Vendredi 1 août 2014

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Benzodiazépines et Alzheimer : les contre-vérités de la presse française

Déjà cent onze articles publiés sur internet au lendemain de la “révélation” d’une revue mensuelle, Sciences et Avenir, selon laquelle une “étude épidémiologique à paraître sur les anxiolytiques et les somnifères” montrerait qu’ils augmentent le risque de maladie d’Alzheimer. Une nouvelle fois, les journalistes français font preuve d’un zèle étrange à reprendre une accusation aussi grave et à la médiatiser tel quel. Que peut-on scientifiquement dire aujourd’hui de cette affirmation?

Qu’est-ce qu’une étude scientifique?

Il est utile tout d’abord de rappeler ce qui peut être considéré comme une étude scientifique. Afin d’éviter le grand n’importe quoi, un article scientifique doit être publié dans une revue médicale indexée. Cette indexation des revues n’est obtenue qu’après plusieurs mois ou années de publications, une fois constaté le sérieux de l’édition. Ses articles sont intégrés à des banques de données internationales tel que PubMed. Lorsqu’un scientifique veut soumettre les résultats de ses travaux, il écrit un article expliquant sa recherche, fait le bilan de ce qui a été déjà publié, explique l’objectif de sa démarche, décrit sa méthodologie, expose ses résultats, puis les autocritique en pointant leurs faiblesses. L’article est ensuite envoyé à une revue indexée qui le soumet à des relecteurs, en général des scientifiques faisant autorité dans le domaine concerné, qui vont critiquer les travaux présentés. Si l’article passe ce filtre, il pourra être publié avec les corrections ou ajouts demandés par les relecteurs. Il existe de nombreuses revues scientifiques dont la qualité est référencée par un facteur d’impact (IF), calculé chaque année par l’Institute for Scientific Information. La qualité d’un travail scientifique se jugera en partie par la revue qui a accepté de le publier. Ainsi, une étude publiée dans la revue américaine Nature (IF 31,5) ou New England Journal of Medicine (IF 35) fera autorité. Un article publié dans la revue médicale française “La Presse Médicale ” (IF 0,42), pourtant indéxée, mais ayant un facteur d’impact de 0,42 n’aura que peu d’impact scientifique. De très nombreux articles ne sont ainsi jamais publiés, par exemple du fait d’une méthodologie statistique dépassée, ou incomplète, de résultats non convaincants, etc, dans un seul but, éviter de publier “n’importe quoi”. C’est en publiant de nombreux travaux de qualité, qui sont repris par d’autres scientifiques, qu’une revue accroit son facteur d’impact.

Sciences et Avenir n’est pas une revue indexée, elle n’a aucun facteur d’impact, scientifiquement elle n’a aucune valeur. Si elle se met à publier des “travaux scientifiques”, ceux-ci prennent le risque d’être déconsidérés scientifiquement car, soit ils ont été rejetés par toutes les revues auxquelles ils ont été soumis, du fait de leur insuffisances, de leurs erreurs, ou de leur médiocrité, soit ils n’y ont même pas été soumis. Le premier réflexe lorqu’une étude est évoquée par un journaliste doit être, “où cette étude a t-elle été publiée“? Dans le cas qui nous occupe, il semblerait que l’étude n’ait pas encore été publiée dans une revue indexée ; elle serait, selon l’AFP “en attente de publication”. On peut dors et déjà affirmer aujourd’hui que tous les articles de presse liant benzodiazépine et Alzheimer ont été écrit SANS QUE L’ETUDE SOIT PUBLIEE, excusez du peu, donc sans que la source soit contrôlée. Même publiés dans un rapport officiel, gouvernemental ou autres, des résultats scientifiques qui n’ont pas été publiés dans une revue indexée, ne peuvent pas être considérés scientifiquement car ils n’ont bénéficié d’aucune critique. Publier des articles dans des revues indexées reste très complexe, et nécessite un travail sérieux et acharné ; Cela permet de connnaitre les scientifiques crédibles ; c’est aussi la seule manière de séparer le bon grain de l’ivraie, la seule manière de ne pas tomber dans l’obscurantisme scientifique et le dogmatisme.

