lundi 26 septembre 2016

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L’aspirine réduit le risque d’une forme héréditaire de cancer du colon

Enfin, une étude internationale démontre réellement l’intérêt de l’aspirine dans la prévention des cancers colo-rectaux héréditaires, représentant 3% du total des cancers du colon.
Des études observationelles avaient déjà rapporté une réduction du risque de cancers colo-rectaux chez les personnes prenant de l’aspirine de manière régulière. En revanche, des études randomisées, destinées à apporter la preuve scientifique formelle de l’efficacité de l’aspirine dans la prévention des cancers colo-rectaux avaient bien montré une réduction du nombre d’adénomes (une tumeur qui est un précusseur du cancer colique) mais sans que cela soit l’objectif primaire de l’étude, une condition sine qua none pour que la preuve formelle soit établie. Un nouvel essai international dénommé CAPP2 donc été mené par des scientifiques anglais, allemands, australiens, finlandais, français, suédois, italiens, chinois, irlandais, polonais, hollandais, écossais et d’Afrique du sud. Les premiers résultats de cet essai à 4 ans, publiés dans la revue New England Journal of Medicine en 2008 étaient négatifs. Une ré-analyse des patients ayant pris de l’aspirine de manière prolongée a donc été effectuée.
Les patients recrutés dans l’étude étaient tous atteint d’un syndrome de Lynch, une maladie héréditaire entrainant une fréquence élevée de cancer du colon : ces patients ont un risque de 80 % de développer un cancer du colon dont les deux tiers surviennent sur le colon droit, sans développement de polype et avec un âge moyen de diagnostic de 44 ans.
Par un premier tirage au sort, les 861 patients recevaient de l’aspirine dosé à 600 mg/j ou un placebo de l’aspirine, et par un second tirage au sort, de l’amidon dosé à 30 mg/j ou un placebo. Le critère primaire de l’étude était la survenue d’un cancer du colon ou du rectum.

Après 55,7 mois, au sein de la population totale, 48 participants avaient développé 53 cancers colo-rectaux, 18/427 parmi ceux recevant de l’aspirine et 30/434 parmi ceux recevant le placebo de l’aspirine. La réduction du risque n’était pas significative. En revanche, les analyses statistiques montrent ainsi une réduction de 60% du risque de développement d’un cancer colo-rectal chez les patients atteints d’un syndrome de Lynch héréditaire et recevant de l’aspirine de manière très régulière pour une durée d’au moins 2 années : dans cette population, il y a eu 10/258 cancers chez ceux ayant pris de l’aspirine et 23/250 chez ceux ayant reçu le placebo. Selon les auteurs, l’effet préventif de l’aspirine apparaitrait bénéfique au bout de 3-4 de prise réelle avec une bonne compliance.
Il n’y a pas eu plus d’effet secondaires dans le groupe aspirine que dans le groupe placebo.
Pour les scientifiques, la prise de 600 mg d’ aspirine par jour sur une durée d’au moins 25 mois réduit la survenue d’un cancer du colon : il reste à mieux cerner la dose réelle nécessaire (des doses supérieures seraient-elles plus efficaces, des doses moindres seraient-elles suffisantes?) ainsi que la durée de prise. Une nouvelle étude dénommée CAPP3 sera lancée prochainement pour répondre à ces questions.
Ces résultats ne sont à ce jour valables que pour les patients atteint d’un syndrome de Lynch. L’aspirine n’a pas d’autorisation de mise sur le marché dans cette indication pour l’instant.

Source

Long-term effect of aspirin on cancer risk in carriers of hereditary colorectal cancer: an analysis from the CAPP2 randomised controlled trial
Prof Sir John Burn MD, Prof Anne-Marie Gerdes MD a b, Prof Finlay Macrae MD c, Prof Jukka-Pekka Mecklin MD d, Gabriela Moeslein MD e, Sylviane Olschwang MD f, Prof Diane Eccles MD g, Prof D Gareth Evans MD h, Prof Eamonn R Maher MD i, Lucio Bertario MD j, Marie-Luise Bisgaard MD k, Prof Malcolm G Dunlop MD l, Judy WC Ho MD m, Prof Shirley V Hodgson MD n, ProfAnnika Lindblom MD o, Prof Jan Lubinski MD p, Prof Patrick J Morrison MD q, Victoria Murday MD r, Prof Raj Ramesar PhD s, Lucy Side MD t, Prof Rodney J Scott PhD u, Prof Huw JW Thomas PhD v, Prof Hans F Vasen MD w, Gail Barker a, Gillian Crawford g, Faye Elliott x, Mohammad Movahedi PhD x, Kirsi Pylvanainen d, Juul T Wijnen PhD y, Prof Riccardo Fodde PhD z, Prof Henry T Lynch MDaa, Prof John C Mathers PhD ab, Prof D Timothy Bishop PhD, on behalf of the CAPP2 Investigators
The Lancet, Early Online Publication, 28 October 2011

Programmes de Prévention des Adénomes et Cancers colorectaux CAPP Résultats de l’étude CAPP2
Information aux participants – Décembre 2007
Adaptation en langue française de la brochure éditée par le centre coordinateur (Sylviane OLSCHWANG, mars 2008)
Crédit Photo Creative Commons by m kasahara

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