jeudi 29 septembre 2016

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Mystère, Meurtre et Médecine : la mort mystérieuse de Jane Stanford

Il est rare qu’un fondateur d’une des grande institution du savoir mondial soit délibérément empoisonné à la strychnine mais c’est ce qui semble avoir été le sort de Jane Stanford, femme à la tête d’une fortune considérable, qui cofonda l’université éponyme.

L’université Stanford est fondée à la fin du xixe siècle par Leland Stanford et son épouse Jane en hommage à leur enfant Leland Stanford décédé de la fièvre typhoïde en 1884 à 16 ans. Leland Stanford, homme politique Californien, avait fait fortune dans les chemins de fer. L’université qui couvre 32 km2 fut fondé à l’emplacement d’une ferme, la Palo Alto Stock Farm, au coeur de la Silicon Valley. Elle accueille ses premiers étudiants le 1er octobre 1891. Les fondateurs d’HP, William Hewlett et David Packard, y ont étudié ainsi que les fondateurs de Google Sergey Brin et Larry Page, les fondateurs de Yahoo David Filo et Jerry Yang.ou encore Vinton Cerf, un des fondateur de l’internet, coauteur du protocole TCP/IP.

C’est à San Francisco qu’a lieu la première tentative d’empoisonnement sur Jane Stanford : quelqu’un versa de la strychnine dans son verre d’eau minérale. En 1905, nouvelle tentative se déroula à Honolulu où elle s’était réfugiée pour fuir le choc de la première tentative. Jane Stanford avait pris une chambre à l’hôtel Moana, sur l’île d’Oahu, à Honolulu. Le 28 février au soir, elle demande à sa secrétaire particulière Bertha Berner, un verre de bicarbonate pour soulager des douleurs abdominales. À 23h15, elle demande bruyamment un médecin. Le Dr Francis Humphris Howard, médecin de l’hôtel  arrive à son chevet. Dans un ouvrage publié en 2003, La mort mystérieuse de Jane Stanford, Robert Cutler raconte ce qui s’est passé : «Comme Humphris essayait d’administrer une solution de brome et de l’hydrate de chloral, Mme Stanford, désormais dans l’angoisse, s’écria : « Mes mâchoires sont raides. C’est une chose horrible de mourir ». Là-dessus, elle a été saisie par un spasme tétanique qui progressa inexorablement vers un état de rigidité sévère : ses mâchoires étaient serrées et fermées, ses cuisses largement ouvertes, ses pieds en dedans tordus, ses doigts et les pouces serrés dans les poings, et sa tête reculée. Enfin, sa respiration cessa. Stanford était morte d’un empoisonnement à la strychnine ».

A cette époque, le président de l’université Stanford est le Dr David Starr Jordan, un ichtyologue respecté mais aussi un homme connu pour son opinion favorable de l’eugénisme et de la stérilisation des individus anormaux. Pour des raisons qui reste inconnues, il tenta de camoufler les tentatives d’empoisonnement envers Jane Stanford. Lui même avait un mobile, le fait que Jane Stanford voulait le destituer de sa présidence de l’université. Mais à la différence de la secrétaire particulière de Jane Stanford, Bertha Berner, il ne peut en être l’auteur, n’étant pas présent lors du second empoisonnement. Bertha Berner en revanche était présente les deux fois, mais on ne lui connait aucun mobile.

David Starr Jordan réussi à faire douter de la thèse de l’empoissonnement défendue par 4 médecins de Stanford, en citant l’opinion d’un jeune médecin, Ernest Warehouse, selon lequel elle mourut d’une crise cardiaque, suite à un pique-nique trop copieux suivi d’un exercice physique trop intense. Pourtant l’autopsie retrouva un estomac vide et selon des témoins, elle ne marcha que sur une courte distance.

David Starr Jordan maintint que la strychnine qui fut retrouvée dans le verre de Jane Stanford a été placé dans le verre par son médecin, F H Humphris, après son décès, pour accréditer son diagnostic d’empoisonnement. Il a également suggéré que le Dr Edmund Shorey qui confirma la présence de strychnine dans le corps de la victime faisait partie du complot.

Le coroner arrivé sur place après le décès de Jane Stanford conclu très rapidement au décès naturel. La source de la strychnine n’a jamais été identifiée. Les avis des deux médecins présents sur place, Humphris et Warehouse divergent nettement. Jordan  accusa le premier d’incompétence et reconnu tout le mérite du second, un médecin anglais, qui plus tard, de retour en Angleterre, devint un adepte de l’actinothérapie, l’usage de la lumière à des fins thérapeutiques. Warehouse quant-à lui quitta  Honolulu puis devint planteur de caoutchouc en Malaisie et à Sumatra. Il fit faillite et acheva sa vie comme vendeur de journaux dans les rues de New-York.

Son corps est ramené par le Dr David Starr Jordan aux Etats-Unis et les funérailles ont lieu en l’église du Souvenir, le 24 mars 1905, devant une foule de 6 000 personnes, qui déborde dans la cour intérieure. Elle est enterrée aux côtés de son mari et leur fils Leland, au mausolée familial, sur le campus de l’université Stanford.

Les causes réelles de sa mort n’ont jamais été éclaircies. L’université Stanford poursuit son oeuvre.

Le Dr Robert W P Cutler, professeur de Neurologie à Stanford publia en 2003 sa version de la mort de Jane Stanford dans un livre, “La mort mystérieuse de Jane Stanford”. Il décéda lui-même d’un cancer un an après la publication de son ouvrage.

Source

Murder, Mystery, and Medicine
Theodore Dalrymple
BMJ 2011; 343:d6640

Crédit Photo Portrait of Mr. and Mrs Leland Stanford (1850) from Days of a Man the autobiography of David Starr Jordan 1922

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