Comment la presse française a t-elle traité l‘information?

On ne peut cependant pas empêcher à un scientifique français de tout tenter pour faire connaitre ses convictions. Certes, la démarche n’a rien de scientifique et ne trouvera probablement aucun écho dans les pays anglo-saxons habitués à plus de rigueur méthodologique, mais c’est ici l’exploitation journalistique qui est faite qui est intéressante puisque l’information est fournie au public sans aucun curseur, sans aucune critique, sans aucun doute, et “révélée” telle un nouvelle vérité, un nouveau dogme, destiné à conditionner les comportements, avec comme principal angle, la peur. 

Les articles de presse débutent le plus souvent par des conseils sur l’utilisation de médicaments délivrés sous prescription : «N’abusez plus des somnifères ou des tranquillisants», écrit à 07h00 le Parisien  (sous une photographie d’une boite de médicaments espagnole). Pour la journaliste Anne Le Hénaff (RTL), il faut se méfier des «anxioloytiques et des autres antidépresseurs». Les amalgales se font jour. Car L’étude” n’a pas évalué les antidépresseurs. Mais pour la journaliste Anne le Hénaf, anxiolytiques, antidépresseurs, ça joue sur le cerveau, c’est pareil. Arriverons ensuite, sous la plume d’autres journalistes les termes somnifères, tranquillisants, puis psychotropes, bref, l’ensemble de la pharmacopée à usage cérébral semble concernée et certains journalistes n’hésiteront pas à afficher des noms commerciaux de médicaments, illustrés des photographies des boites de médicaments.  Pourtant personne ne sait quels sont les noms des médicaments pris par les patients de “l’étude”. C’est également cet angle qui a été choisi par le mensuel Science et Avenir. Ethique?

Alors pourquoi, se méfier des benzodiazépines? Parce que «l’abus de tranquillisants augmente le risque d’Alzheimer» affirme le Parisien à 7h00 pour se reprendre  à 10h51 en intégrant un conditionnel «Anxiolytiques et somnifères augmenteraient le risque d’Alzheimer». Pour Europe 1, aucun doute, l’affirmation est de mise «Tranquillisants et somnifères favorisent Alzheimer», comme pour 20 minutes, comme d’ailleurs pour la revue Science et Avenir. Paris Match, résume l’attaque : “Selon une étude menée par les membres de l’unité de pharmacologie et d’épidémiologie de l’Université de Bordeaux, une utilisation prolongée de psychotropes accroitrait de 50% le risque de contracter la maladie d’Alzheimer.”

Pour accroitre un peu le stress des lecteurs et auditeurs, les journalistes ont leurs formules de prédilection : Pour RTL (Anne le Hénaff), ce sont “des résultats qui font froid dans le dos”, pour d’autres, on “tire le signal d’alarme”, on évoque une “maladie incurable”, nous serions face à “un désastre de grande ampleur” (Science et Avenir) ». Des victimes? Oui, des centaines de milliers : «16000 à 31000 cas de cette maladie incurable seraient liés aux médicaments Valium, Xanax ou encore Lexomil» écrit le Parisien, “16.000 à 31.000 cas d’Alzheimer seraient ainsi attribuables à ces traitements par benzodiazépines ou apparentés” accuse le Nouvel Observateur. Des coupables? Oui beaucoup! “Valium (Roche), Témesta (Biodim), Xanax (Pfizer), Lexomil (Roche), Stilnox (Sanofi), Mogadon (Meda Pharma), Tranxène (Sanofi) écrit le magazine dans son numéro d’octobre”  accuse encore les journalistes du Nouvel Observateur, indiquant courageusement que l’attaque provient de la revue Science et Avenir.

