samedi 3 décembre 2016

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“Les origines du Sida”

Le sida aurait pu ne jamais exister. Il aura fallut d’incroyables concours de circonstances et de compromissions pour en arriver à la plus vaste pandémie que le monde ait jamais connu, faisant 62 millions de victimes décédées ou encore en vie, depuis sa reconnaissance au cours des années 1980.

Nous sommes en Afrique, il y a 90 ans, dans une zone contrôlée en partie par la France et pour l’autre par la Belgique, en un lieu proche de la rivière Sanaga et de la rivière Congo. Au début de l’histoire, il n’y a que quelques singes et chimpanzés, quelques prostituées, des bouchers-chasseurs, des seringues en verre et un tonton Macoute trafiquant de plasma, des médecins coloniaux pétris de bonté et quelques hauts fonctionnaires haïtiens. Ces quelques acteurs, vont changer le cours de l’histoire. Cette histoire, c’est celle que raconte dans son ouvrage ‘The Origins of Aids” (édition Cambridge University Press), le Dr Pépin, un spécialiste des maladies infectieuses qui travaille actuellement au Québec à l’université de Sherbrooke.
Le Dr. Jacques Pépin connait bien le virus du sida, depuis ses débuts. Il en a vu et étudié les effets sur ses patients africains, il en a suivi les publications, et l’à pisté à rebours remontant à travers les archives coloniales la piste d’éventuels facteurs amplificateurs. Jaques Pépin démontre comment au début du XXe siècle, la politique coloniale de la France et de la Belgique permettent à un virus qui infectait tranquillement une petite tribu de chimpanzés, de se transmettre d’abord à quelques chasseurs de brousses pour parvenir en moins de 100 ans jusqu’aux bars gay de San Francisco, grâce, il est vrai à quelques facteurs d’amplifications : une campagne d’éradication de brousse, un quartier de prostitution, un centre de traitement du plasma en Haïti, et enfin le tourisme sexuel gay.

Dans les années 1980, Jacques Pépin travaillait à Nioki, l’ex Congo Belge des aventures de Tintin, devenu depuis la République Démocratique du Congo après avoir été un temps, le Zaire. Là, il traque la maladie du sommeil. Et c’est ce travail en Afrique qui, des années plus tard, lui a fourni les pistes à explorer : lui-même, alors qu’il vaccinait ou prélevait du sang à des patients africains utilisait une seringue en verre, qu’il aurait du régulièrement stériliser. Mais la stérilisation était électrique et le courant capricieux. Evidemment, il a pu contaminer certain de ses patients. Et plus tard, alors qu’il travaillait en Guinée Bissau, il a pu constater que le second virus du Sida, le HIV2 circulait énormément, et de nombreuses patients porteurs de ce virus étaient âgées. Si les jeunes, contaminés mourraient, comment d’aussi nombreuses personnes  âgées avaient-elles pu être contaminées? Il y avait donc d’autres voies de transmission que le sexe. Le coupable probable? Les colonisateurs blancs, des docteurs Schweitzer qui ont transformé l’Afrique en terrain de jeux de la vaccination à la seringue unique, une aiguille pour des milliers de braves indigènes. Il était important de leur apporter les progrès médicaux de notre civilisation. Dans les années 1960, les vaccins contre la lèpre, la syphilis, le pian, et toutes les autres injections possibles et imaginables leurs sont infligés, comme des antibiotiques ou des vitamines.

