lundi 5 décembre 2016

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La manipulation génétique ouvre la voie à une future “fontaine de jouvence”

Deux publications montrent coup sur coup ce qu’il est possible de faire des vieilles cellules, qui logiquement devraient s’autodétruire puis disparaitre. La génétique permettra peut-être demain de vivre plus longtemps en évitant les pathologies liées à l’âge.

Une équipe Française de l’Institut de génomique fonctionnelle de l’université de Montpellier à réussi à reprogrammer génétiquement des cellules âgées en cellules souches pluripotentes : cela revient, pour une cellule à remonter le temps, et à redevenir ce qu’elle fut plusieurs années auparavant, une cellule non différentiée, apte à produire d’autres cellules destinée à la constitution d’un coeur d’un foie, d’un rein, de la peau, etc. Les marqueurs de l’âge des cellules ont été effacés et les cellules que nous avons obtenues peuvent produire des cellules fonctionnelles, de tous types avec une capacité de prolifération et une longévité accrues“, explique Jean Marc Lemaitre qui dirige l’équipe de l’Inserm. Notre stratégie a fonctionné sur les cellules de centenaires. L’âge des cellules n’est définitivement pas une barrière à la reprogrammation, conclut-il. Leur découverte est publiée dans la revue anglophone Genes & Development. Mais passer d’une cellule à un être vivant complet est une autre complexité, que le hasard des publications nous permet néanmoins de retrouver de l’autre côté de l’atlantique.

En effet, la seconde découverte, américaine celle là, va beaucoup plus loin et a droit à une publication dans la revue Nature.

L’âge avancée d’un être humain, et donc celui de ses cellules, est le principal facteur de risque de la plupart des pathologies chroniques et des déficits que nous connaissons où connaitrons un jour. Modifier ce vieillissement pourrait prévenir la survenue de ces pathologies et de ces déficits moteurs ou altérations mentales. La sénescence cellulaire qui autorise l’émergence et la multiplication de cellules altérées est, pense t-on, à la source des modifications de structure de organes et de leur fonctionnement par accumulation de ces cellules âgées : Altération des articulations et apparition d’une arthrose, altération du cristallin et apparition d’une cataracte, altération des vaisseaux sanguins conduisant à des pathologies cardiovasculaire, etc.

Détruire ces cellules âgées pourrait-il être bénéfique? Personne ne le savait encore. C’est le sujet des recherches de deux chercheurs de la Mayo clinique, Darren J. Baker et Jan M. van Deursen, qui publient leurs résultats dans la revue Nature.  Ils ont d’abord identifié un signal désignant une cellule âgée par l’apparition d’un  biomarqueur de la sénescence, p16Ink4a : un transgène INK-ATTAC a été créé pour détruire les cellules positives à p16Ink4a. Dans les tissus comme les tissus graisseux, les muscles ou les yeux, p16Ink4a contribue à la survenue des pathologies de la vieillesse.

Les scientifiques ont alors travaillé sur des souris auxquelles ils ont administré un médicament aidant à la destruction des cellules porteuses de p16Ink4a, les cellules âgées. Les souris recevant ce médicament purgeaient alors littéralement leurs cellules âgées au fur et à mesure de leur apparition. Les tissus de ces mammifères ont montré, en comparaison à des souris non traités, un évitement important de toutes les pathologies liées à l’âge : elles n’ont plus développé de cataracte, ont évitée la fonte musculaire liée à l’âge, et pouvaient par exemple maintenir une capacité d’exercice bien plus longtemps, leurs tissus adipeux ne s’altérait pas, permettant de maintenir la peau souple et d’éviter l’apparition des rides.

Cette efficacité déjà démontrée chez l’animal permet de croire à une utilisation un jour possible chez l’homme, mais surtout apporte la confirmation de l’intérêt de favoriser l’autodestruction des cellules âgées, qui sont bien à la source de l’altération des fonctionnements tissulaires. Certes, cette technique de modification génétique ne peut pas être expérimentée chez l’homme de cette manière, mais ouvre la voie à des traitement pouvant faciliter l’élimination des cellules âgées : des pistes thérapeutiques existent déjà.

Dans une seconde expérience, les scientifiques ont administré le médicament à des souris déjà au milieu de leur vie et qui avaient développé une cataracte. Si la cataracte s’est montrée irréversible, en revanche, les tissus musculaires et graisseux ont retrouvé une seconde jeunesse. Pourtant, alors que l’on pouvait s’y attendre, les souris traitées n’ont pas vécu plus longtemps. Cet absence d’effet sur la durée de vie serait due, selon les scientifiques, au type de souris choisies pour l’expérience, des souris subissant un vieillissement accéléré afin d’obtenir des résultats eux aussi accélérés. C’est pourquoi, l’expérience va être maintenant répétée chez des souris n’ayant pas cette caractéristique, c’est à dire des souris vivant en moyenne 3 ans. Chez celles-ci, les scientifiques ont bon espoir de montrer qu’ils peuvent prolonger la vie.

Source

Rejuvenating senescent and centenarian human cells by reprogramming through the pluripotent state
Laure Lapasset, Ollivier Milhavet, Alexandre Prieur, Emilie Besnard, Amelie Babled, Nafissa Ait-Hamou, Julia Leschik
Genes & Development, 1er novembre 2011 Vol. 25, No. 21

Le vieillissement cellulaire est-il réversible ?
INSERM nov 2011

Clearance of p16Ink4a-positive senescent cells delays ageing-associated disorders
Darren J. Baker,Tobias Wijshake,Tamar Tchkonia,Nathan K. LeBrasseur,Bennett G. Childs,Bart van de Sluis,James L. Kirkland,Jan M. van Deurse
Nature (2011) doi:10.1038/nature10600 Received 08 May 2011 Accepted 30 September 2011 Published online 02 November 2011

Purging Old Cells Is Found to Slow Aging in Mice
NICHOLAS WADENYT Published: November 2, 2011

Crédit Photo  “Fontaine de jouvence” de Lucas Cranach


 

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