Nous avons donc des victimes, entre 16 000 et 31 000, et même les coupables sont connus. “La bombe est lâchée” écrit 20 minutes, “une vrai bombe” écrit Paris Match. C’est grâve Docteur? Pire! Parce que la France consomme «cinq à dix fois plus de somnifères (“hypnotiques”) et d’anxiolytiques que ses voisins européens» (AFP), “120 millions de boîtes sont vendues par an” (le Nouvel Obs). Les lecteurs de nos brillants journalistes “santé” des 111 journaux papiers et Web sont à point. La réthorique du complot industriel et de l’incapacité générale des autorités peut se mettre en place : « Les responsables sanitaires devraient sérieusement s’inquiéter» (le Parisien), « les décideurs n’ont pas l’air de le réaliser», (Le Parisien), « Huit études ont déjà été réalisées sur ce sujet auparavant, sans que personne n’en tienne compte», «les autorités doivent réagir», «Le problème était déjà évoqué en 2006 dans un rapport de l’Office parlementaire des politiques de santé sur les médicaments psychotropes. Depuis, il ne s’est strictement rien passé“, (AFP, Nouvel Obs…). Bref, un drame sanitaire se joue en coulisse, et tout le monde laisse faire, heureusement les journalistes sont là pour avertir les patients : “…des résultat suffisamment grâves pour que Science et Avenir avertisse ses lecteurs” lance même le revue éponime, parce que si on laissait faire les médecins…

On constate donc qu’à partir d’un seul article, lancé avec tapage par le mensuel Sciences et Avenir, l’information a été reprise immédiatement par l’ensemble de la presse française : au moins 111 journaux papiers, Web et TV, ont copiés et répétés, ce qui n’est, comme on le verra qu’un flot d’inexactitudes, de contre-vérités et d’approximations, avec pour unique objectif la volonté cynique d’inquiéter et de faire peur au plus grand nombre. Rappelons encore, c’est nécessaire, qu’à ce stade, PERSONNE N’A VU OU LU LA FAMEUSE “ETUDE A PARAITRE” montrant que les benzodiazépine augmenteraient le risque de maladie d’Alzheimer. Le Nouvel Observateur va pourtant jusqu’à faire témoigner un psychiatre Lyonnais qui n’a forcément pas pu lire l’étude mais qui déclare dans un article “ce qui est bien, c’est qu’il y a enfin une étude épidémiologique, sérieuse, qui permet de démontrer ce qui me paraissait une évidence“. 

Qu’écrit vraiment Sciences et Avenir ?
(La rédaction de Docbuzz a, à contre coeur, accepté de débloquer 4 euros de fond exceptionnel pour remonter à la source…).

La revue titre « EXCLUSIF: ces médicaments qui favorisent Alzheimer» : C’est un scoop, et c’est certain, la phrase est affirmative, courte et sèche. Un bon titre en kiosque pour accroitre les ventes.

On découvre tout d’abord l’auteur, Bernard Bégaud ; il fut auditionné par le sénat lors de l’écriture du rapport sur la gestion de la pandémie grippale, car B. Bégaud est pharmacologue et épidémiologiste (sauf pour Anne Le Henaff, sur RTL, pour qui  il est professeur de médecine, mais passons, quand on prend des anxiolytiques pour des antidépresseurs…). Ses titres et fonctions sont : «Fondateur et ancien président de l’université de Bordeaux-II, directeur de l’unité de recherches «pharmaco-épidémiologie et évaluation de l’impact des produits de santé sur les populations» de l’Inserm à Bordeaux.» Donc quelqu’un d’à priori sérieux qui semble être dans son domaine en parlant d’effet des médicaments sur les populations. Pubmed nous indique que son nom apparait dans plus de 70 publications internationales référencées.

Evidemment, contrairement aux affirmation de certains journalistes, “l’étude” n’est pas publiée dans Sciences et Avenir. La revue (n 776, octobre 2011) écrit “Le Professeur Bernard Begaud, pharmacologue et épidémiologiste à Bordeaux s’apprête à publier avant la fin de l’année une étude dont les résultats constituent une véritable bombe“. Un encart résume cependant ce que serait “l’étude”, le conditionnel reste de mise : à la lecture de l’encadré, on peut comprendre que “L’étude” aurait porté sur 3777 personnes âgées de plus de 65 ans, qui auraient pris des benzodiazépines pendant des durées allant de 2 à 10 ans. Ces patients proviennent en fait d’une étude dénommé PAQUID qui suivait 5500 personnes âgées vivant à domicile,  et qui avait pour objectif principal “l’étude du vieillissement cérébral normal et pathologique, et de la perte d’autonomie fonctionnelle après 65 ans”. L’étude PAQUID n’a donc pas été créée pour suivre l’effet des benzodiazépines ou d’autres médicaments sur la survenue de démence.