En 2005, Pépin démontre dans une étude que les africains de plus de 55 ans qui ont eu de nombreuses injections dans leur enfance ou qui ont été circoncis par une lame commune sont plus fréquemment infecté par l’hépatite C et le virus HTLV, un virus simiesque qui infecte les cellules CD4 comme le sida mais quei ne cause pas (par chance) de maladie chez l’homme.
Autre piste dont le suivi a apporté des résultats est celle des tissus et du sang provenant de patients africains, congelés dans des hôpitaux en Europe qui permettent de remonter jusque dans les années 1950. Ce sang, qui contient des sous-types de virus HIV permettent de tracer une carte extrêmement complexe des sous-types du virus HIV infectant l’homme, le virus petit à petit devenant de plus en plus agressif. Par exemple en Afrique du sud, les noirs et les blancs sont contaminés par un sous-type différente du virus HIV, ce qui est logique : “les blancs homosexuels ont rarement des rapports sexuels avec des hétérosexuels zoulous” précise le Dr Pépin. A chacun son virus : c’est le virus des homosexuels blancs d’Afrique du sud qui est aussi celui retrouvés chez les homosexuels européens et américains.

L’ancêtre du virus du sida est le virus d’un chimpanzé nommé pan troglodyte troglodyte, qui vit entre la rivière Sanaga et la rivière Congo ; ce virus est né d’un mélange de virus qui infectaient le mangabey et la guenon à moustache.
Dans leur milieu naturel, 6% des singes troglodytes sont infectés. Au sein d’une tribu, chaque femelle copule avec de nombreux mâles, mais ces copulations se font rarement avec les plus faibles, les singes infectés ne contaminaient jamais le groupe dans son ensemble.
Le HIV 1 possède 4 groupes génétiques, le groupe M,N,O et P montrant qu’à 4 reprises le virus HIV1 est passé du chimpanzé à l’homme. Pourtant le groupe M représente 99% des virus contaminant l’être humain ; Pourquoi un des 4 groupes à disséminé autant et jamais les autres?

L’horloge moléculaire nous indique avec précision que le HIV1 du groupe M a rencontré l’homme en 1921. A cette date les fusils étaient du côté des blancs et les lances n’atteignaient jamais des chimpanzés trop agiles. Des bouchers-chasseurs prélevaient déjà à cette époque de la viande de brousse. En évaluant le nombre de ces bouchers-chasseurs décédés et le taux d’infection chez les infirmières contaminées par des seringues souillées, le Dr Pépin évalue qu’en 1920, 1350 bouchers-chasseurs avaient été en contact avec du sang de singe troglodyte. Avec 6% de singes contaminés, moins de 80 bouchers-chasseurs auraient pu être en contact avec le virus des troglodytes, et sur ceux-ci,  moins de 4% ont pu être contaminés définitivement par le virus, ce qui laisse 3 bouchers-chasseurs infectés dans les années 1920.
La voie de contamination sexuelle est alors possible mais peut-on passer par voie sexuelle seulement de 3 à des millions aujourd’hui? Non, en plus la voie sexuelle est capricieuse. L’infection n’est “heureusement” pas la règles, des couples dont un des deux est contaminé par le HIV, ont eu des rapport sexueles pendant des mois sans que le partenaire ne soit contaminé (mettez quand même des préservatifs à CHAQUE fois NDLR). Trop aléatoire pour le Dr Pépin. En revanche, la voie sanguine elle, pardonne peu , elle est 10 fois plus efficace que la voie sexuelle.
Les années 1920 voient l’apparition d’une invention qui va permettre au virus de diffuser plus qu’il ne l’aurait espérer, la seringue en verre. C’est le moment pour les puissances coloniales d’éclairer de leur supériorité leurs territoires africains et de débuter de vastes campagnes de vaccination : un africain à cette époque pouvait recevoir jusqu’à 300 injections au cours de sa vie, largement suffisant pour le virus pour atteindre l’ensemble du continent.
Ainsi de quelques bouchers-chasseurs, le virus du groupe M a pu diffuser allentour. Il lui manquait quelques caisses de raisonnances. Elles étaient toutes proches, Leopoldville (Kinshasa) du côté Belge, et Brazzaville du côté Français. C’est là que les premier échantilons sanguins congelès en 1959 témoignent déjà d’hommes contaminés par le virus du sida.
Ces deux avant-postes au bord d’une rivière n’étaient pas les villes grouillantes que l’ont connait aiujourd’hui. Les sujets noirs ne pouvaient y entrer que s’ils avaient un travail et les femmes noires qui vivaient dans ces villes étaient des “femmes-libres” qui avaient fui la polygamie campagnarde pour tomber en ville dans la prostitution : elles vivaient à leur compte, entretenues par 3 ou 4 clients. Les autorités toléraient.
Ces femmes libres avient peu de partenaires, le virus ne pouvait exploser, cependant quelques épidémies d’hépatites sont notées, un occasion dans les cliniques qui reçoivent ces femmes libres de leur faires quelques injections de pénicilline.
Dans les années 1960, tout change . Les drapeaux de l’indépendance se hissent, la pauvreté explose. Des bars de prostitués se montent rapidement dans les 2 villes : des femmes sont obligées à plus de 1000 passes par an. Les traitements des maladies vénériennes ont disparus. C’est dans ce milieu de la prostitution que l’explosion virale a lieu 10 ans plus tard : Un exemple, en 1981, 5% des prostituées de Nairobi sont contaminées, et seulement 3 ans plus tard, elles sont 82 %. L prostitution a bien joué un rôle amplificateur au niveau local.

