dimanche 4 décembre 2016

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Rapports de l’ANSES : OUI, le bisphénol A doit disparaitre car il peut être toxique pour l’homme

Dans le cadre des travaux d’évaluation des risques liés au bisphénol A, l’Anses publie deux rapports : l’un relatif aux effets sanitaires du bisphénol A, l’autre à ses usages.

Depuis 2008, le bisphénol A a fait l’objet de nombreux travaux d’expertise et de la publication de différents avis de l’Agence (24 octobre et 21 novembre 2008, 7 juillet 2009, 29 janvier, 2 mars et 7 juin 2010).

Dans ce cadre, des recommandations ont été émises visant notamment à :
réduire les expositions au bisphénol A, en particulier des populations les plus sensibles (enfants, femmes enceintes),
– améliorer l’information des consommateurs par un étiquetage systématique des ustensiles et récipients ménagers en contact avec les aliments et contenant du bisphénol A afin d’éviter leur utilisation pour un chauffage excessif des aliments,
– mobiliser les industriels pour mettre au point des substituts du bisphénol A, dont l’innocuité serait démontrée, pour les usages alimentaires.

Les travaux d’expertise collective sur le bisphénol A sont menés depuis 2010 en mobilisant un groupe de travail d’experts français et étrangers sous l’égide du comité d’experts spécialisé « Évaluation des risques liés aux substances chimiques », en réponse à des demandes de la Direction générale de la santé (4 juin 2009), pour mener une expertise sur les risques sanitaires pour le consommateur liés à une exposition à des substances reprotoxiques et/ou des perturbateurs endocriniens présents dans des produits et/ou articles mis sur le marché, dont le bisphénol A ainsi que de la Direction générale de la prévention des risques (18 février 2010), pour mener une expertise sur le bisphénol A, et notamment identifier les usages, les expositions, les différents effets toxiques, au-delà des effets reprotoxiques et/ou liés à la perturbation endocrinienne, et évaluer la pertinence de réaliser une évaluation des risques sanitaires. La DGPR en outre demande d’identifier les substituts potentiels du bisphénol A et de caractériser leurs effets.

Les deux rapports totalisent près de 400 pages. Afin de compléter les données scientifiques publiées et recueillir les questionnements des acteurs concernés, des auditions de scientifiques reconnus au niveau national ou international ainsi que de différentes parties prenantes ont été réalisées et se poursuivent. Les questions abordées incluent la définition de la perturbation endocrinienne, la classification des substances concernées, la prise en compte des incertitudes (méthodes d’évaluation des effets, connaissance des expositions, …) ou encore les préoccupations en relation avec les composés chimiques suspectés de présenter un effet perturbateur endocrinien. L’analyse globale des contributions issues de ces auditions est en cours et sera finalisée ultérieurement.

Les experts confirment ces effets du bisphénol démontré sur l’animal ou/et sur l’homme (plus rarement par manque d’études). L’extrapolation des animaux à l’homme est toujours complexe, dépendant de nombreux facteurs. Cependant, les études animales constituent autant de signaux d’alertes. Voici l’ensemble des effets potentiels du bisphénol A sur les animaux et/ou sur l’homme :

Effets sur le système reproducteur mâle
– Altération de la production spermatique,
– Diminution des concentrations plasmatiques de testostérone,
– Modification du comportement sexuel.

Effets sur le système reproducteur femelle
– diminution du nombre d’ovocytes après stimulation ovarienne et altération de la qualité des ovocytes collectés,
– 
Augmentation de la survenue de kystes ovariens,
– Apparition d’hyperplasies de l’endomètre,
– Avancement de l’âge de la puberté lors d’expositions prénatale et post-natale,
– Effets sur l’axe hypothalamo-hypophysaire-gonadotrope due à une exposition in utero ou post-natale précoce entraînant des variations des taux dřhormones sexuelles et de l’expression des récepteurs de ces hormones.

Effets sur le développement cérébral
– Modifications du profil de neurodifférenciation,
– Des altérations des systèmes aminergique et glutamatergique,
– Des modifications de l’expression des récepteurs aux oestrogènes α et β,
– M
odifications du comportement maternel

Effets sur le métabolisme lipidique et glucidique et le système cardio-vasculaire
– Accroissement des pathologies cardiovasculaires (maladies coronariennes) et du diabète,
–  Augmentation de la lipidémie,
– Tendance à la surcharge pondérale.

Effets sur la thyroïde
– Antagoniste des hormones thyroïdiennes

Effets sur le système immunitaire
– induction d’un profil prédisposant à l’allergie

Effets sur l’intestin
– 
L’effet du BPA sur l’inflammation et la perméabilité intestinale est suspecté

Cancérogénécité
Accélération de la maturation architecturale de la glande mammaire à l’âge adulte
– Développement de lésions hyperplasiques intracanalaires
– Effet suspecté :augmentation de la susceptibilité des glandes mammaires à développer ultérieurement des tumeurs mammaires

Parallèlement, l’Agence a réalisé un important travail d’identification des usages des substances reprotoxiques et/ou potentiellement perturbatrices endocriniennes, en particulier du bisphénol A. Il a porté sur près d’une soixantaine de secteurs d’activité potentiellement utilisateurs de bisphénol A qui ont été identifiés : Le BPA est principalement utilisé en tant que monomère pour la fabrication de polycarbonates, polymères employés dans l’industrie du plastique pour fabriquer un très grand nombre d’objets courants tels que les DVD, les lunettes, les bouteilles plastiques, les toits et phares de voitures,…Le bisphénol A est également utilisé en tant que réactif dans la fabrication de résines, les plus courantes étant les résines époxydes. Celles-ci se retrouvent majoritairement dans les revêtements de containers utilisés en milieu marin, ainsi que dans le revêtement intérieur des canettes et boîtes de conserve, et les tickets de caisse des magasins. On le retrouve encore dans certains lubrifiants, des agents de traitement pour le resurfaçage du béton, et des formulant de fongicides.

Ces travaux concluent la première étape de l’expertise de l’Agence en réponse aux saisines. Ils se poursuivront en 2011 et au premier semestre 2012 afin de caractériser les expositions alimentaires ou environnementales au bisphénol A en fonction de ses usages et d’examiner la possibilité de conduire une évaluation des risques relative à cette substance.

Source

«Évaluation des risques liés aux substances chimiques » Groupe de Travail « Perturbateurs endocriniens et reprotoxiques de catégorie 3 »
Comité d’Experts Spécialisés, RAPPORT d’expertise collective
Septembre 2011

Rapports relatifs aux effets sanitaires et aux usages du bisphénol A
ANSES  septembre 2011 

Crédit Photo Creative Commons by flequi

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