Au fait, des 3777 patients de l’étude, combien prenaient des benzodiazépines? B. Bégaud apporte quelques précisions dans le mensuel: “Nous sommes remontés plus de 15 ans en arrière en observant à nouveau les données concernant les 3777 sujets de la cohorte Paquid (…) puis en sélectionnant ceux dont on était certain qu’ils avaient débuté un traitement par benzodiazépines à une date précise pour la première fois sans (…) être atteint d’Alzheimer” (Sciences et Avenir p13). “On a retrouvé une association entre benzodiazépines et Alzheimer du même ordre que lors de la première étude, c’est à dire une majoration du risque de 50%“. La revue énonce un second résultat légèrement différent ensuite  : “une majoration du risque de 20% à 50%“.

Puisque le résultat de “l’étude à paraitre” est du même ordre que “la première étude”, c’est à partir de  cette “première étude”, réalisée également par le Pr Bégaud, que les journalistes de Sciences et Avenir extrapolent le nombre de “victimes potentielles” des benzodiazépines: “ainsi sur les 200 000 nouveaux cas d’Alzheimer recensés chaque année, 16 618 (majoration du risque de 20%), 30 951 (50%), voire 54 416 (doublement) serait attribuables aux BZP selon les projections réalisées par le Dr Rajaa Lagnaoui qui a mené l’une des études“. Cette extrapolation n’a évidemment aucune valeur scientifique, n’est publiée nul part ; elle sera pourtant diffusée et répétée par l’ensemble de la Presse.

Il est intéressant de s’attarder sur cette “Première étude” publiée en Mars 2002, il y a 9 ans, par l’équipe de B. Bégaud, Benzodiazepine use and risk of dementia: a nested case-control study (J Clin Epidemiol. 2002 Mar;55(3):314-8/IF=3,7). Cela va nous éclairer sur ce que pourrait être “l’étude à paraître” :

En effet, la population ayant servie de base à l’étude de 2002 était constituée de 3777 patients de 65 ans et plus (tiens, tiens). Sur cette population, 150 ont présenté une démence. Le fait de savoir si les patients avaient ou non pris des benzodiazépines a été receuilli en interviewant les patients. L’ajustement aux facteurs de risque a été fait pour le sexe, l’âge, le niveau éducatif, le célibat, la consommation de vin, l’histoire psychiatrique, et l’existence d’une dépression.

Plusieurs commentaires peuvent être faits :

- Il s’agit de diagnostics de démence et non pas de maladie d’Alzheimer (toutes les démences n’en sont pas),
- De 3777 patients annoncés, on passe à 150…(puis finalement à 14, à lire dans les commentaires NDLR)
- L’évaluation de la consommation de benzodiazépines a été faite à posteriori par une interview (les médecins qui voient de patients tous les jours et leur demandent quels traitements ils prennent, savent à quel point les réponses sont à ce niveau difficiles à obtenir et souvent loin de la réalité, encore plus chez des patients chez qui une démence est diagnostiquée. On peut imaginer le biais important que cela constitue en terme de type de molécule, de dose prescrite, de respect de la prescription, etc…
- Les facteurs de risques ajustés sont très insuffisants par rapport à ceux que l’on connait aujourd’hui : manquent les antécédents familiaux d’Alzheimer (5% à 7% des cas),  la présence du gène ApoE4 (50% des porteurs développent une démence), l’existence de maladies cardiovasculaires (les antécédents d’accidents vasculaires cérébraux, une hypertension..), l’existence d’un diabète de type 2, l’existence préalable d’une déficience cognitive légère (DCL).

