samedi 3 décembre 2016

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Prescrits avec un anticoagulant, les antidépresseurs SSRI augmentent le risque de saignement

Les patients cardiaques recevant un anticoagulant, aspirine ou clopidogrel (ou les deux), en même temps qu’un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (SSRI) pour le traitement d’une dépression, sont exposés à un risque très accru de saignement selon une étude publié dans la revue médicale CMAJ (Canadian Medical Association Journal).

Prendre un anticoagulant après un infarctus est recommandé dans le but de réduire le risque de nouvel accident cardiaque. Il existe certes un risque de saignement, mais ce risque est compensé par le bénéfice apporté par l’anticoagulant en terme de prévention d’évènement cardiovasculaire récurent. Mais avoir un infarctus influe aussi sur le psychisme des patients et entraine chez un grand nombre d’entre eux une dépression : 20% des patients ayant un infarctus feront une dépression au décours. Nombreux sont alors ceux à qui est prescrit un antidépresseurs, souvent un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (SSRI).
Les SSRI comprennent, le citalopram, la fluoxétine , la fluvoxamine , l’escitalopram, la paroxetine, et la sertraline.

Déjà, lorsqu’ils sont prescrits seuls, ces antidépresseurs sont capables de provoquer des saignements, de part leur action antisérotoninergique, un effet secondaire souvent oublié. En effet les plaquettes sanguines relarguent de la sérotonine au niveau des sites de saignement des vaisseaux sanguins altérés, luttant normalement contre le risque de saignement : les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine vont à l’encontre de ce mécanisme physiologique. Prescrit en association avec un anticoagulant, ils pourraient accroitre le risque d’hémorragies mais aussi augmenter un saignement.

Les scientifiques canadiens ont inclus dans leur analyse 27 058 patients qui avaient fait un infarctus ; certains avaient en plus une insuffisance cardiaque, un diabète, une insuffisance rénale ou un cancer.
– 14 426 prenaient de l’aspirine,
– 2467 du clopidogrel,
– 9475 de l’aspirine et du clopidogrel,
–  406, de l’aspine et un antidépresseur SSRI,
– 239 de l’aspirine, du clopidogrel et un antidépresseur SSRI,
– 45 du clopidogrel et un antidépresseur SSRI

Un anticoagulant pris seul accroit déjà le risque de saignements : les scientifiques retrouvent ici un risque augmenté de 15% pour l’aspirine prise seule (en comparaison avec l’absence de prise d’aspirine), un risque identique pour le clopidogrel pris seul et un risque augmenté de 49% lorsque l’aspirine s’associe avec du clopidogrel.

Après ajustement avec tous les facteurs confondants, les scientifiques retrouvent que la prise d’un antidépresseur de type SSRI accroit encore le risque de saignements :

Le risque de saignements augmente de 42% lorsque un patient prend de l’aspirine et un antidépresseur SSRI comparé à la prise d’aspirine seule, ce risque augmente de 49% lorsque le patient prend de l’aspirine plus du clopidogrel avec un antidépresseur SSRI, en comparaison à de l’aspirine seule.

Le risque de saignements augmente de 57% lorsqu’un patient prend de l’aspirine et du clopidogrel plus un antidépresseur SSRI comparé à la prise d’aspirine et de clopidogrel.

Les résultats ne sont pas modifiés que l’on considère ou non dans les analyses les patients ayant déjà eu des saignements avant de prendre un antidépresseur, ou encore les patients prenant un inhibiteur de la pompe à proton. Le risque reste également le même quel que soit l’antidépresseur SSRI analysé, en particulier quel que soit l’affinité de chaque antidépresseur pour la sérotonine.

Les auteurs notent également que les risques retrouvés pourraient être sous-estimés puisque le pourcentage de patients ayant présenté un saignement dans leur analyse est plus faible que celui retrouvé dans l’étude ayant montré l’intérêt de l’association clopidogrel-aspirine (étude CURE), qui avait déjà exclu les patients à fort risque de saignements. 

Il faut donc dorénavant compter avec cette nouvelle information transmise par le CMAJ : associer un antidépresseur de type SSRI, un inhibiteur de la recapture de la sérotonine avec un anticoagulant, expose le patient à un nouveau risque, une augmentation considérable du risque de saignement, alors que les auteurs stipulent que «des analyses ayant investigué le risque de saignement associé avec des antidépresseurs autres que les antidépresseurs SSRI n’augmente pas le risque de saignement». Ils concluent que «les cliniciens doivent faire très attention lorsqu’ils prescrivent un antidéresseur SSRI à leur patient dépressif à la suite d’un infarctus du myocarde».

Source

Risk of bleeding associated with combined use of selective serotonin reuptake inhibitors and antiplatelet therapy following acute myocardial infarction
Christopher Labos, Kaberi Dasgupta, Hacene Nedjar, Gustavo Turecki, Elham Rahme
Canadian Medical Association Journal, September 26, 2011

Crédit Photo Creative Commons by Chris.Violette

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