Mercredi 26 novembre 2014

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Sauna : y-a t-il des risques pour le coeur?

Le sauna est pratiqué en Finlande de puis plus de 2000 ans : on estime que 70% des petits finlandais on déjà fait un sauna avant l’âge de 1 an. Dans un sauna, la nudité est la norme pour les garçons comme pour les filles. Le sauna devient de plus en plus populaire à travers le monde. L’exposition à une température allant de 70° à 100°, qui peut être suivie pour certains aimant la tradition, par des bains froids. On considérait encore souvent que la sauna est une activité à exclure pour les patients ayant une pathologie cardiaque, hypertension artérielle, maladie coronaire, ou insuffisance cardiaque. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Dans un sauna, il fait chaud. La température optimale est de 80° à 90° au niveau du visage, et de 30° au niveau des pieds. L’air reste sec avec un taux d’humidité de seulement 10% à 20% qui peut augmenter temporairement lorsque de l’eau est déposée sur les pierres volcaniques chauffées. L’exposition à cette ambiance se fait par des séquences de 5 à 20 minutes entrecoupées de bains froids. Une hydratation est nécessaire pour compenser les pertes hydriques liés à l’hypersudation.
Au cours d’un  sauna, la température de la peau monte rapidement à 40 ° et s’accompagne d’un perte hydrique importante estimée entre 0,5 et 1 litre d’eau. Le flux sanguin cutané augmente. Le rythme cardiaque et le débit cardiaque s’accroissent. Les modifications de la pression artérielle sont variables. A l’inverse, l’exposition à au bain glacé ou seulement au froid, à la sortie du sauna, va stimuler le système nerveux sympathique entraînant une vasoconstriction cutanée, une réduction du rythme et du débit cardiaque et une augmentation de la pression artérielle. La température cutanée chute à 33° mais la température centrale reste elle plus stable.
Des modifications hormonales entraînent une rétention hydrique : la perte de sel et la baisse du volume sanguin lié à la perte d’eau stimule le système rénine angiotensine. La fréquence respiratoire s’élève mais l’amplitude respiratoire diminue. Cependant il y a une amélioration de la ventilation pulmonaire de l’ordre de 10%, régressive à l’arrêt du sauna.

Contrairement à ce qui est souvent répété, les patients ayant des pathologies cardiaques ne sont pas forcément interdits de sauna. Les études montrent que des patients insuffisants cardiaques, hypertendus ou ayant fait un infarctus, correctement traités, peuvent pratiquer le sauna sans risque. Une étude évaluant 69 patients après un infarctus, en comparaison à 32 patients sans pathologie cardiaque a montré que 4 à 6 semaines après l’infarctus, le sauna pouvait être bien toléré : ainsi, alors que 18% des patients faisaient une dysrythmie lors d’un exercice physique, elles n’apparaissaient que chez 8% d’entre eux lorsqu’il faisaient un sauna. Une autre comparaison entre exercice physique et sauna a été réalisée dans une autre étude chez 117 patients après un infarctus. Alors que 60% des patients ressentaient une douleur thoracique à l’effort lors de l’exercice, une telle douleur n’a été ressentie que par 1 patient au cours d’un sauna. En fait, la nécessité d’un apport plus important d’oxygène au cœur au cours d’un sauna reste inférieure au besoin en oxygène au cours d’un exercice physique ou même d’un stress émotionnel. Même l’imagerie a confirmé ce fait : les défauts de perfusion cardiaque visibles à la scintigraphie sont plus nombreux lors d’un effort physique que lors d’un sauna.

Des études japonaises ont évalué le sauna local (t=60°, les amateurs transpirent plus à cette température) chez des insuffisants cardiaques. Elles retrouvent que les patients insuffisants cardiaques qui pratiquent le sauna subissent moins de contractions ventriculaires prématurées et que leur BNP (un marqueur biochimique de la dilatation du ventricule gauche du cœur) s’abaisse, ce qui est un signe biochimique d’amélioration. Les patients allaient également mieux cliniquement (stade NYHA amélioré). D’autres études ont noté des bénéfices chez les patients insuffisants cardiaques mais il est important de noter que toutes ces études incluaient peu de patients et sur des durées courtes ; leur intérêt réside cependant dans le fait qu’elles ne montrent pas d’effet néfaste évident du sauna chez des patients ayant un histoire cardiaque.

Quels peuvent être les risques ?

Le risque le plus grave est la mort subite qui peut survenir au cours d’un sauna ou dans les 24 heures qui suivent, le plus souvent conséquence d’une maladie cardiovasculaire ignorée. En Finlande, sur 6175 décès enregistrés, 102 personnes avaient fait un sauna dans les 24 heures qui précédait leur décès : 33% étaient secondaires à un décès accidentel liés à la consommation d’alcool ou à une noyade dans l’eau froide. La plus grande partie des accidents cardiaques étaient des infarctus dans un contexte d’alcoolisation. Dans une étude suivant 12 310 finlandais, 77 décès d’origine coronaire étaient survenus sur 6 ans dont 2 étaient survenus dans un sauna. En suède, autre pays du sauna, sur une période de 11 ans, 77 décès étaient survenus au cours d’un sauna, dont 23% avaient une origine cardiovasculaire. Les autres décès étaient liés à l’alcool, à une intoxication au monoxyde de carbone, aux amphétamines ou à des brulures..

Le sauna reste contre-indiqué en cas de sténose aortique, d’angor instable, d’infarctus récent. Les arythmies cardiaques et l’insuffisance cardiaque sont des contre-indications relatives, à évaluer au cas par cas avec l’aide du cardiologue. Un antécédent d’accident vasculaire cérébral non stabilisé fera éviter le sauna et les patients ayant des hypotensions orthostatiques feront attention en particulier en sortant du sauna. La consommation d’alcool au cours d’un sauna expose à l’hypotension, favorise les arythmies, la mort subite et les hyperthermies. Elle n’est donc pas sans risque.

Ainsi, si le sauna ne présente que peu de risque pour toute la famille (on fera attention aux intoxications au monoxyde d’azote et à l’alcool), les patients ayant des pathologies cardiaques contrôlées, stables et bien traitées peuvent aussi en profiter. Son intérêt dans l’insuffisance cardiaque reste à être démontrer par des études convaincantes.

Source

Sauna : bénéfice et risque cardiovasculaires
Nicolas Kluger
La Presse Médicale 2011: on line

Crédit Photo Creative Commons by thomaswanhoff

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