C’est pourtant à partir de ces données, qui apparaissent aujourd’hui parcellaires, que les scientifiques de Bordeaux retrouvaient un risque de maladie d’Alzheimer augmenté jusqu’à 50% chez les patients qui avaient par le passé (former user) consommé des benzodiazépines (au total 14 patients); Par le passé, puisque l’étude ne retrouve pas de risque d’Alzheimer chez les consommateurs actuels de benzodiazépines (au moment où l’étude a été réalisée ; current user OR=1,0). Ce second résultat, pourtant important dans le contexte a été largement oublié par les journalistes de Sciences et Avenir.
- C’est par ailleurs probablement sur la base de ces 150 patients que la nouvelle “étude à paraître” a été réalisée.

D’autres études vont-elle dans le sens d’une incrimination des benzodiazépines?

Dans son interview, le Pr B Bégaud déclare dans la revue Sciences et Avenir, à la question “Quel enseignement tirer des résultats de votre étude?“, “Avec la nôtre, cela porte à neuf le nombre d’études qui ont été menées et dont la majorité va dans le sens d’une association entre la consommation au long cours de tranquillisants et de somnifères et la maladie d’Alzheimer“.

A la lecture de cette réponse, qu’imaginez-vous? Que nombreuse sont les études qui ont démontré ce risque? Ce n’est pas tout à fait la réalité. La revue Sciences et Avenir donne les références de ces huit études. On y relèvera de nouveau quelques confusions journalistiques puisque la même étude ( MJ, Int J Geriatr Psychiatry.  May;12(5):567-74) est citée deux fois,une première fois dans la rubrique “Celles qui avancent un effet protecteur” puis dans la rubrique “Celles qui concluent à un risque accru”. Informatif mais Passons. Que disent en substance ces études (les liens y conduisent)?

- Une étude de 1998 menée chez 2765 patients retrouve chez les utilisateurs de BZP plus d’erreurs aux test de mémorisation. Cela n’est pas retrouvé chez les anciens utilisateurs de BZP et aucun lien n’évalue l’existence ou l’apparition d’une démence,
- Une étude de 2003 menée chez 372 patients ne retrouve aucun effet des BZP chez les consommateurs actuels sur les tests de mémorisations,
-  Une étude de 1997 menée chez 1200 patients retrouve un risque moindre de troubles de la mémorisation chez les utilisateurs de BZP que chez les utilisateurs d’autres médicament psychotropes,
- Une étude de 1998 menée chez 668 patients suivis pendant 3 ans retrouve moins de risque de maladie d’Alzheimer chez les utilisateurs de BZP,
-  Une étude de 2002 menée chez 1176 patients nantais retrouve une altération des tests de mémorisation chez les consommateurs prolongés de BZP, mais pas chez les utilisateurs épisodiques, ou répétés (intervalle entre les prises). Aucun lien n’est fait avec la survenue de démence ou de maladie d’Alzheimer,
- Une étude de 2009 menée chez 779 taïwanais atteints d’une démence retrouvait chez ces patients une utilisation passée plus fréquente de BZP en comparaison avec des patients non atteints de démence.
- La dernière étude est celle de B. Bégaud de 2002, précédemment citée.

Conclusion :

1) Le travail des Journalistes de Sciences et Avenir se base sur l’interview d’un pharmacologue ayant mené en 2002 une étude sur 150 patients déments dont certains avaient pris dans leur passé des benzodiazépines. Ces données utilisées par les journalistes pour avancer l’hypothèse d’un lien entre benzodiazépines et maladie d’Alzheimer sont totalement insuffisantes. Les nouveaux calculs statistiques ayant pu être menés dans “l’étude à  paraître” ne renforcerons probablement pas les premières données. Elles sont à ce jour inconnues.

2) L’étude étant non publiée, les noms et doses des médicaments pris sont inconnus. Incriminer ces médicaments, pris par de milliers de patients sur prescription de leurs médecins, est totalement injustifé. Les journalistes insistent sur le fait que la durée de prescription de ces médicaments ne devraient pas dépasser deux semaines. Ces mêmes journalistes devraient aller faire un stage en service ou en consultation de cancérologie où des milliers de patients, souvent âgés, luttent quotidiennement contre la maladie et pour lesquels, inhiber un tant soi peu l’anxiété et la peur de la mort, est d’un bénéfice certain.

