthétique pratiquée à l’étranger. Les deux tiers des patients ont été hospitalises et la grande majorité a nécessité une révision chirugicale programmée. Cependant 26% de patients soit plus de 50 patients sur les 215 de l’étude, ont nécessité une réopération en urgence et 8% ont nécessité l’utilisation intraveineuse d’antibiotiques du fait d’une infection sous-jacente.

Bien sûr, les auteurs reconnaissent que cette analyse n’est pas exhaustive. Ils n’ont interrogé que des chirugiens plastqiues, passant à côté des patients qui consulteront un médecin pour une phlébite, ou ne thrombose veineuse profonde, ou encore des équipes de chirrugiens généraux, maxillo-facial, ou ORL.

Il n’est pas question d’interdire aux patients qui le souhaitent de se rendre à l’étranger pour bénéficier d’une opération souhaitée, écrivent les auteurs en conclusion, cependant en pratiquant de la sorte, les patients s’empêchent de discuter en toute liberté de l’opération avec leur chirurgien, de ses bénéfices mais aussi de ces risques, avant de se rendre à l’étranger. Cela peut expliquer le nombre important patients insatisfaits des résultats (26%). Une fois sur place, il peut être difficile psychologiquement pour un patients qui finalement doute, de suspendre l’opération alors que le montant  incluant le déplacement, hospitalisation et l’opération est déjà payé. Il n’existe à ce jour aucun droit international régulant la protection de ceux pratiquant le tourisme medical. Il est donc recommandé à tout patient voulant se rendre à l’étranger pour une opération de chirurgie esthétique d’avoir au moins une consultation avec un chirugien plastique avant son depart, lui permettant d’être correctement informé des procédures réalisable ainsi que des risques qui y sont liés.

Par ailleurs, les patients doivent savoir que prendre l’avion n’est cliniquement pas anodin surtout lorsque l’on sort d’une opération chirrugicale : il y a une augmentation des risques de phlébite profonde avec potentiellement embolie pulmonaire. Chaque patient doit donc bénéficier d’un traitement préventif efficace.

En Angleterre, des recommandations ont été publiées pour informer les patients tentés par l’aventure chirugicale lowcost.

Source

Travelling abroad for aesthetic surgery : informing healthcare practitioners and providers while improving patient safety
Jeevan R, Birch J, Armstrong AP
J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2011 Feb;64(2):143-7. Epub 2010 May 11.

Crédit Photo Creative Commons by Ashutosh Khandha

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