Les autorités belges au Congo n’ont jamais voulu d’une élite noire. Au cours de la période de colonisation par la Belgique seulement 20 congolais noirs obtiennent un diplôme universitaire. Pour remplir ce vide d’élite, les Nations Unis envoient sur place des Haïtiens ; 4500 répondent à l’appel de l’ONU. Ils parlent français, sont noirs, éduqués, parfaits pour le Congo.
Du groupe M de virus HIV, il existe deux sous groupes principaux, le sous groupe A et le sous groupe K.
L’épidémie de HIV qui va frapper Haïti est un virus du groupe M certes, mais un sous groupe B, qui représente moins de 1% des cas de contamination en Afrique centrale. Cela suggère à nouveau qu’un facteur amplificateur est intervenu entre l’Afrique centrale et Haïti. L’horloge moléculaire du virus HIV indique que la traversée de l’atlantique vers Haïti s’est faite en 1966.

Encore une fois, pour que le virus s’assure un expansion rapide en Haïti, le sexe ne peut être la cause invoquée. Un autre facteur est intervenu. Pour le Dr Pépin, le coupable est le centre de plasma “Hemo-Caribbean” de Port-au-Prince qui a opéré entre 1971 et 1972, avec un degré d’hygiène connu pour être des plus faibles.
Les centres de traitements sanguin ont fait la preuve de leur culpabilité dans la dissémination du virus HIV, au Mexique, en France, en Espagne, en Inde sans oublier la Chine où 250 000 paysans ont été contaminés.
Un des propriétaires du centre “Hemo-Caribbean” est Luckner Cambronne, le leader des redoutés Tontons Macoutes, la police secrète d’Haïti à cette époque. Il a un surnom, le “Vampire des Caraïbes,” parce que Mr. Cambronne, a saigné des milliers de paysans payés 3 dollars par jour pour obtenir 6000 litres de sang qu’il exportait chaque mois…aux Etats-Unis à New York.

Haïti était aussi une des destinations favorites des homosexuels américains adeptes du tourisme sexuel ; de nombreux locaux acceptaient les faveurs pécuniaires des jeunes blancs gays américains. Dès le début des années 1980, le sous groupe B du virus tuait à la fois des américains homosexuels et des américains hémophiles , il avait réussi à rentre dans les deux voies de transmission, le sang et le sexe. L’explosion mondiale du HIV pouvait débuter.

Source


The Origins of Aids

Jacques Pépin
Cambridge University Press
Octobre 2011

Chimp to Man to History Books: The Path of AIDSDONALD G. McNEIL Jr.
October 17, 2011

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