3) Aucune autre étude, au moins parmi celles décrites dans l’article, ne relie réellement la consommation de benzodiazépines à la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Scientifiquement, seule une étude prospective menée chez deux groupes de patients sains sans troubles cognitifs, l’un prenant pour des raisons médicalement justifiées, une benzodiazépine, et l’autre non, pourrait prouver indubitablement que les benzodiaszépines augmentent le risque de maladie d’Alzheimer, à la condition que le groupe prenant une benzodiazépine présente effectivement des troubles cognitifs statistiquement significatifs. A ce jour cette étude n’existe pas.

4) Les calculs amenant à 16 000 à 31 000 cas de maladie d’Alzheimer provoqués par les benzodiazépines ne sont qu’une extrapolation délirante heureusement statistiquement fausse.

5) Les journalistes écrivant ce type d’article qui va sans aucun doute déstabiliser des patients, paraissent inconscients des conséquences médicales qu’ils vont entrainer. Cette nuisance ne repose que sur la recherche d’un profit.

6) On ne peut être qu’atterré par cette vogue du Copier-Coller où, sans aucune vérification, des annonces dramatiques incriminant des médicaments, se trouvent reproduites dans des centaines d’articles. Combien pensent aux patients? Tous les articles, dans d’autres domaines que la médecine, sont-ils également écrits avec aussi peu de recherches?

7) “Ce qui me bouleverse, ce n’est pas que tu m’aies menti, c’est que désormais, je ne pourrai plus te croire“. Friedrich Nietzsche

Conclusion bis : Le Pr Bégaud lui-même, probablement dépassé par la volonté de nuissance des journalistes a tenté de corriger les informations publiées par Sciences et Avenir et reprises déjà par 111 journaux.

Selon le journal “Le Point“, “Le Pr Bégaud a critiqué jeudi la présentation de Sciences et Avenir qui titre “Ces médicaments qui favorisent Alzheimer”, en soulignant que ces projections étaient à mettre au conditionnel.”Il n’y a pas de lien de causalité directe démontré“, a-t-il dit sur France Info (dont les journalistes ont fait comme les autres NDLR). “Il n’a jamais été démontré qu’ils entraînaient directement Alzheimer.”

Huit autres études sur la question ont déjà été réalisées, dont certaines concluant à un possible lien entre la prise prolongée de psychotropes et le vieillissement cérébral : “Il y a un dossier potentiel, un doute, il faut absolument l’explorer”, mais “il faut rappeler aussi que ces médicaments sont utiles, voire indispensables, et surtout veiller à ne pas inquiéter les gens”, dit Bernard Bégaud. “Quand je vois le titre (du magazine), je me dis que quelqu’un qui voit ça va être terrorisé“, a-t-il commenté.

Ces commentaires confortent notre analyse.

Sources

RTL : Anne Le Hénaff | 29/09/2011 – 10h50 : Valium, Témesta, Xanax, Lexomil, Stilnox, Mogadon, Tranxène : ces médicaments pourraient bien augmenter le risque d’Alzheimer
RTL : Anne Le Hénaff | 28/09/2011 – 18h11D’après une étude française, de 15.000 à 30.000 cas d’Alzheimer seraient ainsi attribuables à un abus de tranquillisants et de somnifères

Anxiolytiques et somnifères favoriseraient la maladie d’Alzheimer
Le Parisien 29.09.2011, 10h51 

L’abus de tranquillisants augmente le risque d’Alzheimer
Le Parisien
 29.09.2011, 07h00

Tranquillisants et somnifères favorisent Alzheimer
Europe 1  Par Rémi Duchemin et Mélanie Gomez
Publié le 29 septembre 2011 à 00h26Mis à jour le 29 septembre 2011 à 10h55

Valium, Lexomil, Xanax… La maladie d’Alzheimer favorisée par des médicaments
20 minutes Créé le 28/09/2011 à 19h28 — Mis à jour le 28/09/2011 à 19h30

EXCLUSIF: ces médicaments qui favorisent Alzheimer
Science et Avenir 28-09-11 à 17:00

L’abus de tranquillisants et somnifères augmenterait le risque d’Alzheimer
Libération 28 septembre à 19h41

 

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