mardi 27 septembre 2016

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Trouble psychosocial : le désespoir au travail

Les troubles psychosociaux liés au travail sont en hausse depuis dix ans et apparaissent dorénavant, selon un  rapport  récent de l’ANSES en date du 4 octobre 2011,  en deuxième position des pathologies professionnelles, à concurrence de 22% de ces pathologies liées au travail. Cette augmentation des dépressions, du stress, ou de la violences liés à l’activité professionnelle touche aussi bien les hommes que les femmes.

Un article publié en 2011 dans une revue Française, l’Evolution Psychiatrique, écrit par une psychanalyste, “Les descriptions du désespoir au travail”, témoigne de la violence au travail au sein de banques françaises.

La prise en compte du stress ou de la maltraitance au travail ou encore du harcèlement moral est récente. La description de pratiques délétères sur les lieux de l’activité professionnelle entre dans l’espace public en 1998 avec la description du harcèlement moral rebaptisé ensuite en “situation à risque psychosociaux”. L’auteur présente 3 cas de patients travaillant dans des banques. Nous sommes en 2009, au début de la crise financière impliquant la faillite d’une banque américaine qui eu de multiples répercussions mondiales. Les banques et leurs pratiques sont montrées du doigt. Un article du journal Le Monde du 25 février 2009 témoigne de cette violence verbale que commenceraient à rencontrer les personnels des banques. Mais c’est surtout  l’intérieur même des banque que la situation semble évoluer dans le mauvais sens.

La psychanalyste présente le premier cas, une femme directrice d’agence qu’une restructuration va ramener au poste d’attachée commerciale. La patiente présente des troubles anxieux et dépressifs, dort mal, est irritable et a des idées suicidaires. Extraits : Sa hiérarchie “veut la faire changer de poste”, “pour me rapprocher de chez moi” témoigne t-elle, “tout ça au téléphone”, “ça fait trente ans que je suis dans la boite”, “attaché commerciale, c’est dur”, “C’est simple, les objectifs c’est cinq rendez-vous par jour avec trois ventes de produits par clients, c’est infaisable”, “Déjà humainement parlant, les crédits revolving, les assurances-vie, en deux ans les clients sont ratatinés, signalés à la banque de France”. Elle décrit ensuite la manière dont, en tant que directrice, elle vivait les résultats de ses propres attachés commerciaux (extraits) “Il n’ont jamais pu faire leur chiffres”, “J’en ai un qui a fait un infarctus devant tout le monde “, “il ne vendait rien, alors il achetait lui-même les produits pour faire son chiffre”, “personne ne tenait ses objectifs”, “Comment ils veulent que je remplisse les objectifs de la banque avec ces abrutis”, “je refuse de faire ce boulot”.

La seconde patiente témoignant de sa souffrance au travail, évoque son chef et la violence au travail, sa participation à un système qu’elle réprouve mais auquel elle participe, extraits : “Je me suis effondré dans son bureau en pleurant”, “il est cassant, froid, je n’en peux plus”,”il dit qu’il n’a pas besoin d’un chef qui pleure”, “je suis cadre depuis six mois, c’est dur”. Elle même dirige 10 autres personnes, des attachés commerciaux : “je ne peux pas leur demander ce qu’il exige, c’est impossible à réaliser, les objectifs sont invraisemblables”, “le boulot est dur, c’est un service contentieux”, “toute la journée avec des RMIstes, des paumés”, “on voit défiler toute la misère du monde”, “on les reçoit plus dans un bureau, il y avait trop de violence”, “Maintenant…on appelle avec un numéro masqué, on donne un faux prénom pour qu’ils ne puissent plus nous retrouver”, “on les essore en fait ; au guichet, ils leur vendent n’importe quoi, ils placent des trucs dans la conversation, ils les font signer en sortant et hop, ils se retrouvent avec une assurance-vie, un crédit à la consommation, une autorisation de découvert énorme”.

Elle vit également difficilement les relations avec l’autre équipe avec laquelle la sienne est en concurrence et en particulier avec leur cheffe : “elle me cherche des noises, sans arrêt, il faut aussi supporter ça”, “une seule cheffe suffirait, on le sait bien, alors elle me met des bâtons dans les roues. en plus, elle, elle a couché avec le chef et elle l’a plaqué”, “il a plus de 50 ans”, ‘il pourrait bien se trouver viré avant la retraite”.

Le troisième, un homme, a a fait toute sa carrière dans la banque, mais à 50 ans, toutes ses illusions se sont envolées, extraits : “Je me suis fait tout seul, mon père était ouvrier, ma mère faisait des ménages”, “directeur de service financier, c’était la réussite, “j’avais la niaque”, mais “quand je me retourne, je vois que j’ai bossé comme un con”, “depuis 20 ans, on a déménagé sans cesse, “je rentrais à 20h ou 21 h”, “on vivait pour la banque”, “et puis je suis passé de numéro 1 à numéro 2 quand on s’est fait racheté”, “maintenant je suis en surnombre”, “j’ai peur de l’avenir”, “j’avais un logement de fonction mais  ils ont perdu 15 milliards de dollars avec la crise, alors ils le vendent. “Je me retrouve dehors”. Depuis le rachat de sa banque par un groupe étranger, le travail a changé, “ils nous mettent une pression folle”, “je ne trouve plus d’intérêt à ce travail. On est là pour tondre le client”, “la valeur de l’action a triplé dans les trois derniers mois? Ca ne repose sur rien, c’est du vent…”, “plus rien ne m’intéresse”.

Source

Les descriptions du désespoir au travail
Lise Gaignard
L’évolution Psychiatrique 76 (2011) 177)-186

Crédit Photo Creative Commons by david roessli

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