samedi 3 décembre 2016

Docbuzz

Retrouvez Docbuzz sur Twitter

Docbuzz est aussi sur Facebook

Face à la crise, la santé des Grecs chancelle

De nombreux laboratoires pharmaceutiques ont décidé de suspendre leurs livraisons de médicaments aux hôpitaux grecs, suite à l’absence de payement des factures depuis plusieurs années.  Severin Schwan, PDG du groupe Suisse Roche a fait savoir au cours d’une interview au Wall Street Journal, que son laboratoire a par exemple cessé de fournir en anticancéreux plusieurs hôpitaux publiques grecs. La même décision risque d’être prise en Espagne. S’ils veulent être soigner, les patients atteints d’un cancer doivent donc payer les médicaments de leur poche. Le laboratoire Novo Nordisk a cessé de livrer certains types d’insuline et en juin dernier, et le laboratoire Leo Pharma a arrêté de distribuer deux de ses médicaments (un anticoagulant et un traitement contre le psoriasis). Le montant total de la dette des hôpitaux grecs est estimée à 8 milliards d’euros.

Il est donc évident que la santé de grecs va souffrir des restrictions économiques et des mauvaises gestions antérieures. Une altération de la santé du peuple grec liée à la crise, c’est d’ailleurs ce que montre un article du Lancet publié cette semaine.

En Grèce, depuis le début de la crise en 2007, le chômage a explosé, passant de 6,6% en mai 2008 à 16,6% en mai 2011 : 40% des plus jeunes sont au chômage, 8% des emplois industriels ont été détruits et la dette du pays atteint 142% du PIB

La proportion des grecs renonçant à aller chez le médecin a augmenté de 15%, et de 14% pour les soins dentaires ; la raison principale n’est pas une impossibilité de financer ces soins mais l’allongement des files d’attentes. Depuis qu’il est obligatoire pour les patients bénéficiant du système de santé publique de passer d’abord par un médecin généraliste en payant entre 0 et 5 euros la consultation, avant d’être mis sur une liste d’attente pour bénéficier de soins, l’accès à ces soins a été réduit, reflétant une réduction des capacités des hôpitaux : Les budgets hospitaliers ont été réduits de 40%, les personnels hospitaliers manquent, des ruptures de stock de médicaments sont constatés. Et alors que la capacité de consulter un médecin généraliste a été considérablement réduite, le nombre d’hospitalisations a augmenté de 24% entre 2009 et 2010, avec une hausse de 8% pour le seul premier trimestre de l’année 2011. Dans le même temps, les hospitalisations dans les hôpitaux privés ont chuté de 25 à 30%.

Face à la crise, la santé des grecs chancelle : le sentiment d’être en mauvaise ou très mauvaise santé à augmenté de 14%, les suicides ont augmenté de 17% entre 2007 et 2009, et le ministère de la santé rapporte une explosion de 40% des suicides sur les 6 premiers mois de 2011. La principale raison serait une incapacité à faire face à ses dettes.

Le taux d’infections s’accroit également : le nombre de contaminations par le HIV aurait cru de 52% entre 2010 et 2011 (922 nouveaux cas contre 605) touchant particulièrement les utilisateurs de drogues injectables. Dans cette population à risques, le taux d’infections aurait été multiplié par 10 sur le début de l’année 2011 en comparaison avec l’année précédente. Suite aux coupes budgétaires, un tiers des programmes de rues, destinés à venir en aide aux personnes dépendantes des drogues, ont été abandonnés. L’accroissement de la contamination par le HIV serait également lié à la prostitution : un rapport non officiel décrit des cas de contaminations volontaires par le HIV dans le seul objectif de bénéficier de l’allocation mensuelle de 700 euros et d’un accès aux drogues de substitution du type méthadone.

Des cliniques de rues, antérieurement destinées aux immigrants, mises en place par des ONG, sont dorénavant de plus en plus utilisées par les grecs : la proportion de citoyens grecs y demandant des soins est passée de 3-4% à plus de 30% selon un rapport de Médecin du Monde.

La crise aurait cependant quelques effets bénéfiques : selon des rapports de police, l’alcoolisme a reculé ainsi que les interpellations pour alcoolisme au volant.

Cette vision de la santé en Grèce reste évidemment incomplète mais montre que lorsque qu’un pays doit faire des efforts considérables pour réduire son endettement, les plus pauvres en payent le prix : ils perdent leur accès aux soins, la prévention disparait, le risque de maladies transmissibles telles que le HIV ou d’autres MST, augmente. “Une attention plus importante à la santé et aux soins médicaux est nécessaire afin de s’assurer que la crise grecque ne détruise pas l’ultime richesse du pays, son peuple“, concluent les auteurs de l’article.

Face à ces constats, rappelons-nous qu’en France, que l’accès aux soins a également été réduit, que les budgets de nos hôpitaux décroissent régulièrement, que le personnel manque, que les ruptures de stocks de médicaments sont apparues, et que la dette du pays ne fait, elle, que croitre. La Grèce ne sera peut-être plus un cas isolé en Europe dans peu de temps.

Source

Health effects of financial crisis: omens of a Greek tragedy
Alexander Kentikelenis, Marina Karanikolos, Irene Papanicolas, Sanjay Basu, Martin McKee, *David Stuckler
The Lancet journals ahead of print publication.

Les hôpitaux grecs privés de médicaments
ALuis Doncel, R. Méndez
El Pais 26 septembre 2011

Crédit Photo Creative Commons by mkhalili

Articles sur le même sujet